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La cohésion franco-allemande à l'épreuve du cas grec

PARIS (Reuters) - La France plaide auprès de l'Allemagne pour la convertir à la nécessité d'une gouvernance économique européenne face aux turbulences qui affectent la zone euro en raison des difficultés de certains pays, dont la Grèce.

Le sommet extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement européens, jeudi à Bruxelles, pourrait être l'occasion d'adresser un message fort en ce sens, au-delà de la Grèce, déclarait-on mardi de source gouvernementale française.

Les Européens travaillent à une réponse concertée sur le cas de la Grèce, handicapée, à l'instar de l'Espagne ou du Portugal, par des déficits abyssaux et des taux d'endettement élevés qui déstabilisent la zone euro et poussent les marchés à la baisse.

"Jeudi, il faut sans conteste un message de soutien à la Grèce, un message d'unité, mais il faut aussi un message sur la gouvernance économique", souligne-t-on de source française. "Une gouvernance à 27, si ça peut satisfaire les Allemands, ou une gouvernance circonscrite à la zone euro".

La chancelière allemande a rasséréné quelque peu les autorités françaises en évoquant jeudi dernier, lors d'un conseil franco-allemand par ailleurs sans avancée majeure, l'idée d'"un gouvernement économique des Etats membres".

Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy se sont engagés à présenter des propositions communes en ce sens.

L'Allemagne est réticente à l'hypothèse d'une gouvernance économique que défend régulièrement Paris, qui prône par exemple des sommets réguliers des pays de la zone euro. Une seule de ces réunions a pu avoir lieu à ce jour, à l'initiative de Paris.

François Fillon a réitéré ce plaidoyer mardi en appelant de ses voeux "une meilleure coordination entre Etats membres" face au bond en avant des économies chinoise et indienne.

LE FDP DANS LE COLLIMATEUR FRANÇAIS

"L'Europe ne doit pas se contenter d'une croissance molle (...). Il faut regagner, à l'échelle européenne, au moins 1% de croissance annuelle supplémentaire par rapport à ce que prévoient les experts", a dit le Premier ministre français.

"Il faut que toutes les politiques gérées par la Commission européenne soient bien effectivement tournées vers la croissance, ce qui n'est pas toujours le cas", a-t-il insisté lors d'un discours devant le Conseil économique et social, à Paris.

Le Conseil européen du 11 février sera l'occasion d'éprouver la convergence franco-allemande dans ce domaine alors qu'une sortie de crise se dessine en pointillés. Ce sera l'épreuve du feu pour "l'agenda franco-allemand 2020", observe un diplomate français.

Si les lointaines perspectives macroéconomiques scellent officiellement le rapprochement du couple franco-allemand, il en est tout autrement de l'urgence du moment.

Des responsables français s'inquiètent en privé des réserves des Allemands quant au scénario possible d'un plan de sauvetage en faveur de la Grèce qui, pensent-ils, pourraient donner des idées à d'autres. Pour Berlin, c'est d'abord à la Grèce de s'aider.

"L'Allemagne, certes, peut se prévaloir d'un statut de locomotive économique et commerciale au sein de l'Europe mais il faut qu'elle comprenne qu'elle a tout intérêt à une cohésion", explique-t-on de source gouvernementale française.

"Si chaque pays agit comme il le veut, nous allons souffrir, nous la gentillette Europe, incapable de prendre des décisions unanimes" face au rouleau compresseur chinois, souligne-t-on.

On impute, du côté français, au poids du Parti libéral-démocrate allemand (FDP), allié à la CDU dans le gouvernement allemand, une part des blocages actuels. Membre du FDP, le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle "n'est pas un européen convaincu", affirme-t-on.

"Les Allemands ne bougent pas, ce n'est pas normal. Ils portent une part de responsabilité significative", déplore-t-on.

Mais un membre du gouvernement français veut y croire : "Peut-être que jeudi, ça bougera."

Sophie Louet, édité par Yves Clarisse

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