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Assurance chômage : les vraies raisons du déficit

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L'assurance chômage verse chaque année 10% de la collecte des cotisations, soit environ 3,2 milliards d'euros, à Pôle emploi. Sans ce versement, l'Unedic serait quasi à l'équilibre... C'est l'un des sujets que devraient aborder les organisations patronales et syndicales lors de la nouvelle négociation sur l'assurance chômage.
L'assurance chômage verse chaque année 10% de la collecte des cotisations, soit environ 3,2 milliards d'euros, à Pôle emploi. Sans ce versement, l'Unedic serait quasi à l'équilibre... C'est l'un des sujets que devraient aborder les organisations patronales et syndicales lors de la nouvelle négociation sur l'assurance chômage. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
La négociation sur l'assurance chômage entre le patronat et les syndicats reprend ce 7 mars. Les comptes du régime montrent que c'est l’indemnisation des contrats courts qui plombe le régime.

C'est reparti pour une nouvelle négociation sur l'assurance chômage, neuf mois après l'échec de la précédente. Les organisations patronales et syndicales se retrouvent en effet ce 7 mars pour un premier « vrai » rendez-vous. Leur objectif est de boucler la négociation pour le 28 mars. Un calendrier très serré et qui ne semble pas très réaliste. Mais, aux yeux des gestionnaires de l'assurance chômage, l'important est de montrer qu'ils savent prendre leurs responsabilités alors que certains candidats à la présidentielle évoquent ouvertement une « nationalisation » de l'assurance chômage, laquelle passerait donc sous la tutelle de l'Etat. C'est surtout le cas d'Emmanuel Macron.

On connaît les données du problème. L'Unedic, accuse actuellement un déficit annuel d'environ 4 milliards d'euros et « traîne » une dette cumulée de 30 milliards d'euros. Heureusement que l'organisme bénéficie de la garantie de l'Etat pour pouvoir emprunter sur le marché obligataire à taux bas, sinon les allocations chômage auraient bien du mal à être versées.

L'épineuse question des contrats courts

Les organisations patronales cherchent donc des économies alors que les organisations syndicales sont davantage à la recherche de nouvelles recettes. C'est là que se pose la très épineuse question d'une « surtaxation » des contrats courts qui a provoqué l'échec de la précédente négociation en juin 2016. L'explosion des contrats courts depuis quinze ans -et notamment des CDD très courts, de moins d'un mois- est en effet la principale cause des difficultés financières de l'assurance chômage.

Les organisations syndicales proposent donc toutes, mais sous des formes variées, de davantage faire cotiser à l'assurance chômage les entreprises qui « abusent » de ces contrats courts. Jusqu'ici, le Medef mettait son véto à un tel projet. Puis, dernièrement, à la suite de discussions internes à l'organisation patronale, il a fait une très timide ouverture dans le projet d'accord envoyé aux syndicats. Le Medef propose de renvoyer le sujet de la surtaxation à une autre négociation dans les secteurs les plus concernés par les CDD très courts (hôtellerie-restauration, arts et spectacles, édition et audiovisuel...), évoquant des "incitations d'ordre juridique et économique" permettant d'en modérer l'usage "lorsque cela est possible". Pour les syndicats, bien entendu, cela est nettement insuffisant. Ils demandent tous des engagements précis et chiffrés au niveau interprofessionnel.

Pour les seuls CDI, le solde est positif : de 10 milliards !

A la lecture des données fournies par l'Unedic, on comprend combien la question des contrats courts est centrale. La moitié des chômeurs indemnisés a perdu un emploi à durée limité : les fins de CDD représentant 39% des inscrits et les fins de missions d'intérim 11%. Et preuve qu'il s'agit surtout de contrats très courts, 41% des personnes indemnisées après une fin de CDD ont moins d'un an d'indemnisation. Pour l'intérim, elles sont 57%.

Les données financières sont également très parlantes. En 2015, la différence entre allocations versées et contributions perçues par l'Unedic pour les CDI est... positive : il y a eu 18,892 milliards d'euros versés en allocations pour 29,28 milliards d'euros de cotisations perçues, soit un solde positif de 10,39 milliards. A l'inverse, pour les CDD, 8,88 milliards d'allocations ont été versées, alors que seulement 2,66 milliards ont été perçus, soit un trou de 6,22 milliards d'euros. Ou, dit autrement, un ratio négatif de 3,3... Et le même constat prévaut pour l'intérim qui enregistre un solde négatif de 1,78 milliard d'euros.

L'origine du problème est donc parfaitement diagnostiqué... reste à trouver un consensus sur le remède.

