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Il n'a jamais été nié que l'emploi puisse être rapidement augmenté et une situation de plein-emploi atteinte dans les plus brefs délais en ayant recours à une expansion monétaire... Tout ce qui a été soutenu est que le type de plein-emploi qui peut être réalisé de cette façon est intrinsèquement instable et que créer des emplois par ces moyens revient à perpétuer les fluctuations. Il existe des situations désespérées où il peut certes être nécessaire d'accroître l'emploi à tout prix, même si c'est seulement pour une durée brève (...). Mais l'économiste ne devrait pas cacher que la recherche de l'emploi maximum qui peut être réalisée en courte période au moyen de la politique monétaire est essentiellement la politique du desperado qui n'a rien à perdre et qui a tout à gagner d'un petit ballon d'oxygène (...). La politique du desperado constitue l'attitude privilégiée de l'homme politique préoccupé par la proximité de l'échéance électorale, en manoeuvrant un instrument bon marché dont l'influence est rapide pour réduire le chômage à un prix payable dans un futur éloigné (...). L'expansion du crédit conduit à une affectation erronée des facteurs de production, du travail en particulier, en les dirigeant dans des emplois qui cessent d'être rentables dès que l'inflation cesse de s'accélérer. Une fois que cela s'est produit, il n'y a pas de moyens d'éviter une réaction, et toutes les tentatives pour reculer l'échéance malheureuse risquent de la rendre encore plus dure... Le moment de prévenir les dépressions doit se situer pendant la phase d'expansion et cela exige que l'on n'utilise pas la croissance du crédit pour créer des emplois qui, par nature, doivent être temporaires (...).
C'est probablement une illusion de supposer que l'on sera toujours capable d'éliminer complètement les fluctuations industrielles par la politique monétaire. On peut au plus espérer que la formation croissante du public puisse rendre cela plus facile pour les banques centrales, à la fois pour poursuivre une politique prudente au cours de la phase ascendante du cycle et ainsi pour réduire la dépression suivante, et pour résister aux propositions de bon sens mais dangereuses, de combattre la dépression par « une petite inflation » (...). La théorie monétaire est encore si éloignée de la perfection que même certains problèmes fondamentaux dans ce domaine ne sont pas encore résolus et que certaines doctrines admises sont d'une validité douteuse. Cela s'applique en particulier à l'illusion largement répandue selon laquelle nous devons simplement stabiliser la valeur de la monnaie de façon à éliminer toutes les influences de la monétaire sur la production et donc selon laquelle, si l'on suppose que la valeur de la monnaie est stable, en théorie, nous pouvons négliger la monnaie (...). Dans les conditions existantes, la monnaie exercera toujours une influence déterminante sur les événements économiques et donc aucune analyse des phénomènes n'est complète si le rôle joué par la monnaie est négligé (...). Tant que nous n'y verrons pas plus clairement dans les problèmes les plus fondamentaux de la théorie monétaire et tant que nous ne serons pas d'accord sur les questions théoriques essentielles, nous ne serons pas à même de reconstruire notre système monétaire (...).
Il y a encore une autre raison, peut-être tout aussi importante, pour laquelle il me semble dangereux à l'heure actuelle de trop insister sur l'urgence d'un changement de notre système monétaire ; c'est le danger de détourner l'attention de l'opinion sur d'autres plus importantes de nos difficultés (...). Bien que je croie que les dépressions périodiques des affaires puissent être expliquées simplement par le jeu de nos institutions monétaires, je ne crois pas qu'il soit possible d'expliquer de cette façon la stagnation des affaires. Cela s'applique en particulier à cette sorte de dépression prolongée que traversent à l'heure actuelle certains pays européens. Il serait facile de démontrer (...). que certaines formes d'action publique, en causant un glissement de la demande des biens de production aux biens de consommation, peuvent engendrer une contraction continue de la structure de production capitaliste, et donc une stagnation prolongée. Cela peut être vrai de l'accroissement des dépenses publiques en général, de formes particulières d'imposition ou de formes particulières de dépenses publiques. Dans de tels cas, bien sûr, aucune manipulation du système monétaire ne peut s'avérer utile. Seule une révision radicale de la politique des pouvoirs publics peut fournir un remède... »
(*) « Prix et production », Calmann-Lévy, 1975
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Hayek, le pur libéral
Pilier de l'École autrichienne, naturalisé Britannique en 1938, prix Nobel d'économie (1974), Freidrich von Hayek (1899-1992), a toujours cherché à renouveler le libéralisme. En 1944, paraît son ouvrage le plus lu, « la Route de la servitude », analyse du totalitarisme, dont la thèse centrale est que la socialisation de l'économie et l'intervention croissante de l'État représentent un danger mortel pour les libertés individuelles. Ses théories sont largement reprises par les « libertariens » modernes.
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