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« Les agences de notation , c'est quoi ? Des journalistes mieux payés que les autres. » Sur Europe 1, Jacques Attali se voulait sans doute méprisant sur le sérieux des agences de notation (et de la presse). Mais l'ancien sherpa du président Mitterrand a involontairement endossé ce que les agences de notation ne cessent de rétorquer à leurs (nombreux) détracteurs : une note n'est qu'une opinion sur le risque relatif d'un instrument de dette et rien de plus. La notation est ainsi une analyse sur la capacité d'un État ou d'une entreprise à honorer sa dette (intérêt et principal) à date et ce, dans un horizon de trois à cinq ans.
Au XIXe siècle, les agences de notation étaient d'ailleurs des organes de presse spécialisés sur les entreprises. C'est la crise de 1929 qui forgea véritablement le métier à l'instigation des régulateurs eux-mêmes soucieux de mieux informer le marché sur les risques de solvabilité. Aujourd'hui, quelque 120 agences de notation oeuvrent dans le monde, mais seulement trois (S&P, Moody's et Fitch) disposent d'une couverture mondiale. Elles constituent donc un oligopole, souvent dénoncé, mais qui n'a jamais empêché une féroce concurrence, parfois à l'origine d'une certaine complaisance dans la notation de titres complexes, de peur que l'émetteur n'aille s'adresser au voisin. De fait, les barrières à l'entrée sont très élevées : peu d'acteurs peuvent en effet se prévaloir d'un historique statistique sur les défauts de paiement aussi complet et ancien que ceux de S&P, Moody's et, dans une moindre mesure, Fitch. Se construire un « track record » crédible demande du temps et beaucoup d'argent. La double notation d'un titre est cependant devenue la règle, même si les méthodologies diffèrent d'une agence à l'autre. En résumé, Moody's, la plus « sophistiquée », est jugée plutôt conservatrice, surtout depuis l'affaire Enron, mais se donne très peu de temps pour réagir. De son côté, S&P, très focalisé sur les ratios, est appréciée des investisseurs par sa capacité à coller aux attentes du marché. Sa politique de transparence sur ses méthodologies est également un atout. Enfin, Fitch, la plus petite et la seule européenne, très orientée sur la recherche et le secteur financier, est plutôt un challenger qui tente de gagner des parts de marché avec des prix compétitifs et une réputation d'« émetteur friendly ».
Une grande part de l'incompréhension qui règne autour des agences provient de leur mode de rémunération : le client final (l'investisseur qui achète de la dette) ne paie rien car seul l'émetteur de la dette (entreprises, collectivités locales, États) est facturé. Mais le vrai commanditaire reste la banque d'affaires qui arrange les émissions, d'où le soupçon permanent de conflits d'intérêts. Les multiples tentatives de réforme du mode de rémunération ont jusqu'ici échoué, les investisseurs refusant d'en supporter le coût. Depuis les années 1990, les agences de notation ont acquis progressivement une place centrale dans la finance. Pour deux raisons. Tout d'abord, les régulateurs n'ont cessé de faire référence à la notation dans toutes les réglementations financières, bancaires et assurantielles. Bref, l'agence de notation s'est vu confier, à son corps défendant, une responsabilité de régulation qui n'a jamais été la sienne. Ainsi aujourd'hui, la finance est devenue véritablement dépendante de la notation . Car, et c'est la seconde raison, l'agence est au carrefour d'un circuit relationnel extrêmement complexe qui lie à la fois les émetteurs, les marchés, le système bancaire, les assureurs, les politiques et les régulateurs. À chaque contexte de crise, la pression s'accroît sur les agences. Depuis le scandale Enron en 2002, les politiques ont tenté de réguler (contrôler) les agences de notation . Sans succès jusqu'ici.
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