La Tribune

L'économie collaborative en quête de reconnaissance

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Dominique Pialot  |   -  780  mots
Les acteurs de l'économie collaborative, réunis à Paris pour le Ouishare festival, contournent les grands groupes sans toutefois les rejeter en bloc ; mais ces derniers sont encore peu nombreux à s'ouvrir à ces nouveaux modèles économiques.

OuiShare Festival. Tout est dans le nom de cette manifestation, qui s'est déroulée les 2, 3 et 4 mai à Paris, dans le parc de la Villette. Pendant trois jours, ce premier festival européen de l'économie collaborative, organisé à l'initiative de OuiShare, communauté internationale de passionnés lancée il y a un an par Antonin Leonard et Flore Berlingen, a bruissé de collaboration, co-création, co-production, partage, échange, troc, « peer to peer »... Sur scène se sont succédé chercheurs, économistes et jeunes créateurs de start-up aux dénominations évocatrices : The people who share, WHY own it, Alternatives & Alliances, Ideas for change... L'économie collaborative, parfois résumée à la « consommation collaborative », repose essentiellement sur l'échange et le partage entre individus, de biens, services, savoir-faire.

Economie collaborative et économie de la fonctionnalité, même combat
Qu'il s'agisse d'hébergement, de mobilité, d'alimentation, de logiciels, d'outils de bricolage ou de machines à laver, ces pratiques illustrent dans leur diversité l'économie de la fonctionnalité, dans laquelle la propriété cède le pas à l'accès au service et où le produit se voit remplacé par l'usage. Elles se traduisent bien évidemment par une réduction de l'impact écologique, en termes de matières premières, d'énergie ou de déchets produits.
Mais la motivation première pour ces nouveaux modes de « consommation » est plus souvent l'économie financière qui en résulte, même s'ils n'excluent pas totalement l'échange financier, notamment pour rémunérer les plateformes collaboratives. La crise économique dans laquelle l'Europe est plongée depuis 2008 semble donc la meilleure alliée de l'économie collaborative. On note d'ailleurs à cet égard que nombre des start-up mais aussi des chercheurs de la « share economy » sont originaires d'Espagne et tout particulièrement de la capitale catalane, Barcelone.
L'explosion des réseaux sociaux constitue évidemment le terreau sur lequel s'épanouit la « share economy »..
Le crowdfunding, pendant financier de l'économie collaborative
Les initiatives foisonnent dans le monde entier. Co-voiturage, auto-partage, échange d'appartement, « couchsurfing », achats groupés de fruits et légumes en circuits courts...ce sont les applications les plus basiques et les plus répandues. Le crowdfunding, ou financement participatif, qui permet aux internautes de faire des dons ou des investissements via des plateformes ad-hoc, se répand également à grande vitesse, à destination de toutes sortes de projets, notamment artistiques ou solidaires. Cette économie dans laquelle chacun est à la fois consommateur et producteur ou contributeur, où les relations sont plus horizontales que verticales, permet également la (re)création de lien social, dans une époque qui en manque sacrément.
Les entreprises traditionnelles tardent à réagir
Certains commencent même à décliner les principes de l'économie collaborative aux entreprises, mettant par exemple en relation celles qui ont de l'espace en trop ou des surplus de stocks avec d'autres, qui en manquent.
Mais dans leur grande majorité, les pratiques de l'économie collaborative se passent des entreprises de l'économie conventionnelle, pour lesquelles elles constituent un challenge. Aux Etats-Unis, des fédérations de taxis ou même des collectivités se sont organisées face à ce qu'elles considèrent comme une concurrence déloyale ou un risque de dérapage hors de toute régulation.
Elles devraient pourtant étudier les voies de collaboration avec ces nouveaux venus, sous peine de voir leurs modèles économiques sérieusement secoués par cette évolution des modes de consommation. Mais pour l'heure, à de rares exceptions près, elles ne semblent guère prendre au sérieux l'émergence de ces nouveaux comportements.
Des synergies à creuser entre jeunes pousses et entreprise installées
De leur côté, en dépit de leur jeune âge et de leurs looks de néo-babas cool, les acteurs de cette nouvelle « nouvelle économie » entrevoient clairement les synergies avec les grands groupes : d'un côté, l'agilité, la rapidité, la possibilité d'expérimenter ; de l'autre, la surface financière et la capacité à industrialiser les méthodes, le fameux « scale up ».
En France, la Macif, La Poste et la banque postale figurent parmi les pionniers de ces alliances d'un genre nouveau. La Poste était même sponsor du OuiShare Fest, tout comme Orange, la Ruche qui dit oui (Réseau de communautés d'achat direct aux producteurs locaux), BlablaCar (leader français du co-voiturage), car-pooling (leader européen), airbnb (location de logements entre particuliers) ou encore...Google.
Comme le souligne un intervenant, « changer, c'est bien, mais si en plus cela permet de généraliser ces nouvelles pratiques et de changer d'échelle, c'est mieux ». Et pour ce faire, les tenants de la nouvelle économie reconnaissent que les entreprises installées pourraient leur être bien utiles...

 

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Commentaires

yvan  a écrit le 07/05/2013 à 22:10 :

Le souci est que à peu près tout le monde s'est rendu compte que cette jambe de bois du système actuel est apparue, comme l' "écologie", juste pour corriger certaines dérives, et mieux, comme l' "écologie", faire en sorte d'en profiter au maximum. Soit, et comme l'aumône, qui maintient dans le statut et permet d'avoir moins de culpabilité, c'est juste beau ... dans le dépliant publicitaire.