Comment le métier de facteur peut survivre à la baisse du courrier

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Avec 73.000 agents, les facteurs représentent à eux seuls 28 % des personnels de l'entreprise, soit la majorité des effectifs et des coûts de l'activité courrier
Avec 73.000 agents, les facteurs représentent à eux seuls 28 % des personnels de l'entreprise, soit la majorité des effectifs et des coûts de l'activité courrier (Crédits : REUTERS/Benoit Tessier)
Dans son rapport annuel, la Cour des comptes formule une série de propositions pour pérenniser l'activité courrier de La Poste, en baisse chronique.

Les facteurs continueront-ils de sillonner les rues, les cours de nos immeubles ? Pour pérenniser les activités courrier de La Poste, fortement concurrencées Internet et par les plateformes de commerce en ligne qui prennent en main la livraison des colis, La Poste doit faire sa révolution.

Dans son rapport annuel dévoilé ce mercredi, la Cour des comptes résume les enjeux.

" Les facteurs exercent le métier le plus emblématique de La Poste : la distribution du courrier et de la majeure partie des colis dans tous les domiciles et entreprises du territoire, six jours sur sept. Avec 73.000 agents, ils représentent à eux seuls 28 % des personnels de l'entreprise, soit la majorité des effectifs et des coûts de l'activité courrier, formant un maillon essentiel d'une activité qui reste vitale pour La Poste : le courrier représente aujourd'hui plus de 40 % du chiffre d'affaires du groupe (9 milliards d'euros sur 22 milliards d'euros en 2014).

Le nombre de plis distribué en forte baisse

Or, comme le précise la Cour, l'activité est en crise : entre 2009 et 2014, le nombre annuel de plis distribués est passé de 15,9 à 12,9 milliards, en chute de 22 %. Cette baisse pourrait encore s'accélérer à l'avenir. Déjà, elle ampute le chiffre d'affaires de La Poste d'environ 500 millions d'euros chaque année, montant comparable à la marge de l'activité courrier.

Pour dynamiser cette activité, la direction de La Poste a mis en place un plan stratégique basique qui repose notamment sur une hausse des tarifs, une réduction progressive des effectifs et sur une croissance accélérée des ventes en ligne pour poursuivre le développement de son activité de distribution des colis dont la rentabilité est en baisse, en raison de la concurrence acharnée entre les acteurs.

Beaucoup de blocages

Mais des blocages existent encore. La Poste ne parvient pas encore à maîtriser les coûts de distribution et doit encore améliorer la productivité du tri, les investissements dans ce domaine, dont le coût s'est élevé à 3,4 milliards d'euros, produisant des effets mitigés.

" Les machines acquises ont la capacité de trier dans l'ordre de la tournée du facteur significativement plus que les 50 % du courrier actuellement constatés. Il existe donc encore une marge du côté du tri pour améliorer la productivité, dont La Poste doit tirer parti ", avance le rapport de la Cour qui recommande également de faciliter la desserte des boites aux lettres.

" La Poste estime ainsi à 1,7 million le nombre de boîtes aux lettres situées à l'intérieur de propriétés privées, soit 7,5 % du total, entraînant un surcoût d'au moins 40 millions d'euros par an ; le risque d'accidents du travail augmente lorsque les boîtes aux lettres sont situées dans des zones non raccordées à une voie de circulation publique ; enfin, l'insécurité juridique de la législation actuelle est réelle et des contentieux ont été régulièrement introduits à ce sujet entre La Poste et des particuliers. Cette situation n'est pas satisfaisante et provoque des surcoûts ».

Quant à la qualité des services, elle peut être améliorée. Un exemple ? Dans la grande majorité des cas, et bien que 89 % de la population de plus de 12 ans possède un téléphone portable et 82 % ait accès à internet, La Poste n'est pas encore en mesure d'avertir ses clients d'une distribution prochaine...

Compte tenu de ces éléments, la Cour propose d'aller plus loin que le plan stratégique initié par La Poste car « d'une part, les gains de productivité possibles ne sont pas infinis. D'autre part, alors que la baisse des effectifs impliquera des reclassements, la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences reste encore insuffisante, notamment la préparation et l'accompagnement de la mobilité ou de la reconversion des facteurs en cours de carrière ».

Ouvrir un débat public

Que faire ? La Cour des comptes propose d'élargir le débat. « La baisse accélérée du courrier conduit à s'interroger sur les obligations du service postal universel qui ont été définies à une époque où les volumes s'accroissaient et où les technologies numériques étaient moins diffusées », avance-t-elle.