Le financement de Pôle emploi par l'Unedic en question

Un autre point est rarement évoqué, même si certaines voix syndicales (voire aussi patronales) commencent à l'évoquer : le niveau de financement de Pôle emploi par l'assurance chômage. En effet, depuis la création de Pôle emploi en 2008, il a été convenu par convention que l'Unedic devait lui verser chaque année une dotation représentant 10% des cotisations, pour son fonctionnement, sur le fondement de la reprise par Pôle emploi des missions des Assedic. Résultat, l'Unedic verse 3,2 milliards chaque année pour le financement de Pôle emploi soit... 64% de son budget annuel et quasi le déficit annuel de l'Unedic. Neuf ans après, on peut, à juste titre, se poser la question de savoir si un tel montant de participation au financement de Pôle emploi continue de se justifier et s'il ne faudrait pas tenir compte de la situation financière de l'Unedic pour calculer sa quote-part.

Autant de questions primordiales - et nettement moins électoralistes que le débat sur le retour à la dégressivité des allocations - qui méritent d'être abordées par les partenaires sociaux. Mais avec un calendrier aussi serré - s'il est respecté -, il va être difficile d'aller au fond des choses.

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a écrit le 08/03/2017 à 14:11 :
Deux raisons :
Le contexte économique, auquel il faudra bien s’adapter en termes de disparition progressive des emplois à vie et de 10 % du travail tout court, d’après l’OCDE, en raison de l’automatisation. (http://www.latribune.fr/economie/france/2-4-millions-d-emplois-directement-menaces-par-la-revolution-numerique-en-france-572238.html).

Le déficit « financier » du régime, entre recettes et dépenses de l’assurance, c’est théoriquement facile et quasi mécanique. Il n’est pas logique que les CDI payent pour les CDD ou l’intérim et il ne devrait pas être difficile de mettre en place un système automatique d’ajustement annuel.
Sauf qu’il y a un savant mélange entre qui paye quoi, qui est avantagé d’un côté et qui est désavantagé d’un autre, les orientations politiques et autres influences plus ou moins rationnelles.

Il faut aussi admettre que le système Français d’indemnisation c’est souvent montré trop généreux, soit sur la durée d’indemnisation, soit sur les montants. En phase avec LE système de protection sociale. C’est aussi la contrepartie à une productivité parmi les plus élevées au monde.

Le contexte économique :
La rupture correspond souvent à la fin de la période de croissance, qui avait été engendrée par la révolution industrielle. Tous les pays rencontrent la même difficulté à des rythmes différents, pour exemple le Japon en stagnation depuis des années, ou la Chine qui supprime déjà des emplois dans l'industrie lourde et se diversifie dans les services.
Les États Unis ont eu la bonne idée d'engager des relais de croissance dans les nouvelles technologies et de créer rapidement des groupes d'envergure mondiale, les GAFAM. Bien qu'il n'y ait rien de nouveau dans ce modèle économique, à voir l’historique des MacDo, Coca, etc,... C'est seulement que cela évolue extrêmement vite, exige des financements importants, de l’innovation et de la R&D et paradoxalement des échecs. Si malgré tout le projet échoue, ils passent à autre chose et pour la plus part acceptent cette mobilité.

Ce qu’on appelle la mondialisation, qui n’est malgré tout qu’un système d’échanges encadrés par des accords commerciaux, crée un contexte concurrentiel exigeant. Les entreprises, donc les employeurs, n'ont d'autre choix que de s'adapter à cet environnement concurrentiel. Les solutions consistent : soit à accroitre la prise de risque, soit de disposer de variables d’ajustement. Malheureusement souvent les ressources humaines, les salaires ou les « charges » sociales ou les taxes, ce qui est un peu la même chose.

Mondialisation ou pas ?
Si on est déjà un pays développé, le protectionnisme constitue tout juste une perte de temps, avec l’illusion qu’un retard sera comblé. Mais ce n’est qu’un artifice et bien souvent c’est le contraire qui se produit, lorsque l'on perd un savoir faire ou une expertise, il est difficile de les récupérer.
Dans les activités liées à la révolution numérique cela ne change pas grand-chose. Ce sont surtout les plus performants qui en tirent avantage, maintenant ceux qui détiennent et exploitent la connaissance. Voir performance et knowledge management.

