Contenu :
Le Transsibérien. L'état des chemins de fer russes impose des investissements urgents.
Le train a toujours été l'objet romanesque par excellence de la Russie. Probablement parce que les voyages en chemin de fer y sont plus longs qu'ailleurs et que le train est presque un personnage à part entière dans les grandes oeuvres littéraires russes du xixe et du début du xxe siècle. Chez Alstom, on n'écrit pas de romans, mais on s'intéresse beaucoup aux trains russes. Pendant longtemps, les chemins de fer de Russie ont été le premier employeur du pays, après l'Armée rouge, avec plus d'un million de salariés. À cause des conditions climatiques, de l'étendue du pays, et d'obscures raisons de sécurité, les dirigeants soviétiques ont répugné à construire des routes et des autoroutes, si bien qu'une grande partie du territoire russe, surtout vers l'est, n'est accessible que par avion ou chemin de fer. Lorsque Vladimir Yakunin, proche de Vladimir Poutine, (ils se sont rencontrés à Saint-Pétersbourg au début des années 1990) prend les rênes de la compagnie nationale, RZD, en 2003, d'abord comme directeur général puis comme président (en 2005), il est face à un chantier démesuré : aucun investissement dans les technologies ou le matériel roulant n'a été fait depuis la fin des années 1970, alors que le développement économique du pays impose une remise en ordre rapide du réseau ferroviaire, unique moyen de transporter du fret, y compris pétrolier, depuis la Sibérie jusqu'en Russie d'Europe ou vers la Chine. Les usines de fabrication de locomotives et de wagons sont au bout du rouleau. La plupart d'entre elles fabriquaient surtout des chars d'assaut et autres engins blindés, notamment Uralvagonzavod, à Nizhni Tagil, dans l'Oural, qui fut la première usine de chars d'assaut du monde durant l'ère soviétique...
Partenariat technologique pour Alstom
Depuis le milieu des années 2000, Vladimir Yakunin cherchait à nouer un partenariat avec un groupe étranger. Plusieurs pistes furent explorées, impliquant notamment Siemens et le groupe canadien Bombardier. Ce dernier proposa même à Vladimir Poutine de créer un vaste ensemble ferroviaire, incluant RZD, coté en Bourse et dont le groupe canadien détiendrait une minorité de blocage. Ce projet tint la cordependant quelques mois avant que le gouvernement finisse par y renoncer. Pendant ce temps, Alstom avait choisi une autre voie, celle du partenariat technologique avec l'un des principaux fabricants de matériel roulant (locomotives et wagons de passagers), Transmashholding (TMH), propriété d'un entrepreneur de 45 ans d'origine ouzbèke, Iskander Makhmudov, par ailleurs principal actionnaire du quatrième groupe de métaux non ferreux russe, UGMK. Un premier accord est conclu en 2007 afin d'apporter des outils nouveaux pour gérer les quatorze usines de TMH et d'améliorer la qualité. Puis, en mars 2009, une étape décisive est franchie avec l'achat par Alstom de 25 % du capital plus une action (soit la minorité de blocage) de TMH. Les deux sociétés ont alors créé deux entités communes, l'une spécialisée dans l'ingénierie et les systèmes de contrôle (TRTrans), l'autre dans la fabrication de matériel roulant (RailComp). Et en mai 2010, une première commande tombait dans l'escarcelle de RailComp : 200 locomotives de 7 200 kW, capables de rouler à 200 kilomètres/ heure, soit environ 1 milliard d'euros. En juin 2011, nouveau contrat : 200 locomotives de fret pour un montant de 1,05 milliard d'euros, ce qui assure une dizaine d'années de travail aux usines de TMH, sachant qu'au total, c'est 4 000 locomotives datant de la période 1960-1970 que RZD doit remplacer dans les prochainesannées. En outre, RailComp a remporté un autre contrat au Kazakhstan, en signant en mars 2010 pour 295 locomotives de fret, donnant ainsi à Alstom, par l'intermédiaire de ses partenaires russes, une position clé dans l'univers ferroviaire 15/20, qui est celui de l'ensemble de l'ex-Union Soviétique (soit un écartement des rails de 1520 millimètres contre 1435 en Europe, par exemple). En parallèle, Alstom travaille sur d'autres pistes comme les tramways et les trains régionaux. Il existe environ 13 000 tramways dans l'univers 15/20, 970 trains régionaux à Moscou, 870 à Saint-Pétersbourg, dont tous sont à remplacer, dans un contexte où les grandes villes du pays manquent d'infrastructures routières et sont progressivement asphyxiées par le trafic automobile.
