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Soixante millions d'euros investis depuis cinq ans - dont 10 en acquisitions - mais aucun dividende distribué. « La famille a fait le choix d'investir pour développer l'entreprise sur la durée, plutôt que de se verser des dividendes, confie Jérôme Duprez, le PDG de Moret Industries, fabricant de pompes (branche Ensival-Moret) et d'équipements pour l'industrie (branche Maguin). Notre horizon à nous n'est pas à trois mois, mais à cinq ans. » Le représentant de la cinquième génération de cette famille d'entrepreneurs qui se présente comme un défenseur du modèle du « capitalisme familial rhénan » espère bien qu'avec cette « vision à long terme », son groupe « sera encore là dans cent ans ».
Passé de l'entretien de machines de tissage à la petite chaudronnerie, puis aux équipements pour la transformation de la betterave à sucre, Moret doit son expansion au développement du marché du sucre de betterave. Les pompes pour l'industrie ont ensuite pris le relais des sucreries qui ont littéralement fondu en cent ans ; on comptait quelque 250 sucreries en France en 1900 - presque toutes situées au nord de Paris - contre une vingtaine aujourd'hui. Les pompes « Moret » sont tout sauf des pompes ordinaires ; exportées dans le monde entier, ce sont des pompes « spéciales » sur mesure, à forte valeur ajoutée. Comme l'explique Jérôme Duprez, c'est un élément « stratégique » : l'arrêt d'une pompe pouvant entraîner l'arrêt d'une usine.
Moret, devenu Ensival-Moret, est connu pour son savoir-faire en matière de pompages difficiles (acides par exemple) et pour ses pompes très techniques ou très puissantes (3.000 kilowatts) qui peuvent « vider l'équivalent d'une piscine de 50 mètres remplie d'acide en moins de 5 minutes ». En marge de ses secteurs traditionnels - pétrochimie, chimie, énergie, agro-industrie, papeterie - Moret est en train de se positionner sur le marché des pompes pour le solaire. De son côté, Maguin, la branche « process », se prépare à attaquer la chimie verte en plus des équipements et installations clés en main pour la filière sucre/alcool et le traitement des déchets.
Pour diversifier ses savoir-faire, le groupe s'est lancé il y a vingt-cinq ans dans une politique d'acquisitions, la dernière en date, il y a un an, étant celle de l'allemand Vetter dans le séchage industriel pour la branche Maguin. « C'est un symbole de la qualité du made in Germany », s'enflamme Jérôme Duprez qui y voit aussi... le moyen d'accéder au marché allemand et à l'Europe orientale. En fait, avec son père, il a bâti une fédération de PME autonomes et spécialisées en rachetant des sociétés dont les dirigeants partaient à la retraite. Ces sociétés sont autant de noms et de marques qui continuent de vivre leur vie tout en profitant de la « bannière Moret » pour aller conquérir des marchés à l'international. Cette « fédération » accueille par exemple le fabricant Ledoux, installé à Bègles (Gironde), qui avait accepté en juin 1940 « d'accueillir » les établissements Moret repliés à Bordeaux. Ces derniers avaient opté pour une mise à l'abri chez un confrère pour ne pas revivre ce qu'avaient vécu leurs ancêtres pendant la guerre de 14-18 : la destruction de leur usine et de tous les plans et modèles, dans une ville - Saint-Quentin - elle-même détruite à 80 %. « Ils avaient dû repartir de zéro avec l'obligation de refaire le plan des pièces à partir de celles qui étaient installées chez les clients », raconte Jérôme Duprez.
En Chine, il a bien fallu partir de zéro. « Nous avons commencé par un bureau à Singapour en 1994 qui nous a permis de prospecter en Chine », se souvient le dirigeant. Le groupe y ouvre dès 1996 et devient ainsi l'une des premières PME françaises à s'installer dans l'empire du Milieu. Quinze ans plus tard, l'usine, encadrée par un dirigeant français, emploie 250 salariés chinois. Mais l'aventure ne fait que commencer car la Chine est en train de passer du statut de concurrent à celui de marché. Ensival-Moret Shanghai réalisait au départ des pièces semi-finies pour le marché européen à 75 %. Poussée par la demande locale, elle s'est mise à produire des pompes prêtes à l'emploi pour le marché chinois. Aujourd'hui, « notre filiale chinoise travaille à 90 % pour le marché chinois et asiatique et à 10 % pour l'Europe », explique Jérôme Duprez. Autre tendance, les pompes de plus en plus qualitatives ont succédé aux pompes d'entrée de gamme. « Nous avons commencé par construire des 2 CV ; aujourd'hui, nous faisons des Mercedes et bientôt nous ferons des Rolls ! » Fort de sa réussite chinoise, le groupe a entamé une percée dans d'autres pays émergents, tels le Brésil et l'Inde.
La relève de la sixième génération devrait être assurée, notamment avec les deux fils de Jérôme Duprez qui terminent leurs études supérieures. Mais ils devront se soumettre aux fameux critères du « pacte de famille » qu'ils ont signé à 18 ans. Ce pacte mis en place en 1975 dans le groupe prévoit que, pour entrer dans l'entreprise familiale, même en étant membre de la famille, il faut participer à la sélection parmi d'autres candidats et avoir eu une expérience professionnelle d'au moins cinq ans à l'extérieur. Arrivé dans le groupe comme ingénieur qualité dans la branche pompes - formation d'ingénieur et IAE Paris - , Jérôme Duprez avait justifié d'une expérience pendant cinq ans à la Compagnie des Signaux avec deux années passées en Tanzanie, à construire l'aéroport de Dar Es Salam.
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Un nouveau pacte d'actionnaires
Pour financer ses projets d'acquisitions et booster la branche Maguin qui croît un peu moins vite que la branche Ensival-Moret, le groupe familial (89 %) a décidé en 2009-2010 d'ouvrir son capital à l'actionnaire Unigrains (5,5 %), société financière de l'agro-industrie, et de faire entrer des cadres dirigeants au capital (5,5 %). Le conseil d'administration de Moret Industries (SAS) comprend désormais 15 actionnaires familiaux, un groupe de 14 cadres et l'actionnaire financier (Unigrains). À l'arrivée d'Unigrains, la proposition a été faite aux actionnaires de rester ou de partir en cédant leurs titres. La grande majorité est restée.
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Carte d'identité / Chronologie
Date de création : 1868.
Nom du dirigeant : Jérôme Duprez.
Activité : fabrication de pompes pour l'industrie et d'équipements de process pour l'agro-industrie.
Siège social : Saint-Quentin (Aisne).
CA consolidé 2010 : 240 millions d'euros.
Effectifs : 1.500 salariés dont 870 en France et en Belgique.
1968 : reconstruction de Moret à l'extérieur de Saint-Quentin.
1986 : première acquisition Maguin (process industriels), deuxième branche de l'entreprise.
1996 : implantation en Chine.
2000-2004 : rachat du fabricant belge de pompes Ensival.
2005 : filiale au Brésil.
2009 : entrée d'Unigrains (5,5 %) au capital.
2011 : filiale en Inde.
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