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Série : la saga des PME familiales (11/20) - 01/08/2011 | 09:32 - 1079 mots

Les Rustin, ou l'histoire d'une rondelle de caoutchouc

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C'est une des rares entreprises à avoir vu passer dans le langage courant le nom d'un de ses produits : la Rustine, cette pastille de caoutchouc qui a conduit la société depuis le rechapage des pneus jusqu'aux joints d'étanchéité à forte valeur ajoutée.

Qui chercherait à illustrer le concept des usines à la campagne devrait faire un détour par La Chartre-sur-le-Loir (Sarthe). À quelques encablures du centre-ville, en cheminant le long des caves naturelles abritant le jasnières, vin local de renom, l'oeil est accroché par un imposant bâtiment. Il s'agit d'une ancienne tannerie minoterie du XIXe. Une fois le porche franchi, la voie n'offre d'autre choix que d'emprunter un pont enjambant le Loir. De l'autre côté, se trouvent des bâtiments industriels à l'architecture plus actuelle : c'est là le coeur d'une entreprise à la renommée internationale, Rustin. Sans doute le nom n'évoquera pas grand-chose aux plus jeunes. Mais pour ceux qui ont pratiqué le vélo durant leur jeunesse, il suffit d'y ajouter un « e » pour entendre un nom aujourd'hui passé dans le langage courant, la Rustine. D'ailleurs, sur place, l'odeur ne trompe pas. Le caoutchouc est omniprésent. « On n'y fait même plus attention », sourit Louis Rustin. Troisième génération à diriger l'entreprise, il porte les mêmes nom et prénom que son père et que son arrière-grand-père, le fondateur de l'entreprise. C'est à Louis Rustin, premier du nom, que l'on doit la Rustine.

Initialement parisienne, la société est devenue pleinement sarthoise en 1945. Le déménagement de Clichy, siège historique de Rustin, à La Chartre-sur-le-Loir a pourtant été initié en 1934. Mais la guerre, d'une part, et « la nécessité de préparer l'installation en formant la future main-d'oeuvre locale », d'autre part, expliquent les onze années de l'opération. Pari gagnant puisqu'à la fin des années 1940, c'est l'apogée de la Rustine. « L'entreprise en écoulait 30 millions par mois, en France mais aussi aux États-Unis, à Macao ou encore dans les Indes néo-zélandaises », raconte l'actuel PDG. À cette époque, qu'il s'agisse de vélos, motos ou avions, tout pneumatique se rechapait.

L'histoire entrepreneuriale de Louis Rustin démarre en 1903, année du premier Tour de France. Avec son associé Jean Laroque, ce coureur cycliste amateur ouvre une boutique d'atelier de réparation et rechapage en pneumatiques dans le 17e arrondissement parisien. Il y avait peu de solutions à l'époque : « Soit on le remplissait de sable, soit on le coupait et on recollait un morceau de chambre à air, mais entre le démontage, le séchage et le remontage, c'était très long », raconte son arrière-petit-fils. L'aïeul travaille donc à l'élaboration d'une solution plus rapide. Il aboutit en 1921 avec l'invention d'une pastille de caoutchouc autocollante, la Rustine. Le brevet mais aussi la pièce, le logo, la marque et le conditionnement sont officiellement déposés. « Le monde des affaires était à cette époque extrêmement procédurier », rappelle Louis Rustin.

Le succès sera immédiat et continu jusqu'au milieu des années 1950. La Rustine commence alors son lent déclin, mais l'entreprise trouve un relais de croissance avec les Trente Glorieuses : le caoutchouc industriel. Elle investit fortement pour diversifier ses produits : tuyaux, tubes, joints pour la grande consommation et l'industrie. Rustin compte alors jusqu'à 300 salariés.

