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Les grands rendez-vous culturels - 19/07/2011 | 10:42 - 833 mots

Avignon-Arles : Cy Twombly, l'oeil amoureux

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Disparu le 5 juillet dernier, Cy Twombly n'était pas uniquement peintre et sculpteur. On découvre aujourd'hui ses photographies à la collection Lambert en Avignon . Parallèlement, l'artiste a fait dialoguer le plasticien Douglas Gordon et le peintre Miquel Barceló à la chapelle du Méjan en Arles.

L'homme était discret, mystérieux même. Parlant peu, se livrant encore moins, il vivait, caché, en Italie, son pays d'adoption depuis 1957. Pourtant Cy Twombly était d'origine américaine, d'une ville de Virginie, Lexington.

De son vrai nom Edwin Parker Twombly junior, Cy Twombly est un artiste précoce. Dès l'âge de 14 ans il manifeste des dons pour le dessin. Ses premiers cours, il les prend dans sa ville natale auprès du peintre Pierre Daura, un réfugié républicain espagnol qui a été élève du père de Picasso. Puis Cy Twombly s'inscrit à l'école du musée des Beaux-Arts de Boston. Suit un cursus qui le conduit à l'Art Students League of New York où il se lie d'amitié avec Robert Rauschenberg. C'est avec celui-ci que, quelque temps plus tard, il se rend au célèbre Black Mountain College en Caroline du Nord. Ils trouvent là des artistes comme le chorégraphe Merce Cunningham, le compositeur John Cage et les peintres Frantz Kline ou Robert Motherwell. Une bourse va lui permettre de faire un voyage en Europe. Il se rend alors en Italie, en Espagne, en France et en Afrique du Nord. Cy Twombly ne se laisse pas influencer par la peinture américaine de l'époque représentée principalement par Jackson Pollock. Il est d'un tempérament indépendant et se sent plus méditerranéen. D'ailleurs après un bref retour à New York, où il expose pour la première fois, il part s'installer d'abord à Rome puis à Gaète.

Son style s'impose très vite. Twombly va s'orienter vers une forme primitive du geste, à travers le signe, le mot, le brouillage. L'éclaboussure. La toile blanche est comme l'espace vierge qu'il faut révéler au regard en l'habillant d'un vocabulaire simple, venu de la nuit des temps. Un art dans lequel il deviendra un maître.

En 1984, il obtient un vif succès à la Biennale de Venise. Suivront, avec une renommée grandissante, les grandes rétrospectives au Centre Pompidou, au Moma de New York et plus récemment à la Tate Modern de Londres. Une de ses dernières réalisations fut une commande du musée du Louvre pour le plafond de la salle des Bronzes. Cy Twombly conçut un immense ciel bleu dans lequel il installa une cosmogonie de sphères accompagnées de cartouches blancs dans lesquels on pouvait lire les noms de sculpteurs grecs, comme Praxitèle, Phidias ou encore Polyctète.

L'oeil photographique. Avec la photographie que l'on découvre aujourd'hui à la Collection Lambert à Avignon, il en est de même. On a l'impression d'être à l'aube d'un art auquel Twombly semble avoir donné naissance. Un art lui procurant une émotion à laquelle il ne peut résister. C'est surtout à travers ses paysages marins, ses vues de plages l'été, que l'on éprouve ce sentiment. Ils sont nimbés d'une brume qui les apparente d'emblée au souvenir. Impression que l'on partage à travers toute l'oeuvre photographique de Cy Twombly, comme une effraction permanente de la mémoire. Même à ses débuts dans les années 1950 avec des images de pots et de gobelets qui font penser à des peintures de Morandi. Ses compositions d'intérieur sont baignées d'une dramatisation qui les entraîne dans le passé. Jusqu'aux portraits qui semblent volés au temps. Chez Cy Twombly, la photographie devient l'exploration du domaine du rêve. Même lorsqu'il s'approche au plus près du corps défunt d'une statue, il représente des lambeaux de vie perdue. À la fin des années 1990, il s'intéresse aux fleurs et c'est toujours le même exercice de disparition, d'enfouissement dans le temps pour n'en garder qu'une trace fugitive. De même avec les autoportraits qui s'effacent continuellement et dont seule une pâle lumière tente de retenir la figure.

Mais Cy Tombly, de son aveu même, ne serait pas le photographe qu'il est sans ceux qu'il a admirés. Alors, dans cette exposition, ils accompagnent son parcours. Sally Mann, l'intime et son érotisme morbide. La manière de jouer avec l'art de Louise Lawler, Diane Arbus, Cindy Sherman, Sol LeWitt... Et des classiques, la sombre intimité de Degas, l'érotisme de Bonnard, la pureté de Brancusi, la folie de vivre de Lartigue et Rodin, Gustave Le Gray. Cy Twombly est bien de leur famille.

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Pour en savoir plus

- Collection Lambert en Avignon, Hôtel de Caumont, 5, rue Violette. Tél. : 04.90.16.56.20. Jusqu'au 2 octobre.
- En Arles, l'artiste a par ailleurs demandé à Douglas Gordon et Miquel Barceló de travailler sur l'idée même du portrait et de son devenir. L'exposition est accompagnée d'une installation de photographies de stars brûlées « Selfportrait as you + me, 1998 ». Arletty, Yves Montand, Catherine Deneuve, Romy Schneider... Nos icônes se consument sous nos yeux. Chapelle du Méjan, place Nina-Berberova. Tél. 04.90.49.56.78.

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Lecture : « Le Temps retrouvé »

À l'occasion de cette exposition, Actes Sud coédite un double catalogue des photographies de Cy Twombly et de ses amis artistes, choisies par ses soins. Ed Ruscha, Cindy Sherman, Brancusi, Sally Mann... Toutes ces images dialoguent entre elles et invitent à une réflexion poétique sur la photographie du XIXe siècle à nos jours de l'Europe à l'Amérique des années 1960.

« Le Temps retrouvé », Actes Sud Beaux-Arts, 384 pages, 49 euros. www.actes-sud.fr

Jean-Louis Pinte - 19/07/2011, 10:42  | 
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