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par Thierry Lévêque
PARIS (Reuters) - Après une première année difficile à la tête du Parti socialiste, Martine Aubry s'affirme graduellement comme possible leader de l'opposition à Nicolas Sarkozy et esquisse son ambition pour la présidentielle de 2012.
Etre la première femme élue à l'Elysée ne paraît pas incongru à l'ancienne ministre du Travail du gouvernement de Lionel Jospin, "mère" de la réforme emblématique et contestée ayant porté la semaine de travail à 35 heures en 1998.
"Je pense que j'en ai les capacités comme d'autres. J'ai été numéro deux du gouvernement, j'ai rempli des fonctions importantes, j'ai travaillé dans une entreprise, je dirige une ville", a-t-elle dit dimanche au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.
Le maire de Lille, âgée de 59 ans, avait connu une année 2009 chahutée après avoir remporté d'un cheveu la bataille pour le poste de premier secrétaire du PS contre l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal, au terme d'un congrès qui avait laissé les socialistes divisés.
Mais elle a commencé une année 2010 décisive pour ses ambitions avec plusieurs bonnes nouvelles.
Après d'autres baromètres favorables, un sondage OpinionWay-Fiducial a conclu vendredi dernier qu'elle était perçue par les Français comme la meilleure opposante à Nicolas Sarkozy, avec une forte progression.
"L'appétit vient en mangeant et Martine Aubry profite d'une remontée des derniers mois de l'image du PS, après une séquence où le sarkozysme commence à patiner", estime le politologue Stéphane Rozès. "Le mouvement perpétuel de Nicolas Sarkozy et le fait qu'il n'arrive pas à mettre en cohérence ce qu'il dit et ce qu'il fait amènent les Français à regarder plus attentivement le PS", dit-il.
Les enquêtes d'opinion sur les élections régionales de mars attribuent au PS une avance sur les écologistes, ce qui effacerait en partie le très mauvais résultat des européennes de juin 2009 (16,48%, à quasi-égalité avec les écologistes).
Un sondage CSA pour Le Parisien publié dimanche crédite ainsi les listes socialistes de 22% des intentions de vote, loin devant celles d'Europe Ecologie situées à 15%. L'UMP de Nicolas Sarkozy continue de caracoler en tête avec 33%.
Martine Aubry a fait le pari, jugé risqué à droite comme à gauche, d'emporter au second tour des régionales la victoire dans les 22 régions métropolitaines. Un "grand chelem" ambitieux pour un PS qui en contrôle déjà 20 depuis le scrutin de 2004.
POSITION FRAGILE
Au-delà des chiffres, la fille de l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors s'emploie à retrouver un début d'initiative et de crédibilité dans ses propositions.
L'idée d'accorder aux étrangers non européens le droit de vote aux élections locales, brocardée au départ à droite comme une manoeuvre, est acceptée par une majorité de Français selon un sondage de la semaine dernière, et embarrasse la majorité, Nicolas Sarkozy s'y étant déclaré favorable dans le passé.
Sur la réforme des retraites annoncée par l'Elysée, Martine Aubry a brisé un tabou à gauche, disant accepter de faire passer l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, mais en échange de concessions, notamment sur les métiers pénibles.
Sa position reste cependant fragile.
"C'est seulement à l'issue des régionales que l'on verra si le PS est en ordre de marche, capable de régler son problème de leadership et apte à présenter un projet présidentiel conciliant les sujets sociaux et environnementaux", dit Stéphane Rozès.
Martine Aubry est loin d'avoir totalement ressoudé son parti, comme le montre l'incident de la semaine dernière provoqué en interne au PS par la défection de dernière minute du député européen Vincent Peillon à un débat sur France 2.
Surtout, la question de la candidature socialiste en 2012 reste explosive pour le parti, les postulants éventuels, de Ségolène Royal au directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, en passant par l'ancien premier secrétaire du PS François Hollande - la liste n'est pas exhaustive - restant aussi nombreux.
Le calendrier et les modalités d'organisation des primaires à l'américaine pour la nomination du candidat de la gauche en 2012 décidées par Martine Aubry et approuvées par les militants doivent être déterminés l'été prochain, pour un vote au second semestre 2011, a dit dimanche le maire de Lille.
Édité par Yves Clarisse
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