Afin de poursuivre la transformation du métier des facteurs, la Cour avance les pistes suivantes : " fixer dans le cadre du plan stratégique un objectif de réduction du coût global de la distribution ; tirer parti des gains de productivité liés à la mécanisation du tri pour réduire le temps consacré par les facteurs aux « travaux intérieurs » ; prendre les mesures facilitant l'accès des facteurs aux boîtes aux lettres des particuliers, recueillir les informations permettant de prévenir les destinataires de la distribution prochaine de lettres recommandées ou d'objets suivis et leur donner le choix des modalités de remise ; élaborer des scénarios chiffrés du contenu et du coût du service universel postal et les mettre en débat, tant entre les administrations concernées qu'avec les usagers ".

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Commentaires
a écrit le 15/02/2016 à 6:19 :
La cour des comptes ferait mieux de s' occuper des tous ces politiciens (députés, sénateurs et autres ) qui grèvent notre budget par des rentes à vie et autres avantages qui coutent cher à la France . De plus uoutes les aides fournis à certains états ou associations sont aussi à fon perdus si ce n'est que donner une bonne image. Se préoccupe donc de toutes les personnes francaises qui sont dans le besoin.
a écrit le 12/02/2016 à 13:33 :
cest le même problème des grand pays tel la France, le Canada,les Etats-unis,et plusieurs autres . l,internet TUE la poste.on devrais baiser le prix du timbre et augmenter le prix des colis et mettre la livraison au trois jours semaine. une journée les lettres et le lendemain
les colis en alternance..
a écrit le 11/02/2016 à 8:35 :
La cour des comptes dénoncent la faible productivité des postiers "ne travaille pas assez" Pourtant ils ne sont pas les seuls : RATP, SNCF un cheminot c'est 6h de conduite par jour, EDF GDF les agents sont les moins productifs d'Europe dans leur secteur d'activité. Les entreprises publiques ont les mêmes tarent que les 5,6 millions de fonctionnaires - pas assez productif et couteux - Le président Mr Migaud qui théorise chaque année les mêmes problèmes devrait passer à la pratique en se présentant à la présidentielle en 2017. Peut-être fera-t-il mieux que les responsables politiques de tout bord qui n'ont pas le courage de réformer l'état et sa fonction publique y compris députés, sénateurs, hauts fonctionnaires, présidents locaux. avec leurs privilèges et avantages qui non de raison d'être plus préoccupés à leur propre intérêt que l'intérêt général de notre pays.
a écrit le 11/02/2016 à 8:16 :
Petite scène de la vie quotidienne à la poste Bompard à Marseille : un très vieux monsieur apporte un paquet et demande à l'agent au guichet s'il peut remplir le formulaire car il a des difficultés à écrire. Réponse : je ne suis pas une assistante sociale. Voilà la gestion des compétences de la Poste.
a écrit le 11/02/2016 à 7:43 :
Ce qui serait important c'est qu'au lieu d'être administrée cette entreprise soit gérée : sortir du carcan syndical qu'elle est incapable de maîtriser, adapter les ouvertures des bureaux de poste à la vie actuelle qui fait que les gens ne travaillent pas dans les environs de leur domicile et donc ne disposent que du samedi matin pour retirer un objet. Les acteurs en ligne l'ont bien compris et s'adressent ailleurs malgré le réseau phénoménal de la Poste. Voilà deux objectifs qui à eux seuls pourraient la faire renaître malgré la baisse du courrier.
a écrit le 11/02/2016 à 1:45 :
sur les 73 000 facteurs, combien devraient être chez eux sans la réforme des retraites de 2010 et la décote de 20% qui les empêchent de partir avec 900 euros et 38 ans de boite, la poste n 'avait pas prévu de les garder, elle aimerait bien s'en débarrasser parce qu'ils coûtent cher, fin de carrière oblige, au moins c'est l'état qui économise............et certains vont crever avant toucher le premier euros, drôle de système .
Réponse de le 15/02/2016 à 6:25 :
Tout à fait d'accord . Certaines personnes partent avec des milliers voire des millions d'euros , et certains se permettent d'attaquer les postiers. Que ceux--ci viennent travailler un mois après ils pourront dire ce qu'ils veulent. Et puis il faut parler de ce que l'on connait. Des abus , il y en a partout , une réforme à tous les niveaux seraent d'actualité plutot que de pavoiser.
a écrit le 10/02/2016 à 19:00 :
On rigole quand même que la cour des comptes qui elle ne sert qu'à faire des rapports qui s'entassent et ne sont pas exploités se lance à la sauvegarde de "timbrés" !!!
a écrit le 10/02/2016 à 18:23 :
73 000 facteurs, et combien dans les bureaux a faire de la paperasserie non postale.
La Poste est surtout victime d'une bureaucratie comme partout.
Réponse de le 10/02/2016 à 19:05 :
Au moins une victime qui BOUGE !
a écrit le 10/02/2016 à 18:00 :
A t on besoin d'une tournée quotidienne? 3 passages (voire 2) par semaine seraient amplement suffisants.
Réponse de le 11/02/2016 à 10:27 :
tout à fait d'accord: un passage le lundi et le vendredi.

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