L'arrière-grand-père décède en 1954 et, faute d'héritiers en âge de lui succéder, c'est sa femme, Germaine, qui prend sa suite. Aidée de deux directeurs d'usine, « elle a su maintenir l'entreprise au sein de la famille et conserver les hommes qui avaient fait l'usine ». À sa mort en 1967, c'est le père de l'actuel PDG qui prend les commandes de l'entreprise. Il va être confronté aux deux chocs pétroliers qui impactent le prix de la matière première mais, passionné de vélo, il continue de croire en l'avenir de la Rustine. Les années 1980 sont synonymes de pertes. En 1993, Rustin est proche du dépôt de bilan. L'année suivante, son fils intègre l'entreprise et lui succède en 2000. Avec un credo : « Inscrire la société dans l'avenir et la sortir du côté ??c'était mieux avant''. » Son idée est simple : investir dans l'étanchéité technique à forte valeur ajoutée et maîtriser l'ensemble des métiers de la chaîne : mélange, extrusion, calandrage, finitions par moulage ou encore soudure, le tout aidé par un laboratoire de recherche intégré.

La mise en forme de cette stratégie paraît tout autant pleine de bon sens. « Nous nous engageons sur des cycles », explique Louis Rustin. Les années 2000 ont ainsi été consacrées à l'étanchéité ferroviaire, où la société est aujourd'hui leader national. Elle a comme clients les principaux donneurs d'ordre que sont la RATP, la SNCF mais aussi les constructeurs tels que Bombardier, Alstom ou Siemens. L'ensemble du savoir-faire a été regroupé au sein d'une UAP, une unité autonome de production, qui a nécessité un investissement de 2 millions d'euros. Le prochain cycle est consacré aux joints d'étanchéité technique réalisés à partir de silicone. Rustin est donc aujourd'hui très éloigné de ce qui lui a donné sa notoriété et, pourtant, l'entreprise n'oublie pas son passé. Comme en témoigne le lancement récent d'un site - www.rustines.fr - consacré à son histoire ; ou alors en continuant de produire des Rustine pour des grossistes, pour environ 40.000 euros par an. Peu significatif en termes chiffrés - moins de 1 % du CA -, la démarche est néanmoins la marque d'un réel attachement et d'une vraie reconnaissance pour cette petite rondelle de caoutchouc.

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Du marketing très efficace
Le succès de la Rustine tient tout autant ?à l'invention qu'au marketing mis en place. Évidemment, l'entreprise utilise la publicité, que ce soit par le biais d'affiches ou encore en sponsorisant des coureurs comme André Leduc. Mais elle ajoute sa touche en assurant par exemple des ventes au coin de rues par le biais de camelots ou bien des mises en scène. Ainsi, aux Six Jours de Paris, célèbre course sur piste, Louis Rustin paye leur entrée à des jeunes de clubs cyclistes. Quand un coureur crève, ceux-ci placés dans un virage se mettent à faire « pschitt » pour imiter le bruit du pneu qui se dégonfle ; ceux situés dans le virage en face leur répondent en criant « Rustine, Rustine ».

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Carte d'identité / Chronologie

Date de création : 1903
Nom du dirigeant : Louis Rustin
Activité : transformation de caoutchouc
Siège social : La Chartre-sur-le-Loir
CA 2010 : 7 millions d'euros
Effectifs : 80 salariés

1903 : Louis Rustin et Jean Laroque installent un atelier de rechapage rue Truffaut à Paris.
1905-1910 : installation d'un atelier à Clichy.
1921 : dépôt de brevet de la Rustine.
1922 : face au succès, deux ateliers supplémentaires ouvrent à Clichy.
1934 : début du déménagement de l'entreprise à La Chartre-sur-le-Loir.
1950 : passage au caoutchouc industriel.
1954 : décès du fondateur, son épouse prend sa suite.
2000 : Louis Rustin, arrière-petits-fils du fondateur, prend la direction de l'entreprise.

Denis Kerdraon - 01/08/2011, 09:32  | 
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