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Au Pérou, les planteurs de coca protestent contre les arrachages

par Terry Wade et Patricia Velez

LIMA (Reuters) - Plus d'un millier de cultivateurs de coca ont manifesté mardi devant le parlement du Pérou contre la destruction de leurs cultures dans le cadre de la lutte contre la cocaïne.

Le Pérou est le deuxième producteur mondial de cette drogue après la Colombie.

Les cultivateurs affirment que le programme de lutte du gouvernement est un échec dans les régions de Huanuco et de San Martin, car il les prive de ressources sans proposer d'alternatives viables ni financer de projets de développement.

Le président Alan Garcia peine à affirmer le contrôle de l'Etat sur les régions productrices de coca les plus reculées du pays, où les trafiquants de drogue tissent des liens avec les producteurs en leur faisant miroiter une partie des juteux bénéfices du marché de la cocaïne.

"Le gouvernement ne pratique que l'arrachage des plants. C'est sa seule activité dans le Haut Huallaga. S'il ne met en place aucune politique agricole, comment les paysans vont-ils s'en sortir ?" demandait Rosa Obregon Cardenas, du syndicat des agriculteurs de la vallée du Haut Huallaga, l'une des principales régions productrices de coca du pays.

GUÉRILLA

De nombreux manifestants mâchaient des feuilles de coca, qui contiennent une substance stimulante ainsi que de nombreux éléments nutritifs. Ces feuilles sont consommées de cette façon depuis des siècles dans la région, bien avant que les producteurs de drogue ne les raffinent pour en concentrer la cocaïne en poudre.

Les agriculteurs estiment en outre être injustement accusés de collaborer avec les trafiquants et les derniers éléments de la guérilla du Sentier lumineux.

"Nous sommes des paysans, pas des terroristes", pouvait-on lire sur une banderole devant le parlement.

Après la capture de leurs dirigeants dans les années 1990, plusieurs combattants du Sentier lumineux se sont reconvertis dans le trafic de cocaïne dans la région du Haut Huallaga et celle des Vallées de l'Apurimac et Ene.

L'armée péruvienne peine à intervenir dans ces provinces où elle a perdu 40 soldats depuis le mois d'août. Dimanche, une base militaire de la région a échangé des tirs pendant trois heures avec des combattants du Sentier lumineux.

Si les tendances actuelles se confirment, le Pérou pourrait bientôt prendre à la Colombie la place de premier producteur de cocaïne. Selon certains spécialistes péruviens du sujet, ce serait même déjà le cas.

Lima dépense nettement moins d'argent dans la lutte anti-drogues que Bogota, qui reçoit l'essentiel des financements américains prévus à cet effet dans le continent.

En 2008, la production de cocaïne en Colombie a reculé de 28%, à 430 tonnes, selon les données de l'Onu. Celle du Pérou a en revanche progressé de 4,1% à 302 tonnes.

Si on prend en compte les saisies de drogue effectuées par la police, le Pérou pourrait exporter plus de cocaïne que la Colombie, bien qu'il en produise moins.

Version française Gregory Schwartz

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