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PARIS (Reuters) - L'UMP durcit le ton sur le port du voile intégral et brandit la menace d'une suspension de certains droits mais le ministre de la Défense, Hervé Morin, prend ses distances avec le parti majoritaire.
Le porte-parole de l'UMP a souhaité lundi que l'accès aux prestations sociales, aux allocations familiales et à des titres de transport public soit interdit aux femmes portant la burqa.
"Quand on ne remplit pas un certain nombre de devoirs, qu'on ne respecte pas notamment des interdictions, comme l'interdiction de la burqa, on se voit rayé d'un certain nombre de droits", a déclaré à la presse Frédéric Lefebvre.
Selon un sondage Ipsos pour le Point, le vote éventuel d'une loi interdisant la burqa est approuvé par 74% des Français. L'approbation est particulièrement forte chez les sympathisants du MoDem (75%), de l'UMP (69%) et du Front national (74%).
Dimanche, le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, avait proposé d'interdire aux femmes d'origine immigrée portant la burqa l'acquisition de la nationalité française.
Une mesure également évoquée dimanche sur Europe 1 par le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant.
"On peut imaginer par exemple que pour entrer dans la nationalité française ou dans un dispositif d'intégration, on ne porte pas le voile intégral", a déclaré ce proche conseiller du président Nicolas Sarkozy.
Hervé Morin, président du deuxième parti de la majorité présidentielle, a cependant relevé lundi que le Conseil d'Etat en tenait déjà compte dans sa jurisprudence.
"Le Conseil d'Etat en fait un des éléments d'appréciation de l'intégration d'une personne pour lui donner la nationalité française. Donc, ce n'est pas une novation considérable", a-t-il déclaré lors de ses voeux aux militants du Nouveau centre.
Nicolas Sarkozy s'est prononcé mercredi dernier pour le vote par le Parlement d'une résolution interdisant le port du voile intégral, qui serait suivi d'une adaptation de la législation.
Le chef de file des députés UMP, Jean-François Copé, a pour sa part proposé un projet de texte interdisant le port du voile intégral dans tout l'espace public, sans attendre les conclusions d'une mission parlementaire chargée de ce dossier.
MORIN CONSENSUEL, L'UMP OFFENSIVE
Hervé Morin propose une démarche plus consensuelle. Il estime ainsi que le port de la burqa ne peut être interdit ni au nom de la laïcité, ni en celui de la dignité de la femme.
La burqa est certes une atteinte majeure à la dignité de la femme, a-t-il déclaré lundi. Mais "en termes d'atteintes à la dignité de la femme, il y en a bien d'autres sur lesquelles nous n'avons pas les mêmes pudeurs."
Hervé Morin a cité les publicités qui transforment des femmes en "objets sexuels", la prostitution, "cet esclavagisme moderne (...) au moins aussi grave, sinon plus, que le simple port du voile intégral", et les violences conjugales.
La laïcité protège la liberté de la foi et ce n'est donc pas non plus en son nom que l'on peut s'opposer au port d'un habit, si choquant soit-il, dans le domaine public, a-t-il poursuivi.
"Ce débat là ne doit pas être l'occasion de stigmatiser un peu plus une communauté qui est la communauté musulmane", a-t-il insisté. Pas plus qu'il ne saurait contredire la déclaration des droits de l'Homme selon laquelle nul ne peut être inquiété pour sa religion, sous réserve de respecter l'ordre public.
"La sécurité est probablement l'argument le plus fort, parce que, en effet, on est en droit de demander à une femme de pouvoir prouver son identité lorsqu'elle va récupérer un enfant à l'école" ou va dans une banque, a-t-il en revanche estimé.
Le port du voile intégral ne doit donc pas faire l'objet d'une interdiction générale et absolue mais d'un ensemble de dispositions et de règles évitant la stigmatisation, a-t-il dit.
Il s'est référé au débat d'il y a quelques années sur le port du voile islamique à l'école publique, qui a débouché sur un texte consensuel interdisant le port de signes ostentatoires d'appartenance à une religion, quelle qu'elle soit.
"C'est ainsi que nous devons, selon nous, aborder la question de la burqa", a souligné le ministre de la Défense.
A deux mois des élections régionales, lors desquelles le poids de l'électorat d'extrême-droite risque d'être déterminant, l'UMP a au contraire fait de ce thème un argument offensif.
Frédéric Lefebvre a ainsi accusé la Ligue des droits de l'Homme, critique à l'égard de l'UMP et de l'Elysée, de prendre "toujours la défense des atteintes aux droits de l'Homme".
Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse
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