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Les conditions d'achat des vaccins contre la grippe A font débat

par Clément Guillou

PARIS (Reuters) - Les conditions dans lesquelles le gouvernement français a commandé 94 millions de vaccins contre la grippe A(H1N1) continuent de faire débat, alors que la campagne de vaccination suscite un faible engouement.

L'opposition, qui y voit une explication de la suspicion entourant ces vaccins dans l'opinion publique, a relayé jeudi les allégations selon lesquelles le ministère de la Santé aurait subi l'influence des laboratoires et manqué de transparence.

La vaccination des professionnels de santé connaît effectivement un succès mitigé et les enquêtes d'opinion suggèrent qu'il en sera de même pour la campagne à destination de l'ensemble des Français, qui débutera le 12 novembre.

Privilégiant un "tout vaccinal" dénoncé par l'opposition, le gouvernement a acheté 94 millions de doses - bien plus que l'Allemagne et le Royaume-Uni - pour 808 millions d'euros, comme l'a dit la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.

Le journal Le Parisien met en cause jeudi l'indépendance du Groupe d'expertise et d'information sur la grippe (Geig).

Cette association "qui a pour vocation d'informer le public sur la grippe et sa prévention", est financée à 100% par cinq laboratoires pharmaceutiques, reconnaît son directeur général Bertrand Verwee dans le quotidien.

Sanofi-Pasteur-MSD, la division vaccins de Sanofi-Aventis le finance à 50%, le reste étant assumé par GlaxoSmithKline, Novartis, Pierre Fabre et Solvay.

Le président de son comité scientifique, Bruno Lina, a participé aux côtés de la ministre de la Santé à la conférence de presse de lancement de la vaccination.

Egalement à la tête d'un laboratoire désigné par le ministère pour "exercer des missions d'expert", Bruno Lina affirme régulièrement dans les médias que la grippe A(H1N1) peut tuer en France et vante les bienfaits de la vaccination.

TRANSPARENCE

Le député socialiste Jean-Marie Le Guen déplore que le gouvernement emboîte le pas à ce qu'il présente comme une campagne de communication menée par l'industrie pharmaceutique.

"Le gouvernement a faibli et s'est aligné sur les positions les plus radicales et excessives de certains laboratoires", a-t-il déclaré à Reuters. "Ceci est de nature à alimenter le doute et les interrogations sur la manière dont ont été prises les décisions".

Le ministère de la Santé n'a pu être joint pour réagir à ces affirmations. "Nous ne sommes pas sous influence (...) Nous écoutons aussi d'autres avis", a-t-il toutefois dit au Parisien.

Parallèlement, Le Point dénonce cette semaine un manque de transparence sur les contrats d'achats de vaccins.

L'hebdomadaire affirme que l'Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), mandaté par la ministre pour conclure ces achats, a refusé de lui transmettre des copies de ces contrats en mettant en avant "la protection des intérêts essentiels de l'Etat".

A la suite d'un avis défavorable de la Commission d'accès aux documents administratifs (Cada), autorité administrative indépendante, le ministère s'est toutefois engagé à transmettre ces contrats en cas de nouvelle requête.

L'écart de prix entre les doses de Sanofi (6,25 euros) et de Baxter (10 euros) a fait s'interroger le sénateur socialiste François Autain sur les modalités de négociations.

Roselyne Bachelot a assuré en réponse, lors de son audition fin septembre par la commission des Affaires sociales du Sénat, que "les prix ont été négociés au plus juste", expliquant qu'ils pouvaient varier "en fonction des quantités produites et de la composition des doses".

Des soupçons d'opacité accompagnent la préparation de cette lutte contre la pandémie depuis plusieurs mois.

"Quel intérêt aurais-je à dissimuler quoi que ce soit ? Cela ne ferait que susciter les questionnements et les remises en cause", a répondu la ministre de la Santé devant la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale le 16 septembre.

Pour Jean-Marie Le Guen, c'est en effet une des causes du faible succès de la campagne de vaccination.

"Cette campagne fait un bide alors que nous devrions être en situation de convaincre le corps médical et les personnes les plus fragiles de se faire vacciner", note-t-il. "La mauvaise communication tue la confiance."

Édité par Yves Clarisse

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