En dehors des diplômes, filtre prédominant en France, ce sont les connaissances qui sont à développer et pour cela il y a de gros efforts à faire côté formation et côté méthodes d’apprentissage. Heureusement avec internet et les MOOC, même en dehors d'un environnement professionnel, on peut progresser.
a écrit le 08/03/2017 à 11:46 :
C'est le problème de la gestion des caisses de retraites qui peuvent être grandement comparée à celle de pôle emploi. C'est une habitude chez nous dans toutes les délégations de gestion où beaucoup d'argent ce paire dans les circuits inconnus .
a écrit le 08/03/2017 à 7:14 :
Bon il me semble avoir entendu des individus qui achete des droits à prestations.... Sans cotisations bien entendu.... Donc ils y a bien longtemps que l'on aurait dû regarder ou part nôtre argents, 30 milliards de dettes.... Et tous vas bien a dit notre bon president....l'on se moque de qui, non seulement il est difficile de toucher dès prestation, même si vous avez travaillé, mais én plus il y a des dettes....
Réponse de le 08/03/2017 à 9:37 :
vous les avez entendu (de vive voix), ou entendu dire qu'il y en avait (?légende?) ? Ils procèdent comment ? Se recréent des cotisations, années de travail et salaire ? Acheter des trimestres, pour le calcul de la retraite, on peut faire, mais c'est dispendieux.
a écrit le 07/03/2017 à 22:10 :
la suppression d'emplois, la délocalisation massive, la robotisation a outrance et la fin de la consommation active faute de moyens suffisant qui tuent les créateurs d'entreprise. voilà pour moi les causes a l'origine de ça ! sans parler de l'egoisme, l'individualisme et le fait qu'on fait passer de l'argent fictif au dessus de valeur humaine !

Sinon suis je la seule a tiqué sur : L'Unedic, accuse actuellement un déficit annuel d'environ 4 milliards d'euros et « traîne » une dette cumulée de 30 milliards d'euros. Nous citoyens sommes obligés de payer chaque année nos charges plus cher sans broncher, devons courber le dos avec nos misérables salaires et s'excuser devant tribunaux ou commissions de surendettement, banques etc... alors que nos élites vivent sans limites à découvert avec l'argent du peuple ! les dettes sur le peuples ! La France est gravement malade et nos élites se comportent comme des enfants trop gâtés et impunissables.
a écrit le 07/03/2017 à 21:55 :
"dégressivité des allocations" parait que ça existe en Suède, où ils ont 80% de leur salaire avant chômage (nous 57%). Quand ça a été testé en France, le résultat n'a pas été concluant, voire à effet contraire. La formation (ciblée), c'est pas utile ? Elle est également dégressive, la formation ?
CDD c'est bien pratique, on dit ensuite que le travail en France n'est pas (assez) flexible. Que faudrait-il ? Tous en CDD ? Voire CDD d'un jour reconductible. :-)
a écrit le 07/03/2017 à 18:09 :
Pourquoi vous cachez

une des vrais raisons LES INTERMITTANTS DU SPECTACLE !!! fermons ces écoles pour chomeurs pro .LA culture est un loisir ??? ALORS que le tourisme par exemple ne peut se passer de cdd,voir aussi les hôpitaux etc
Réponse de le 07/03/2017 à 19:24 :
Personne n'a jamais osé le faire...
Réponse de le 08/03/2017 à 9:04 :
"fermons ces écoles pour chomeurs pro "

Il faudra le dire aux employeurs qui les utilisent car apparemment cela leur convient .
a écrit le 07/03/2017 à 17:53 :
evidemment que les cdi ne coutent rien!
la france est un modele insiders outsiders, toute la flexibilite est portee par ceux qui ne sont pas dedans.......... demandez a cahuc!
pour le reste je crois que les intermittents du travail, qui s'usent a la tache quand meme 504 heures par an (!!!!) sont responsables de 60% du deficit; nepotisme pour nantis privilegies, quand tu me tiens
a écrit le 07/03/2017 à 17:34 :
Le système ne marche déjà pas et Macron veut supprimer les 0.40 % que les salariés payent pour être assurés au chômage. Il veut en contrepartie faire payer les retraités en augmentant la CSG de 1.7 %. Retraités qui n'ont pas eu de revalorisation des pensions depuis 3 ans alors que les prix ont fortement augmenté , EDF, GAZ, transports, assurances etc...Monsieur Macron veut aussi exonérer de la taxe d'habitation 80 % des français (42 % sont déjà exonérés), les Maires poussent des cris ,
les finances des collectivités locales étant exsangues. Macron est bien dans la ligne des socialistes, des promesses non financées ou largement démagogiques.
Réponse de le 07/03/2017 à 18:04 :
C est sur que les salaries ont eux vu leurs salaires flamber ces dernieres annees. Faire payer un peu les retraites qui ont un niveau de vie superieur aux actifs est quand meme pas demander la lune. Surtout que si on est aujourd hui dans une situation critique cest grace aux presidents elus par nos vaillants retraites chirac, mitterrand, sarkozy que des cadors !
Enfin tout n est pas perdu, fillon va faire travailler plus tous ces sales jeunes et detaxer les heritages... pas de chance qu il se soit fait prendre pour emploi fictif
a écrit le 07/03/2017 à 17:01 :
Environ 1/3 des allocations chômage concernent les CDD et intérimaires avec un ratio de 3,3 entre cotisations et allocations versées (-6,2 mds € de déficit) ! C'est bien la socialisation des coûts de la flexibilité qui est à l'origine du déficit.
a écrit le 07/03/2017 à 16:05 :
c'est le travail au black qui fait plonger les Assedic soit parce les salariés ne sont pas déclarés et donc pas de cotisations soit parce ce sont les patrons qui ne payent pas , voir les polonais, serbes, roumains ,bulgares et tous les migrants : allez le matin devant les grandes surfaces de bricolage ou de matériaux et vous verrez tous ceux qui embauchent du personnel ou qui payent leurs achats en cash
a écrit le 07/03/2017 à 16:00 :
Bien entendu et c'est ceux là que tous nos candidats veulent développer parce que profitant à la finance.

