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Des syndicats allemands plus forts et plus indépendants

par Dave Graham

BERLIN (Reuters) - Naguère appelés le "véritable fléau de l'Allemagne" par Guido Westerwelle, chef du FDP avec qui les conservateurs souhaitent former une coalition au soir des législatives de dimanche, les syndicats allemands retrouvent influence et popularité et pourraient bien mettre des bâtons dans les roues aux projets de réformes de la droite.

Les derniers sondages en date laissent penser que la chancelière Angela Merkel a de bonnes chances d'obtenir un second mandat de quatre ans et de pouvoir enfin former la coalition entre son bloc conservateur (CDU-CSU) et les libéraux du FDP, qui lui avait échappé en 2005.

"L'opinion publique a évolué à l'égard des syndicats, qui jouissent d'un soutien important", explique Michael Vester, spécialiste de sciences politiques à l'université de Hanovre. "Les syndicats auront une influence importante lors des tractations pour former la prochaine coalition, probablement plus que la dernière fois", ajoute-t-il.

Après avoir vu leur pouvoir diminuer pendant des années, les syndicats allemands ont enrayé leur déclin, modernisé leur image et mobilisé la jeunesse, à un moment où les hommes politiques cherchent, eux aussi, à s'assurer de nouveaux soutiens.

Les syndicats ne manqueront sans doute pas, en coulisse, de faire pression sur le prochain gouvernement pour qu'il renforce les dépenses sociales et ne touche pas, comme le FDP en a l'intention, aux lois restreignant le droit de licenciement.

Les syndicats ne manquent aucune occasion de lier les excès du système économique et les orientations du FDP, stratégie qui lui avait valu un afflux de jeunes, notamment depuis la crise financière et la remise en cause de certains aspects du capitalisme.

"Le FDP veut réduire en miettes l'Etat-providence", affirmait encore ce mois-ci Berthold Huber, dirigeant d'IG Metall, le plus puissant syndicat d'Allemagne. "Ceux qui veulent ça méritent aussitôt un carton rouge!"

Et les propos tenus en 2005 par Guido Westerwelle, le très libéral chef du FDP, sur les syndicats "véritable fléau de l'Allemagne", sont toujours très présents dans les esprits.

Pour autant, ces dernières années, aucun autre parti n'a souffert plus que les sociaux-démocrates (SPD), traditionnels défendeurs des intérêts des syndicats, qui ont gouverné en grande coalition avec la CDU-CSU depuis 2005.

LES JEUNES BOUDENT LES PARTIS, PAS LES SYNDICATS

Cette année, IG Metall a refusé d'appeler ses adhérents à voter SPD aux législatives. Nombreux sont ceux qui ont vu dans ce camouflet le signe d'un soutien croissant de cette centrale au parti de la gauche radicale, Die Linke (La Gauche), ainsi qu'une volonté de représenter une partie plus large de l'électorat.

La participation du SPD à la grande coalition semble avoir permis indirectement aux syndicats de jouer un rôle accru. Ils l'ont traduit dans la réalité en s'impliquant davantage dans des initiatives populaires comme la promotion d'un salaire minimum national, d'une hausse des allocations chômage ou encore en faveur d'un renforcement de la régulation des marchés financiers.

"Les syndicats ont tiré parti de leur rôle comme mouvance politique indépendante", explique Josef Esser, politologue à l'université de Francfort. "Et ça les a aidés."

L'évolution de leurs effectifs laisse penser que les syndicats sont plus en forme qu'il y a quatre ans - tout du moins en regard des grands partis politiques.

Le SPD compte à peine la moitié du nombre d'adhérents qu'il revendiquait en 1976. Par contraste, le nombre de membres d'IG Metall n'a reculé depuis lors que de 10%, pour se situer aujourd'hui à 2,3 millions, ce qui correspond au total des membres de tous les partis de la classe politique allemande.

En 2008, les grands syndicats ont pu stabiliser leurs effectifs, grâce à l'arrivée de nouveaux membres, notamment des jeunes. Chez IG Metall, le nombre des jeunes adhérents, âgés de 27 ans et moins, a augmenté l'an dernier de plus de 6%.

"Les partis politiques sont très inquiets de voir la jeune génération les bouder. Mais ils ne font rien pour contrer cette tendance", estime Michael Vester.

Car les jeunes savent se mobiliser : en juin, des étudiants de l'ensemble de l'Allemagne sont descendus dans les rues pour réclamer de meilleures conditions d'éducation. Selon les organisateurs, plus de 250.000 jeunes ont pris part à ce mouvement. Et ce mois-ci, 50.000 jeunes ont afflué à Francfort pour un rassemblement organisé par IG Metall, au cours duquel le syndicat à stigmatisé les réformes préconisées par la droite.

Version française Eric Faye

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