Le TGV, morceau de roi
Mais le projet qui concentre l'attention des constructeurs du monde entier est le TGV Moscou-Saint-Pétersbourg, qui devrait relier les deux métropoles en deux heures et demie. L'appel d'offres sera probablement lancé au début 2012 (le Premier ministre Vladimir Poutine, dont on connaît les liens avec la capitale du Nord, suit très attentivement le projet). Cela représente un investissement compris entre 15 et 25 milliards d'euros, et Alstom est candidat au sein d'un consortium qui comprend aussi Bouygues et Colas. Par ailleurs, la Coupe du monde de football qui se déroulera en Russie en 2018 va avoir pour effet d'accélérer un certain nombre de projets de trains rapides, (250-270 km/h) pour lesquels Alstom et TMH préparent des offres, notamment sur le modèle du Pendolino Allegro qui relie déjà Saint-Pétersbourg à Helsinki. « La Russie fait désormais partie de nos marchés prioritaires en matière de transport », affirme Bernard Gonnet, directeur général d'Alstom Transport pour la CEI, basé à Moscou. Un signe qui ne trompe pas : Patrick Kron a réuni son conseil d'administration à la mi-octobre à Moscou, et l'a emmené faire une petite excursion à Novotcherkassk, ancienne capitale des cosaques du Don, dans la région de Rostov-sur-le-Don, siège du combinat NEVZ, qui fabrique les locomotives électriques nouvelle génération de TMH et d'Alstom.
_____
Une mission pour développer les investissements croisés
Jean-Pierre Thomas, associé-gérant de la banque Lazard, vient de se voir confier une mission par Nicolas Sarkozy, afin de développer les investissements croisés entre la France et la Russie et surtout « vendre » en France le programme de privatisations russe, d'un montant d'environ 60 milliards de dollars. Jean-Pierre Thomas est chargé, de surcroît, de rendre un rapport sur la création d'un espace économique euro-russe. Les principaux secteurs où intérêts russes et français pourraient se croiser concernent les marchés financiers puisque la Russie entend développer sa place financière, un mouvement qui s'est concrétisé récemment par l'annonce du rapprochement des deux marchés russes. Quant au grand projet d'aménagement du Nord Caucase, qui doit aboutir à la construction d'infrastructures de tourisme sur le littoral et en montagne, il fait l'objet de la création d'une joint-venture entre des intérêts russes et la Caisse des Dépôts, portée sur les fonds baptismaux en septembre dernier à Sotchi, en présence des dirigeants russes et d'une cinquantaine de chefs d'entreprise français.
TARTARIN a écrit le 17/11/2011 à 18:32 :
D'où vient cette transcription iconoclaste : ??? = RZD ? On devrait transcrire : RJD !!! Elémentaire, mon cher Watson !!!
> Retour haut de page
jQuery(this).corner('round 4px').parent().css('padding', '1px').corner('round 4px');
Coco swing a écrit le 29/11/2011 à 23:35 :
La Russie c'est l'avenir à tous points de vue; lorsque la démocratie y sera plus visible, ce pays sera de nouveau un géant économique.
stoppeur a répondu le 13/01/2012 à 16:48:
De ce côté-là,il ne faudrait pas trop rêver!!La Russie ne sera ja mais plus démocratique que les USA ou la France avec le "lobby nuc léaire",et les magouilles de tous ceux qui tournent autour de Pou tine...sarkozy a très bien compris quels avantages ça pourrait ti rer pour les lendemains de son 1er mandat,même s'il n'en faisait pas un 2è!!