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Vacances en Polynésie (2/5) - 02/08/2011 | 08:38 - 1106 mots

Îles Marquises, la terre des hommes

Considéré comme l'un des « hotspots » de la biodiversité, l'archipel des Marquises est une région éloignée de tout, en pleine renaissance culturelle. Une perle sur le planisphère à protéger.
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Papeete-Nuku Hiva. Près de trois heures pour relier Papeete aux Marquises. Balayés par les vents, les montagnes et les pics passent de l'or au noir, dans une palette infinie de verts. Au détour de la piste, le bleu des mers du sud caresse la plage de sable blanc du village d'Aakapa. À 150 mètres, en contrebas, on aperçoit les raies manta et les tortues. Dans un virage, une jument bleue, on s'étonne à peine. Bienvenue à Henua Enana, la terre des hommes si chère à Melville, Gauguin, Brel, Segalen...

À 4.000 km d'Hawaï, 6.500 de Santiago du Chili et 1.400 de Tahiti, les 12 îles des Marquises n'ont pas connu, de par leur éloignement, le bétonnage. À Nuku Hiva, pas de revenu social minimum ; la nature est riche, l'esprit communautaire. Seul le réchauffement climatique menace.

Plus on remonte vers le nord, plus les pluies se raréfient. Et si, à l'automne dernier, il a enfin plu en abondance, depuis trois ans à Nuku Hiva, la sécheresse a dévoré à l'ouest une large part de la flore à flanc de montagnes. Sur l'île d'Ua Pou, les chevaux sauvages, rescapés de la fournaise, reprennent des forces dans les vallées où demeure la forêt endémique. Au XIXe siècle, les colonisateurs ont planté sur l'île des acacias par centaines, pour circuler plus facilement ; leurs racines puisent l'eau en profondeur. À Nuku Hiva, dans les années 1960, les autorités pensaient créer un boom économique avec la plantation d'hectares de pins. Les quelques scieries fonctionnent à tout petit régime, mais, chaque année, ces résineux gagnent un peu plus sur la forêt endémique vieille de plus de 6 millions d'années. Le bois de santal a quasiment disparu. Dix espèces d'oiseaux uniques au monde, dont le monarque, le salangane et le rousserolle, sont menacées d'extinction.

À Ua Pou, les jeunes avec le Cetad (Centre d'éducation aux technologies appropriées au développement) tentent de nettoyer celle que l'on nomme la forêt des nuages. Au petit matin, le sentier qui grimpe du village de Hakahetau vers le Matahenua, l'une des six colonnes de basalte de l'île cathédrale, sorte de pain de sucre qui culmine à 1.028 m, serpente dans la forêt au milieu des racines hautes des pandanus ; leurs palmes déchirent chevilles et mollets. Les avocatiers et les goyaviers protègent du soleil. Pour se rafraîchir, Stanley et Richard fendent les noix de coco à la machette. Vers le sommet, les fougères dissimulent les à-pics des falaises. Il faut marcher en file indienne, ne pas faire un pas de côté, au risque de faire une chute mortelle 15 mètres en dessous. Sur le fil des crêtes alentour, les bosquets jouent à cache-cache avec la brume ; les kukus, petits pigeons vert petit pois, volent en arabesques et lancent leur « u-u-u-u-u-u-u»... Joseph Kaiha, le maire d'Ua Pou, connaît la richesse unique de ce haut lieu de la biodiversité, mais il manque de moyens ; ses priorités ? « Donner du travail » à une population qui se raréfie et vieillit.

Par le passé, les missionnaires ont tout fait pour « civiliser » ces anciens anthropophages et faire de ces sauvages de « bons chrétiens ». La population a été décimée par les maladies apportées par les marins. Interdiction des chants, des danses, des tatouages... C'est dans les années 1970 que l'éveil marquisien a débuté sous l'influence d'un évêque, monseigneur Le Cléac'h (le même qui avait prôné auparavant le Québec libre). Avec lui, quelques jeunes Marquisiens ont voulu retrouver « l'âme ». Parmi eux, Lucien Kimitete, l'ancien maire de Nuku Hiva, disparu en mer en 2002 aux côtés de Boris Léontieff et de toute l'équipe dirigeante du parti autonomiste Fetia Api. Près de dix ans après, les Marquisiens ne cessent de le pleurer. Georges Teikiehuupoko, président de l'Académie marquisienne persiste, avec d'autres (de plus en plus de jeunes), à valoriser ce patrimoine unique. L'archéologue Pierre Ottino avec le soutien de Tante Yvonne notamment, une descendante de la famille royale de Nuku Hiva, continue à relever les pétroglyphes et fouiller les tohuas de Taiohae, le site de Pikivehine, où vivaient et se réunissaient les anciens pour les cérémonies de culte. Désormais, ces plates-formes restaurées accueillent les spectacles de danse et de chant qui rassemblent les Marquisiens et tout l'ensemble des groupes du triangle polynésien d'Hawaï à l'île de Pâques. « Nous sommes un peuple avec une terre, une langue, une culture », répète Debora Kimitete, de l'association culturelle « Te Hina o Motu Haka ».

Sur l'île paradisiaque de Tahuata, au sud d'Hiva Oa, le maire et instituteur Félix Barsinas enseigne aussi bien l'histoire de Dagobert que le Marquisien avec le livre d'histoire musicale « Te Umuhei » pour apprendre à préparer les couronnes de fleurs. « C'est difficile, car les parents rêvent des mirages du monde moderne qu'ils voient à la télé. Quand la "telenovelas" "El Diablo" est diffusée, le pape pourrait passer dans la rue, personne ne détournerait ses yeux du petit écran... »

À la sortie de l'école, les enfants courent vers la mer nager avec les dauphins et les raies manta. Les requins à pointe noire restent à distance. Les bambins éclatent de rire inconscients de vivre au coeur de la beauté du monde.

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Dans les pas de Gauguin
À Hiva Oa, au cimetière, la tombe de Jacques Brel côtoie de quelques mètres celle de Paul Gauguin. Au bord de l'eau, au musée qui abrite son petit avion, la chanson « les Marquises » passe en boucle. La Maison du Jouir, où est mort le peintre breton, a été reconstituée. Un de ses descendants (photo) habite sur l'île, non loin du site d'Iipona, d'où s'envolent, selon la légende, les âmes pour plonger dans la mer et ainsi rejoindre le monde des morts au coeur de la terre. En juillet dernier, un autre descendant du peintre, Émile Gauguin Reddersen, qui réside au Danemark, est venu se marier, à Papeete. Arrière-arrière-petits-fils du peintre, il a déclaré faire également carrière artistique... en qualité de poker professionnel. Ça ne s'invente pas.

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Visiter le paradis
- Pour séjourner à Hiva Oa et Nuku Hiva, la chaîne Pearl Lodge propose deux hôtels de charme, avec des vues inoubliables. www.pearlresorts.com
- Pour en savoir plus après ce reportage, réalisé dans le cadre de l'année de l'Outre-Mer et du festival Hotu Mao'hi, en partenariat avec la délégation de la Polynésie et le GIE Tahiti Tourisme : www.tahiti-tourisme.pf, www.polynesie-paris.com
- Pour s'imprégner de l'histoire des Marquises, à (re)lire « Taïpi » de Herman Melville (La Pléiade), « les Immémoriaux » de Segalen et les lettres de Gauguin (« Oviri, écrits d'un sauvage »). À lire également, le roman publié en janvier dernier, « les Îles du santal » de Serge Legrand-Vall, aux éditions Elytis.

Isabelle Lefort - 02/08/2011, 08:38  | 
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