Individualisation des gains, sociabilisation des pertes.
a écrit le 07/03/2017 à 15:59 :
Pardon, j'ai voulu dire: une taxe sur "l'énergie" pour financer le chomage et les retraites.
Réponse de le 07/03/2017 à 16:42 :
Gépé, Niet et encore Niet ! Pas d'impôt pour financer les retraites qui sont par répartition.
On en est déjà à 14% du PIB systèmes publics et privés confondus alloués aux retraites en France, contre un peu plus de 10% pour les allemands qui ont pourtant plus de retraités en %. On assure la solidarité pour les petites retraites dans le champ actuel de la répartition un point c'est tout !
Réponse de le 08/03/2017 à 7:40 :
Cher Léo RB, merci pour votre réponse. Si cela vous gêne, appelons les cotisations de retraites "prélèvements" et non "impot". Ensuite, la répartition concerne la répartition de l'ensemble des richesses et non la répartition des prélèvements. C'est une confusion effectuée par Saint Etienne, et il a tort. Le prélèvement concerne tous les termes du PIB, le travail, le capital ET l'énergie. Le problème revient bien à assurer la répartition des richesses. C'est pour cela que je propose d'associer l'énergie au travail et au capital. C'est ce que cherche à démontrer la note n°6 du CAE.
a écrit le 07/03/2017 à 15:54 :
Dans le chomage , on compte le temps de travail libéré par les gains de productivité lié à l'usage de l'énergie. Ce temps de travail libéré doit être rémunéré par une participation de l'énergie (une taxe sur le travail pour financer le chomage et les retraites). C'est le cas du jardinier qui met 8 heures pour bêcher son jardin; il ne mettrait que 2 heures avec son motoculteur et 1litre d'essence. Les 6 heures libérées ne doivent pas être considérées comme du chomage. Mon raisonnement est il une élucubration?
a écrit le 07/03/2017 à 15:25 :
"depuis la création de Pôle emploi en 2008"

Souvenir de 2008 :

Le chômage grimpe, mais le salaire du haut fonctionnaire chargé de le combattre grimpe aussi. Selon le Canard Enchaîné, Christian Charpy, passé du poste de directeur général de l'ANPE à celui de directeur général du tout nouveau Pôle Emploi, rafle au passage une augmentation de 20% de sa rémunération, portée de 230 à 275.000 € bruts par an. Plus que Fillon qui touche 240.000 € par an.

Problème : cette augmentation n'a rien d'exceptionnel. La Cour des comptes épinglait ainsi dans son rapport de février 2008 la dérive des rémunérations des dirigeants de l'ANPE ces dernières années. «Un glissement s'est opéré en faveur des cadres, en particulier de l'encadrement supérieur» dont les indices moyens ont augmenté de 4,38% de 1999 à 2005, contre +1,76% pour l'ensemble du personnel, écrivait la Cour des comptes. La situation n'avait pas changé avec l'arrivée, en avril 2005, de Christian Charpy, puisque la Cour notait que le traitement des 35 plus hauts dirigeants de l'ANPE a «crû rapidement» en 2006 : +14% pour leur masse indiciaire, +7% pour l'indice moyen.
Réponse de le 12/03/2017 à 15:15 :
il y a du nettoyage a faire en haut , dans beaucoup de domaines et en premier au gouvernement .

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