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Série : la saga des PME familiales (1/20) - 18/07/2011 | 14:08 - 1133 mots

Les Dubreuil, le virus du commerce inscrit dans les gènes

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Près de 90 ans après les débuts de l'épicerie de gros de La Roche-sur-Yon, le groupe rayonne sur la moitié ouest de la France et les Antilles via des activités de négoce et de transport aérien. Depuis deux ans, la troisième génération tient la barre, fidèle à la devise familiale : être commerçant et gestionnaire.

Devinette : pourquoi l'assemblée générale du groupe Dubreuil a-t-elle toujours lieu un mercredi ? Pour que les actionnaires scolarisés puissent y assister ! Car la tradition familiale veut que, dès l'âge de 7 ans, un héritier reçoive chaque année des actions et soit sensibilisé aux affaires. Avant cela, c'était sur le terrain que les fils Dubreuil s'imprégnaient tant des activités du groupe que de ses valeurs. Dès son plus jeune âge, Jean-Paul Dubreuil passait son temps libre dans les rayonnages de l'épicerie de gros créée par son père Henri Dubreuil en 1924 à La Roche-sur-Yon. Quelques dizaines d'années plus tard Paul-Henri Dubreuil, troisième génération à la tête du groupe, n'aimait rien tant qu'accompagner son père dans les hypermarchés de la famille. Une famille de commerçants, gestionnaires et entrepreneurs, à la tête aujourd'hui d'un groupe de distribution et de transport aérien qui pèse plus de 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires.

Des deux activités d'origine, grossiste en épicerie et distribution de carburant, seule la seconde figure encore dans le portefeuille d'activités du groupe. Mais elle n'a plus grand-chose à voir avec la vente dans les années 1930 de bidons d'essence dans l'épicerie, qu'Henri Dubreuil a eu l'ingénieuse idée de faire évoluer après la Seconde Guerre mondiale par la création d'un réseau de stations-service en milieu rural. Aujourd'hui, Dubreuil Carburants exploite 70 stations Esso sur toute la France et est la principale activité du pôle de distribution de produits pétroliers (14 % du chiffre d'affaires, soit 163 millions). Outre le carburant, cette branche vend des lubrifiants pétroliers et des combustibles pour poêles à pétrole, et fabrique des emballages plastique. Actigaz, dédié au GPL en bouteille, a été cédé l'an dernier par Paul-Henri Dubreuil dans le cadre du plan de rationalisation des activités qu'il a engagé en prenant en 2009 la présidence du directoire. « Il faut se débarrasser des filiales peu rentables et sans perspectives », souligne le jeune patron de 40 ans suivant à la lettre les enseignements de son père qui s'était désengagé de la distribution alimentaire dès que les marges ont commencé à se réduire.

Avant de s'installer dans le fauteuil de son père, Paul-Henri Dubreuil a su conquérir sa légitimité au cours des quinze dernières années en redressant les entreprises du groupe battant de l'aile. Le passage incontournable a été la gestion de l'Hyper U de Luçon, premier supermarché créé par Jean-Paul Dubreuil en 1974 et considéré comme l'un des piliers fondateurs du groupe actuel avec la création un an plus tard de la petite compagnie aérienne Air Vendée. « Le groupe a réellement pris son envol à la fin des années 1970 », raconte le président du conseil de surveillance, propulsé à la tête de l'entreprise familiale à seulement 23 ans ,suite au décès brutal de son père en 1966. Il emploie « le goût d'entreprendre et le sens du commerce » paternel à développer l'affaire et sait se battre pour convaincre les banques de financer son projet de construction d'un vaste entrepôt en périphérie de La Roche-sur-Yon. « Cette période difficile m'a tanné le cuir et appris qu'il ne fallait pas abandonner un projet à la moindre difficulté », poursuit ce passionné d'aviation qui n'aurait jamais pu imaginer à cette époque « faire voler des Airbus au-dessus de l'Atlantique ».

