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Le regard de... Jacques Mistral - 27/07/2011 | 13:47 - 359 mots

La "destruction créatrice"

Cette série est réalisée avec la participation du Cercle des économistes. Chaque jour, l'un de ses membres éclaire la pensée d'un grand auteur.

Joseph Schumpeter, grand historien de la pensée économique, se montra très critique à l'encontre de Karl Marx en tant qu'économiste « technicien », mais il lui reconnaît l'immense mérite d'avoir cherché à penser la dynamique du capitalisme. L'ambition de l'analyse économique, selon Schumpeter, ce n'est pas de décrire une succession d'équilibres de marchés indépendants les uns des autres. Très méfiant à l'égard des théories de la concurrence qui prévalaient alors, Schumpeter se situerait, dans les débats actuels, à l'opposé du mythe des marchés autorégulateurs qui a fait le fonds de commerce dominant de la profession pendant un quart de siècle. Il invite au contraire à penser l'enchaînement des conjonctures économiques les unes avec les autres, dans leur contexte historique propre. Aujourd'hui, c'est toujours d'une théorie ayant cette envergure dont nous aurions besoin pour comprendre comment se sont enchaînées les périodes de croissance fastes et la redistribution des forces économiques que l'on a observées à l'ère de la mondialisation avant que tout cela ne sombre dans la plus grande crise ouverte depuis les années 1930.

La réponse que proposa en son temps Schumpeter est partielle mais reste d'actualité : ce qui pousse l'économie en avant, c'est l'entrepreneur qui développe en permanence de nouveaux produits, de nouveaux marchés, de nouvelles méthodes de production ou de commercialisation, ce dont on a vécu, depuis un quart de siècle, les effets spectaculaires : produits IT omniprésents, délocalisation des productions, e-commerce. Ce processus est le moteur de la croissance économique, c'est de là que viennent l'amélioration progressive du pouvoir d'achat et les emplois de demain ; mais il a un prix, il bouleverse aussi en permanence les situations acquises.

Schumpeter a donné à ce double mouvement un nom devenu célèbre, c'est la « destruction créatrice », elle bouscule sans arrêt les habitudes, les emplois, les avantages, les routines les mieux établis. Mise en garde bienvenue à l'adresse de tous ceux qui croient aujourd'hui possible une pause, un retour à un âge d'or imaginaire qui aurait précédé les temps difficiles que nous traversons ; mais mise en garde inquiétante aussi pour tous ceux qui sous-estiment le coût de ces transformations et les traumatismes auxquels elle soumet la société.

Jacques Mistral - 27/07/2011, 13:47  | 
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