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Cabris, juillet 2011. Jean-Claude Ellena ouvre la porte de son laboratoire. Installé dans une villa de deux étages, construite à la fin des années 1960 par un architecte hollandais marqué par l'esprit du génial américain Frank Lloyd Wright, tout ici respire l'architecture de pierre et de verre. Grâce au parti pris du dedans dehors, la nature entre de plain-pied à l'intérieur. Sous les pins, entre roches et garrigue, la terrasse surplombe la vallée de Cannes ; au loin, on devine les îles de Lérins.
Dans la journée, seul le chant des cigales vient perturber le silence dont s'entoure le parfumeur d'Hermès pour créer ses parfums. Jean-Claude Ellena a la simplicité d'un homme de la terre, un sourire discret et une gentillesse perceptible au premier regard. Son bureau est d'une sobriété monacale. Une table Ikea en hêtre verni, un fauteuil. Tout est à portée de quelques pas glissés. De là, il peut contempler la Méditerranée. La mer des origines.
Dans une pièce adjacente, son assistante pèse au milligramme près les ingrédients sur une balance Mettler ; deux carrousels de flacons sont posés sur la table de verre : sa palette restreinte se compose de 200 extraits, pour moitié synthétiques, pour moitié naturels. Le goût de l'épure caractérise ses créations. De l'Eau Parfumée au Thé Vert de Bulgari (1992) à la Cologne de Gentiane Blanche pour Hermès, chacun de ses parfums prône une économie du peu.
Jean-Claude Ellena n'a pas choisi Cabris sur un coup de tête. Né à Grasse en 1947, autodidacte, fils de parfumeur, il a commencé sa carrière à 16 ans, en bas de l'échelle. Comme tous les nez de sa génération, son maître en parfums est Edmond Roudnitska. Le génial créateur de l'Eau Sauvage de Dior, Femme de Rochas, et bien sûr l'Eau d'Hermès. Est-ce un hasard ? Lui aussi avait choisi de s'installer à Cabris pour y concevoir ses parfums, et vivait à Spéracèdes, là même où aujourd'hui, le nez d'Hermès habite avec son épouse Susannah, une parente de Samuel Beckett. Homme sûr de son talent, bourré de certitudes, Roudnitska aimait à se définir en compositeur d'odeurs. Amoureux des mots, profondément impressionné par la littérature de Jean Giono, son « deuxième heureux père », Jean-Claude Ellena, lui, préfère se décrire comme un écrivain des odeurs. Si filiation existe, les deux hommes n'ont pas le même tempérament. Ils se connaissaient bien. Une dispute violente les opposa ; le vieux nez prétendait créer une esthétique universelle, ce que réfutait le jeune parfumeur. Jean-Claude ne céda pas, c'est Edmond qui fit le premier pas vers la réconciliation. Sans doute aimait-il ce timide teigneux, capable de lui tenir tête. Mais aussi imaginait-il déjà que Jean-Claude Ellena aurait la trempe de poursuivre sur sa voie avec une exigence sans faille. En 1999, à son enterrement, c'est Jean-Claude Ellena qui a prononcé son éloge funèbre. Tout le pays était réuni autour de lui pour rendre hommage à celui qui a donné ses lettres de noblesse à Grasse et à la parfumerie contemporaine. Aujourd'hui, à la tête du musée de la Parfumerie, il continue à honorer la mémoire du grand homme, tout en cherchant des mécènes capables de doter l'établissement du budget nécessaire à son développement.
Grasse n'est pas devenue la terre des parfumeurs par hasard. Dotée d'un microclimat propice et d'un sol cristallin, c'est à partir du XVIe siècle, grâce à un cheptel abondant, très recherché des maîtres parfumeurs et gantiers, que la cité a commencé à développer la culture des plantes parfumées. Le jasmin, importé des Indes, comme les premières roses, est apparu ici à partir de 1650 ; la tubéreuse a suivi vers 1670, acheminée, à dos d'ânes, depuis l'Italie. Aujourd'hui encore, même si nombre de cultivateurs ont vendu leurs terres, ne résistant pas à l'appât du gain rapide lié à la spéculation immobilière (Jean-Claude Ellena, lui, a gardé toutes ses terres), quelques exploitants continuent à produire les essences si convoitées par les plus grandes maisons de la parfumerie internationale. Chaque année, elles se disputent les extraits des récoltes. Les fleurs d'oranger sont cueillies d'avril à mai, la rose « centifolia » se récolte en vingt jours, de mi-mai à mi-juin ; le « jasminum grandiflora » s'épanouit à la mi-juillet, la tubéreuse, elle, commence fin juillet. Reste la fleur star de la Provence, la lavande. On est en pleine cueillette. Jusqu'au 15 août, les effluves de cette plante, aux vertus anxiolytiques, submergent les aires alentours. Grasse vit à l'heure des parfums. Il n'y a qu'ici sur cette terre balayée par les vents d'Est, chargés d'iode depuis la Méditerranée, et les vents du Sud, porteurs des senteurs du mimosa de Tanneron, que Jean-Claude Ellena peut véritablement faire corps avec le parfum. Et lui consacrer sa vie. Comme Roudnitska.
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Tout sur Jean-Claude Ellena
À lire, le Que sais-je ? sur le Parfum qu'il a écrit pour les Presses Universitaires de France (PUF) en 2007 avec une deuxième édition en 2009 (128 pages, 9 euros). Et, publié en 2011, « le Journal d'un parfumeur » aux éditions de Sabine Wespieser (159 pages, 17 euros). Déjà, son éditeur le presse de poursuivre ses aventures dans l'écriture, mais lui veut laisser le temps au temps. Pour enfin mieux connaître ses parfums, rendez-vous chez Hermès pour découvrir ses créations, Terre d'Hermès, Voyage d'Hermès, l'Eau de gentiane blanche, l'Eau de pamplemousse rose. Dans la collection Hermessence, exclusivement mise en vente dans les boutiques du sellier, son prochain opus est annoncé pour l'automne.
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Où séjourner ?
Une belle adresse : la Bastide Saint Antoine, dirigée par Jacques Chibois. Ce Relais & Châteaux, nouvellement auréolé d'une cinquième étoile, se déploie au-dessus de la vallée de Cannes, avec vue plongeante sur la Méditerranée dans une oliveraie de 5 hectares. L'hôtel, tout parfumé d'huile de lin, dispose de neuf chambres et sept suites décorées, c'est selon, de manière provençale ou contemporaine. L'été, on goûte en terrasse, au menu du restaurant gastronomique, étoilé Michelin. La cuisine est légère, élégante. À titre d'exemple, cet été, l'établissement propose un forfait « Le cap d'Antibes à la Bastide » à partir de 579 euros pour deux personnes. Au menu, une nuit en chambre double avec petits déjeuners, une journée à la plage du Beach Hôtel au cap d'Antibes (avec cocktail, matelas, parasol et serviettes), un dîner gastronomique (5 plats), boissons comprises.
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