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par Thierry Lévêque
PARIS (Reuters) - Dix ans jour pour jour après le vote de la loi instituant la semaine de travail de 35 heures en France, le débat s'est apaisé sur une mesure qui reste en vigueur avec des assouplissements et est entrée dans les moeurs.
Si droite et gauche s'affrontent toujours sur sa pertinence, c'est à fleurets mouchetés car aucun camp ne semble à l'aise.
Très opposée à la réforme, la droite, qui a fait adopter six lois favorisant l'allongement du temps de travail depuis 2002, sans remettre en cause l'horaire légal, est confrontée aux sondages qui montrent la popularité des 35 heures, notamment chez les jeunes et chez les cadres.
Dernier en date, un sondage BVA publié mi-janvier montre que 53% des personnes interrogées, contre 43%, réfutent l'idée que les 35 heures sont un handicap pour les entreprises françaises.
Nicolas Sarkozy, élu sur le slogan "travailler plus pour gagner plus", avait évoqué à son arrivée à l'Elysée l'annulation de la mesure. Le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, a confirmé mardi sur Radio Classique qu'il n'en serait rien.
"Je pense que c'eût été une confrontation dans notre pays, qui aurait créé des clivages importants, là où nous avons préféré au contraire la souplesse. C'est le choix que nous avons fait parce que c'était le choix le plus consensuel", a-t-il dit.
De son côté, le Parti socialiste ne semble pas vouloir relancer en période de crise un sujet qui a suscité un malentendu avec son électorat d'ouvriers et d'employés, ceux-ci ayant souvent vu leurs salaires bloqués avec des modalités de réduction du temps de travail peu favorables.
Claude Bartolone, député PS proche de l'actuel premier secrétaire Martine Aubry pense néanmoins que cette dernière saura tirer parti, pour ses nouvelles ambitions, de la réforme qu'elle a menée en 1998-1999 comme ministre du Travail dans le gouvernement de Lionel Jospin.
"C'est un atout. Pour tous les salariés qui en ont profité et qui se rendent compte qu'il faut avoir un moyen d'avoir du travail et, en plus, du bonheur au travail, les 35 heures y participent", a-t-il dit sur Europe 1.
ÉTUDES CONTRASTÉES
Le bilan chiffré de la réforme a ouvert un débat, qui n'est pas refermé. La réforme s'applique en théorie aujourd'hui à 60% des actifs, avec des modalités diverses, jours de congés ou horaires réduits.
La gauche dit qu'elle a atteint son objectif en créant ou préservant des centaines de milliers d'emplois, tandis que la droite impute la bonne santé de l'emploi dans la période 1999-2002, incontestée, à la croissance économique mondiale.
Une étude Insee publiée en août 2008 a montré qu'avec les lois favorisant les heures supplémentaires, la durée réelle de travail moyenne pour les employés à temps complet était en fait de 41 heures en 2007.
Une autre étude publiée ce mois-ci montre que le temps de travail annuel moyen en France cette même année 2007 (1.559 heures) était certes inférieur à la moyenne de dix pays développés étudiés (1.620) mais supérieur à celui de l'Allemagne (1.432) et des Pays-Bas (1.413).
Le temps que les Français passent au travail a fortement diminué depuis les années 1950, pour diverses raisons liées à la transformation de la société, comme la baisse de l'emploi agricole. Cette évolution est similaire dans tous les pays industrialisés, dit l'Insee.
Sociologues et statisticiens ont élargi ces dernières années la recherche et la perspective sur la réforme des 35 heures.
Ses partisans estiment qu'il faut y voir une des raisons de la puissance du secteur de l'hôtellerie-restauration en France, confortée par les week-ends prolongés.
Ils estiment aussi que l'organisation de la vie familiale a été facilitée, ce qui expliquerait la fécondité des Françaises, la meilleure en Europe avec l'Irlande.
Aujourd'hui, le terme de "RTT", pour les jours de récupération (de temps de travail), est passé dans le langage courant, et vient par exemple de donner son titre à une comédie populaire sortie en décembre sur les écrans de cinéma.
Édité par Gilles Trequesser
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