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De la famille Bach, tout le monde connaît le grand Jean-Sébastien - Johann Sebastian en VO. Ses « Passions », ses « Suites pour violoncelle », ses « Variations Goldberg »... Autant de tubes du classique dont la discographie fourmille. Mais quelle notoriété pour les Carl Philipp Emanuel, Johann Christian, Wilhelm Friedemann et autres Johann Christoph Friedrich Bach ? Assurément pas la même que celle de leur illustre père. Leur contribution à l'histoire de la musique n'est pourtant pas négligeable. C'est ce que nous rappelle le festival Bach en Drôme, dont l'édition 2011 s'articule autour de « l'esprit de famille » : une passionnante exploration musicale de la lignée Bach.
Cette manifestation diffuse depuis 1962 la musique du Cantor de Leipzig dans quelques lieux magiques de la Drôme autour de Saint-Donat. Mais Bach en Drôme ne se contente pas de faire ronfler tous les ans les mêmes oeuvres, certes sublimes et pléthoriques, de Jean-Sébastien. Le festival met en regard la musique de Bach, la questionne à travers ses contemporains ou ses descendants.
Et ils sont nombreux, les descendants de Jean-Sébastien ! En deux mariages, Bach n'eut pas moins de 20 enfants. Dont 4 excellents compositeurs et musiciens formés par leur père, que la postérité retiendra plus ou moins.
Le génial Jean-Sébastien lui-même n'est pas apparu ex nihilo en 1685. La famille Bach occupe une place centrale dans la vie musicale allemande depuis le XVIe siècle. Elle a donné aux églises de la région d'Eisenach un nombre incalculable d'organistes. Au moins 75 membres de la lignée Bach auraient d'ailleurs vécu de la musique entre le XVIe et le XIXe siècle. À l'origine, il y aurait cet ancêtre, Veit Bach. Un boulanger, peut-être hongrois, forcé d'immigrer en Thuringe au XVIè siècle du fait de sa foi luthérienne. On dit qu'il jouait du cistre - ou de la cithare, selon les variantes - avec une incroyable précision rythmique : au moulin, les mouvements de la meule lui servaient de métronome. Une légende qu'on aimerait vraie.
Mais au festival Bach en Drôme, on n'entendra malheureusement pas la musique des ancêtres de Jean-Sébastien. Oubliée, perdue. Le programme fait la part belle aux descendants.
Ainsi de Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788), deuxième fils de Jean-Sébastien, le plus fameux. Mozart dira de lui : « Il est le père, nous sommes les enfants. » Il faut écouter ses célèbres « Variations, Folies d'Espagne » : une partition dense, tendue, sublime. Le très bon pianiste Wilhem Latchoumia, qui a fait l'ouverture du festival le 18 juillet, a choisi de jouer sa « Sonate en do mineur ». « C'est une musique étonnante, nous dit-il. Avec Carl Philipp Emanuel, on n'est plus du tout dans l'esthétique baroque de Jean-Sébastien. On tend plutôt vers le classicisme, voire même le romantisme. Le temps du ?Strurm und Drang n'est pas très loin ! » Sortir de l'ombre tutélaire du père : c'est ce qu'a réussi C. P. E. Bach en s'inscrivant dans son époque, le XVIIIe finissant. Et pourtant, Jean-Sébastien n'avait que peu d'estime pour ce fils aux velléités modernistes. Son admiration allait plutôt à Wilhelm Friedemann (1710-1784), son premier fils. De lui, le pianiste Wilhem Latchoumia jouera trois polonaises. Mais là aussi, c'est un romantisme aux accents presque chopiniens qui pointe son nez.
Encore plus secrète, la musique de Johann Christoph Friedrich Bach (1732-1795), seizième fils de Jean-Sébastien. Il faut dire que ses oeuvres n'ont ni l'inventivité ni le souffle de celles de ses frères. On retiendra pourtant cette « Sinfonia en ré mineur » que jouera le Concerto Köln le 19 juillet. Il y a là une urgence, une angoisse, une vivacité qui font de l'oeuvre un morceau de choix. Et pour cette musique, le Concerto Köln est l'ensemble idoine, avec sa manière d'aller au plus près du son originel.
Car au festival Bach en Drôme, les meilleurs artistes servent la musique. Parmi eux le quatuor La Tierse Picarde (issu de l'ensemble de William Christie, Les Arts Florissants) ou le violoncelliste Henri Demarquette. Ce dernier jouera deux des fameuses suites de Jean-Sébastien Bach, des extraits du « Ricercari » de Domenico Gabrielli (un compositeur un peu antérieur à J. B. Bach) ou encore des oeuvres du compositeur contemporain Éric Tanguy. Car Bach imprègne encore la musique d'aujourd'hui. Le pianiste Wilhem Latchoumia, lui, a intégré à son programme de récital quelques « Études » de Györgi Ligeti (1923-2006). Car selon lui, il y a des passerelles entre la musique de Bach et celle, virtuose et d'apparence chaotique, du compositeur hongrois. « Comme chez Bach, l'écriture de ces ?Études" est très horizontale, explique le pianiste. Il y a des canons qui rappellent la musique baroque. Sauf que chez Ligeti, ces canons, d'une vitesse folle, semblent à bout de souffle. » Autre artiste d'aujourd'hui dont la musique cite volontiers Bach, le compositeur et improvisateur Thierry Escaich. Grand moment du festival, il ne faudra pas manquer le 26 juillet ses improvisations à l'orgue, accompagné de l'accordéoniste de jazz Richard Galliano. Des oeuvres libres que traversera le souffle de Jean-Sébastien. Comme un arrière-grand-père spirituel. La famille Bach est décidément très large.
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Un orgue digne du Cantor
Seul festival français entièrement consacré à Bach, cette manifestation doit son ancrage dans la région à la Collégiale de Saint-Donat et son orgue. Édifié entre 1968 et 1971, par la manufacture strasbourgeoise Schwenkedel, il dispose de 3 claviers et 35 jeux ; les tuyauteries d'origine signées Muhleisen ont été conservées. Pensé pour servir la musique de Bach, il est à la hauteur du Cantor de Leipzig. Thierry Escaich, lauréat des Victoires de la musique classique en 2003, 2006 et 2011, parrain du festival, va initier, dans le cadre de l'académie d'été, les jeunes organistes au maniement de l'instrument. Exceptionnel.
www.bachendrome.fr
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