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Le gouvernement se dote d'un copieux agenda social

10/07/2012, 23:24 - 708 mots

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Une multitude de chantiers répartis sur six à neuf mois : Jean-Marc Ayrault a présenté mardi la "feuille de route" sociale d'un gouvernement soucieux de se donner le temps de préparer les réformes structurelles nécessaires au sauvetage du "modèle social" français.

"Le dialogue social est et sera la marque de fabrique de mon gouvernement", a déclaré le Premier ministre au terme de deux jours d'une "grande conférence" censée libérer une parole de partenaires sociaux que les socialistes au pouvoir jugeaient bridée par le précédent gouvernement.

Le discours de la méthode de Jean-Marc Ayrault, qui donne priorité à l'emploi, comprend toute une série de mesures allant de la mise en place des "contrats de génération" au lancement d'une réflexion sur le redressement des comptes sociaux en passant par la création d'un "conseil ou d'un commissariat du dialogue social et de la prospective".

Sur tous ces sujets, Jean-Marc Ayrault veut se donner le temps.

"Les réformes structurelles ne peuvent pas être menées à la hussarde ou alors nous prenons le risque qu'elles soient rejetées par le corps social", a-t-il fait valoir.

Pour marquer encore la rupture avec le précédent gouvernement, Jean-Marc Ayrault a annoncé la suppression de la "prime dividendes" créée en 2011 qui visait à améliorer le partage des bénéfices dans les grandes entreprises, jugée "inefficace".

Au terme de deux jours de discussions au palais d'Iéna, à Paris, les syndicats se sont dits globalement satisfaits de voir le dialogue ainsi "apaisé", selon les termes de Jean-Claude Mailly.

"On a le sentiment que ce discours n'était pas prêt il y a deux jours, qu'il a été préparé compte tenu des débats, c'est un élément intéressant", a dit le leader de Force ouvrière, qui prédit toutefois des débats futurs ardus, notamment sur "le dossier rock'n'roll des retraites".

Jean-Marc Ayrault a annoncé que le gouvernement visait une réforme législative du financement de la protection sociale l'an prochain et qu'une concertation sur les évolutions du système de retraite serait engagée au printemps 2013.

"On est sur un cap nouveau, (...) sans comparaison avec ce que nous avons vécu ces cinq dernières années", s'est réjoui Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, qui a toutefois déploré l'absence de mesures d'urgence pour contrer les plans sociaux.

LE MEDEF DÉPLORE "UNE APPROCHE PAS RÉALISTE"

"C'est le loupé dans ces conclusions à ce stade", a-t-il estimé. "Les plans de licenciements se multiplient et je regrette qu'il n'y ait pas de mesures rapides à ce propos."

François Chérèque, de la CFDT, a souligné l'ampleur du travail à accomplir.

"On se demande si on pourra prendre des vacances tant on a un agenda chargé, mais je crois que l'état de la France, la nécessité de répondre aux demandes en particulier sur l'emploi nécessite un effort de chacun", a-t-il estimé.

Cette conférence a vu la relance d'une idée défendue par la CFDT : la hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG), dans le sillage des propos de François Hollande, qui a estimé lundi dans son discours introductif que la protection sociale ne pouvait être supportée par le seul travail, à l'heure de l'explosion des déficits.

Le ministre des Finances, Pierre Moscovici, a profité quant à lui de ce rendez-vous pour annoncer pour l'automne un projet de loi visant à réguler, voire prohiber, les rémunérations excessives dans les entreprises privées.

Satisfaite de "la méthode de concertation, d'échange, de respect à l'égard des partenaires sociaux", la présidente du Medef, Laurence Parisot, s'est montrée beaucoup plus critique sur la tonalité du discours du Premier ministre, qui ne tient selon elle "pas compte du tout des réalités économiques que vivent les entreprises et singulièrement les PME".

"Beaucoup de choses ont été énoncées, envisagées, comme si tout se passait bien, comme si les trésoreries ne posaient pas de problème, comme si on avait du temps", a-t-elle déploré devant la presse. "L'approche qui est envisagée n'est pas réaliste, pas conforme à ce que vivent les entrepreneurs tous les jours".

Dans un entretien aux Echos, le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé, se dit "inquiet". "Cette conférence, c'est du cinéma", accuse-t-il. "On nous annonce des réformes mais pas avant un an alors qu'il y a urgence".

Il déplore par avance "les hausses d'impôts à venir, en particulier celle de la CSG qui va frapper tous les Français et la fiscalité des dividendes qui fera fuir les investisseurs".

Edité par Patrick Vignal

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