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Révisez vos classiques ! - 02/08/2011 | 10:40 - 727 mots

Milton Friedman : "Pourquoi préférer les déficits aux augmentations d'impôts ?" (1983)

Chaque jour, le texte d'un grand économiste. Aujourd'hui, Milton Friedman.
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L'augmentation des dépenses fédérales rencontre l'opposition du public pour deux raisons très différentes. La première raison est sa déception par rapport aux résultats obtenus. La seconde est son opposition à l'accroissement de la charge de l'impôt.

Les impôts nécessaires au financement d'un programme spécifique sont légers quand ils sont disséminés sur l'ensemble de la population. Mais les impôts légers s'accumulent. De nombreux impôts tels que les impôts sur les sociétés, les impôts indirects, les tarifs douaniers, sont en effet prélevés de façon indirecte, déguisée, et sont tous répercutés sur les coûts de production. Les retenues fiscales effectuées sur les salaires réduisent encore plus la transparence de l'impôt sur le revenu. Les particuliers ont, malgré tout, parfaitement conscience de payer des taxes sur leurs achats, de payer un impôt sur leur revenu et un impôt foncier. Une rébellion des contribuables a vu le jour dans les années 1970, alimentée par la conviction que nous ne touchons pas le juste bénéfice de l'argent que nous versons en impôts.

Cette rébellion des contribuables a pris une envergure nationale avec le vote de la proposition 13 dans l'État de Californie. Il est alors devenu politiquement intéressant d'essayer de réduire les impôts, ou tout au moins de ne pas les augmenter, ce qui permit au mouvement de s'étendre beaucoup plus largement.

Malgré cette évolution, les incitations aux dépenses continuent. Et précisément parce que les programmes d'aide sociale n'atteignent pas leurs objectifs, les maux qu'ils étaient censés effacer persistent. Dans le secteur privé, il est tout à fait habituel qu'un échec signifie moins d'argent à dépenser. Avec l'État, un échec exerce une pression qui pousse à dépenser encore plus d'argent. Il devient alors très attrayant politiquement de voter une augmentation des dépenses, sans pour autant voter des impôts supplémentaires.

L'État fédéral peut dépenser de l'argent sans recourir à l'impôt ou à l'emprunt, juste parce qu'il contrôle la masse monétaire. Il peut financer ses dépenses en créant de la monnaie. L'inflation qui en résulte permet, en outre, d'augmenter les recettes fiscales, grâce au glissement des tranches d'impôt, qui augmentent la charge des « anciens » impôts votés par le passé. Un membre de la commission des Finances du Sénat observait, il y a plusieurs années, que l'inflation faisait supporter une charge fiscale aux petits revenus qu'il aurait été impossible de faire voter ouvertement par le Congrès. De tels taux d'imposition ne furent réellement votés que pour les tranches de revenus des classes privilégiées, ce qui les rendait politiquement acceptables. Aucun membre du Congrès n'a eu, depuis lors, à voter de tels taux d'imposition sur ce que l'on considère aujourd'hui comme des petits revenus, et aucun président n'a eu à parapher un tel texte de loi. L'inflation a fait pour le Congrès ce que le Congrès n'aurait pas voulu faire pour lui-même.

L'inflation et l'emprunt sont des formes déguisées d'imposition qui ne soulèvent pas la rancoeur du contribuable de la même façon que les impôts perçus directement. Ces impôts déguisés peuvent, en outre, être prélevés sans que le législateur ait à les voter explicitement. Il faut également noter que les responsables de l'inflation offrent bien des visages différents. Le Congrès accuse la voracité des syndicats ou la gourmandise des industriels. Plus récemment, il s'en est pris à la Réserve fédérale. La Fed lui renvoie le compliment, met en cause le Congrès, et ainsi tourne et tourne encore le manège des responsabilités. Aucun député n'est jamais revenu auprès de ses électeurs pour s'entendre demander : « Pourquoi avez-vous voté pour que chacun de mes dollars ne représente plus que quatre-vingt-dix cents ? » C'est pourtant exactement ce que fait une inflation de 10 % pendant un an, soit le strict équivalent d'un impôt de 10 % sur notre argent à tous.

(*) Texte tiré de « la Tyrannie du statu quo » par Milton et Rose Friedman. Publié en anglais en 1983, traduction française Éd. Jean-Claude Lattès, 1984, pp 83-85.

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Friedman, l'idole des années 1980
Père du monétarisme, Milton Friedman (1912-2006) a été autant adulé dans les années 1980 que décrié aujourd'hui. Chef de file de l'école de Chicago, on lui prête une influence déterminante dans la révolution conservatrice américaine des années Reagan et dans les politiques « d'ajustement structurel », avec privatisations et recul du rôle de l'État à la clé, prônées alors par le FMI et la Banque mondiale. Chantre du libéralisme, beaucoup de libéraux se démarquent pourtant de ses théories monétaires.

latribune.fr - 02/08/2011, 10:40  | 
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