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Série : la saga des PME familiales (3/20) - 20/07/2011 | 13:25 - 1053 mots

Les Ballande, entre Bordelais et vents du large

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Curieux destin que celui de ce groupe familial qui a pris naissance à Bordeaux pour rayonner outre-mer et qui réinvestit sa région d'origine depuis la Nouvelle-Calédonie.

Pour tout Bordelais de souche, le nom de Ballande évoque les vents du large et l'exotisme. Depuis cinq générations, ce groupe familial originaire de Bordeaux s'est développé sur la zone Pacifique à partir de la Nouvelle-Calédonie. « Une saga passionnante et toujours vivante », précise Louis Ballande qui préside depuis 1982 aux destinées de ce groupe atypique. Ses métiers sont des plus divers : de l'extraction de nickel à la gestion d'un grand cru. « Des métiers utiles et bien exercés. J'éprouve une certaine fierté à avoir réussi à reprendre le flambeau », commente Louis Ballande. Après avoir fait des études sérieuses à Bordeaux, il travaille dans le conseil juridique et le conseil en gestion, puis intègre Ballande, en 1978, par la petite porte en faisant ses premières armes au sein du bureau d'achats de Bordeaux disparu depuis.

Dès sa création, ce groupe, dont la devise est « de tout toujours », s'est efforcé de s'adapter et de rebondir saisissant ou provoquant les opportunités. Originaires du Lot-et-Garonne où ils sont d'abord papetiers puis drapiers, les Ballande deviennent armateurs à Bordeaux au début du XIXe siècle. Associé à d'autres négociants armateurs de la place bordelaise, Armand-Louis Ballande approvisionne le Chili et ramène des matières premières, minerais ou phosphate. En 1838, il s'installe à Valparaiso et veut aller encore plus loin. Ses associés répugnant à prendre des risques, il reprend sa liberté avec une partie de la flotte pour s'implanter en Nouvelle-Calédonie en 1863. L'administration française lui confie l'approvisionnement du bagne et il cherche des marchandises - produits tropicaux ou minerais - pour charger ses bateaux au retour.

C'est ainsi que l'entreprise a engagé une diversification dans des branches très variées et qu'elle réalise aujourd'hui un chiffre d'affaires de 350 millions d'euros, avec 860 personnes employées sur une dizaine de sites. Car la pérennité du groupe passe aussi par une diversification géographique. Et tout en restant familial mais pour contrer des tentatives de déstabilisation, en 1990, il a fait entrer dans son capital, à hauteur de 26 %, le puissant japonais Sumitomo, client de la branche nickel depuis la fin des années 1940. Louis Ballande n'y voit que des avantages : « Cela nous oblige à avoir une gouvernance transparente, sécurise un débouché et nous crédibilise avec un partenaire de cette taille. Notre texture n'est plus seulement familiale, nous raisonnons plus large. »

À cet égard, le groupe a déjà montré sa capacité à s'ouvrir à de nouveaux horizons. Depuis 1890, il s'est engagé dans l'exploitation du nickel et exporte actuellement 350.000 tonnes de garniérites par an vers le Japon. Il exploite en outre les latérites, minerais plus pauvres qu'il arrive à valoriser à raison de 650.000 tonnes, le tout en veillant à ne pas avoir d'impact sur l'environnement. Cette branche réalise un chiffre d'affaires de 76 millions d'euros. Dans un autre registre, la distribution à vocation généraliste, créée en 1870, s'est structurée et professionnalisée par le biais des franchises. Le groupe a des points de vente en Nouvelle-Calédonie, bien sûr, mais aussi en Australie, Nouvelle-Zélande, en Asie, en Polynésie, au Vanuatu. Ballande est ou a été partenaire d'Intersport, Tati, Mr Bricolage, Celio, Comtesse du Barry, Etam, Speedy ou La Foir'Fouille. Il est aussi présent dans le secteur du frais et du congelé. Cette branche génère 75 millions d'euros. L'élevage est aussi traité à grande échelle avec 6.000 hectares de terres et un troupeau de 7.000 vaches limousines en Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu, l'exportation de reproducteurs et de semences et, depuis la Nouvelle-Zélande, le négoce de moutons et des ateliers de découpe. Les produits sont exportés vers les marchés américains, mexicains, européens et asiatiques pour un chiffre d'affaires de 21 millions d'euros.

L'activité la plus récente, la viticulture et son négoce, pèse 220 millions d'euros de chiffre d'affaires. Première incursion dans le secteur avec l'achat, en 1989, d'une propriété en Entre-deux-Mers qui fait aujourd'hui 90 hectares. 1999 marque une étape avec l'acquisition d'un vignoble de 95 hectares - passé à 102 hectares - d'une « winery » et de la marque Tisdall en Australie mais aussi du quatrième grand cru classé en appellation Margaux, le Château Prieuré-Lichine. Dans le négoce, le groupe a repris le bordelais Sovex Woltner, l'australien National Liquor rebaptisé Del Vino, le bordelais Bernard et Méneret, renommé Ballande et Méneret, spécialisé dans les grands crus en primeurs et vieux millésimes, le bourguignon Corton André SA et une société d'importation en Chine, située à Shanghai, sans compter les diverses implantations commerciales en Nouvelle-Calédonie, à Tahiti, en Australie et en Nouvelle-Zélande ni ses quatre magasins de détail à Hong Kong.

Pour jouer sur les synergies, le groupe était entré dans le capital de Gault & Millau mais s'est désengagé. Dernièrement, Ballande et Méneret, l'un des leaders bordelais dans son activité et qui exporte à 80 %, s'est doté, aux portes du Médoc, d'un nouveau chai d'une capacité de stockage de 5 millions de bouteilles. Ce bâtiment de 10.000 m2 a coûté 6,5 millions d'euros. Avec cet outil logistique performant, Ballande n'est pas si loin que cela de son métier historique de transporteur qu'il n'a pas totalement abandonné puisque le groupe réalise encore 8 millions d'euros de chiffre d'affaires sur le port de Nouméa dans la gestion et la manutention de conteneurs.

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Participation des salariés aux bénéfices

Non content de mener une affaire dont le plus gros de l'activité était en Nouvelle- Calédonie, André Ballande (1857-1936), né et mort à Bordeaux, s'est intéressé à la politique. Il a fait partie du conseil municipal de Bordeaux et, de 1902 à 1924, a même siégé à l'Assemblée nationale en tant que député de la deuxième circonscription bordelaise. En 1904, il y propose un projet de loi sur la participation des salariés aux bénéfices des entreprises qui... est rejeté. Ce qui ne l'a pas empêché de l'appliquer dans son entreprise. Il travaille aussi sur le repos hebdomadaire en 1911 et défend les vins et le port de Bordeaux.

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Carte d'identité / Chronologie

Date de création : Début du XIXe siècle à Bordeaux.
Nom du dirigeant : Louis Ballande
Activité : Commerce et négoce.
Siège social : Nouméa et Bordeaux pour plusieurs sociétés de négoce de vins.
Chiffre d'affaires : 350 millions d'euros.
Effectifs : 860 personnes.

1838 : Installation au Chili.
1863 : Implantation en Nouvelle-Calédonie.
1890 : Démarrage de l'activité d'extraction du nickel.
1900 : Lancement de la production animale.
1989 : Début de l'implication dans la filière vitivinicole.
1990 : Arrivée de Sumitomo dans le capital.

Claude Mandraut, à Bordeaux - 20/07/2011, 13:25  | 
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