Fort d'un trésor de guerre de 180 millions d'euros, Paul-Henri, conscient d'être dans une situation plus confortable que celle de son père à ses débuts, ne se met pas pour autant la pression, même s'il admet que « succéder à son père n'est jamais facile ». Le choix s'est imposé « naturellement » à Jean-Paul Dubreuil alors que Paul-Henri a deux soeurs aînées, Valérie Le Pivert, directeur des programmes immobiliers et du système d'exploitation, et Sophie Jean-Victor, directeur marketing et communication. Mais même s'il joue surtout aujourd'hui un rôle de « mentor », Jean-Paul Dubreuil ne manque jamais la réunion mensuelle avec son fils et ses deux filles pour faire le point sur les affaires en cours et la situation de l'entreprise.

Du coup, le benjamin impose progressivement sa marque. Ainsi, après la revente de deux magasins Mr. Bricolage, il a troqué deux concessions Citroën pour deux Peugeot et porté à 17 le nombre de ses implantations à la marque au lion. Avec 10.700 voitures neuves et 8.300 d'occasion vendues par an, complétée par trois filiales, la branche de distribution automobile est le deuxième pôle en termes de chiffre d'affaires (27 %, soit 320 millions d'euros). Il sait aussi engager le groupe vers des secteurs émergents à l'instar des énergies renouvelables en créant un pôle aux filiales complémentaires : pose de panneaux photovoltaïques, financement de centrales solaires, distribution de solutions solaires diverses. Paul-Henri Dubreuil se prépare pour 2012 à investir dans de nouvelles activités telles que les poids lourds ou le matériel agricole. Tout en restant dans le domaine de la distribution, le patron du groupe Dubreuil se cantonnera « au B to B, car les marges dans le B to C ne sont plus tenables avec le développement du commerce sur Internet ».

Il ne s'interdit pas non plus d'acquérir une dimension nationale, voire de franchir les frontières, « cela dépend des métiers », indique-t-il. Des partenariats en Pologne dans les matériels d'occasion pour les travaux publics sont d'ailleurs en cours. Pas question en revanche d'ouvrir la porte du capital aux investisseurs extérieurs, « nous avancerons en fonction de nos moyens », assure le jeune dirigeant, « nous voulons garder notre capacité de réactivité et ne pas subir la pression des fonds d'investissement imposant des obligations de résultats à court terme ».

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Une règle d'or : la diversification

Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier est la règle d'or de la famille Dubreuil qui s'impose de limiter à moins d'un tiers le poids de chaque filière dans le chiffre d'affaires du groupe. « Cela permet d'absorber les variations d'activité d'un pôle par l'autre », explique Paul-Henri Dubreuil. Toute l'attention va donc être portée sur l'aérien qui a totalisé, avec 406 millions d'euros en 2010, 35 % du chiffre d'affaires du groupe. L'arrivée fin 2011 d'un cinquième Airbus A 330-300 dans la flotte d'Air Caraïbes devrait doper encore davantage le premier pôle d'activité du groupe vendéen.

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Carte d'identité / Chronologie

Date de création : 1924.
Dirigeant : Paul-Henri Dubreuil.
Activité : transport aérien et distributions diverses (automobile, produits pétroliers, alimentaire, BTP).
Siège social : Belleville-sur-Vie (Vendée).
CA 2010 : 1,17 milliard d'euros.
Effectifs : 2.900 salariés.

1924 : Henri Dubreuil crée une épicerie de gros.
1966 : Jean-Paul Dubreuil reprend l'entreprise suite au décès de son père.
1974 : 1er supermarché Bravo devenu Hyper U.
1975 : création d'Air Vendée qui deviendra Régional Airlines en 1992.
1980 : 1er magasin de bricolage Bricogite.
1987 : 1ère concession Peugeot.
1998 : rachat d'Air Caraïbes.
2000 : vente de Régional Airlines.
2003 : Air Caraïbes lance des lignes Paris-Antilles.
2007 : création d'Energies nouvelles.
2009 : Paul-Henri Dubreuil devient président du directoire.

Fabienne Proux - 18/07/2011, 14:08  | 
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