Election présidentielle : vers un "verrouillage" du système ?

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Une proposition de loi suggère de rendre publique l'identité des élus qui ont accordé leur parrainage à un candidat  à l'élection pésidentielle. Si la mesure ne gêne pas le Parti socialiste, Les Républicains... et le FN, les potentiels petits candidats hurlent à la confiscation et manipulation du scrutin.
Une proposition de loi suggère de rendre publique l'identité des élus qui ont accordé leur parrainage à un candidat à l'élection pésidentielle. Si la mesure ne gêne pas le Parti socialiste, "Les Républicains"... et le FN, les potentiels "petits" candidats hurlent à la "confiscation" et "manipulation" du scrutin. (Crédits : Rémi Mathis - CC-By-SA)
Une proposition de loi organique suggère de modifier la règle des 500 parrainages obligatoires pour qu'un candidat puisse se présenter. Elle veut aussi remplacer la règle de l'égalité du temps de parole des candidats dans les médias par une simple règle de "l'équité". Si, le Parti Socialiste, "Les Républicains"... et le FN approuvent, les "petits candidats" hurlent au "verrouillage".

Réforme constitutionnelle, loi travail... pendant que des dossiers occupent la une des médias, d'autres, pourtant non dépourvus de conséquences, passent davantage inaperçus. Il en va ainsi de la préparation de l'élection présidentielle de 2017 dont les règles du jeu sont en passe d'être discrètement modifiées au grand dam des "petits candidats". Ces modifications, qui portent sur les horaires et fermetures des bureaux de vote, les parrainages d'élus nécessaires pour se présenter et sur le temps de parole des candidats durant la campagne officielle, sont inscrites dans une proposition de loi organique portée par le PS et  adoptée le 24 mars dernier à l'Assemblée nationale mais rejeté ce 31 mars par le Sénat. Le texte doit, normalement, revenir pour une lecture définitive le 5 avril devant l'Assemblée nationale qui a le dernier mot. Cependant, s'agissant d'une loi organique une majorité absolue de députés doit voter en faveur du texte.

Une réforme des parrainages nécessaires

Que prévoit ce texte ? Actuellement, les « candidats à la candidature » à l'élection présidentielle doivent recueillir les parrainages d'au moins 500 élus (parlementaires, maires, autres élus locaux, etc.). Les candidats doivent ensuite transmettre eux-même la liste des parrainages au Conseil constitutionnel qui, après tirage au sort, en rendait publics au moins 500. A l'avenir, si la proposition de loi organique est adoptée, il reviendra directement aux « parrains » d'adresser leur parrainage au Conseil constitutionnel. Et, quasi en temps réel, le Conseil constitutionnel publiera sur son site les noms de tous les élus et le candidat qu'ils parrainent. Le choix de tous les parrains sera donc public.

Les « grandes formations » ne font pas obstacle à cette modification : Parti Socialiste, « Les Républicains » et ... Front National, qui a engrangé des milliers d'élus lors des élections locales (communales, départementales, régionales), ne sont pas gênés par ces nouvelles règles du jeu.

En revanche, les plus petites formations et les « petits » candidats hurlent à la « manipulation ». Dans un communiqué, Europe-Ecologie-Les Verts (EE-LV) dénonce un "hold-up démocratique" et estime que « les parrainages, véritable verrou imposé à la candidature des organisations ne disposant pas de suffisamment d'élus, seront également plus compliqués à obtenir ». Jean-Luc Mélenchon, Corine Lepage et d'autres encore y sont allés de leur commentaire acerbe sur un « tripatouillage ».

Leur crainte, en effet, est que des éventuels « parrains » n'osent plus accorer leur parrainage à un autre candidat que celui de leur parti car cela se saura automatiquement. Il est vrai qu'une telle règle ne va pas faciliter l'émergence en France de « nouvelles têtes » ou de nouvelles forces politiques, comme cela s'est passé en Espagne avec l'émergence de Podemos (gauche) et de Ciudadanos (Centre) le 20 décembre dernier.

Fin de l'égalité du temps de parole sur les ondes

Mais ce n'est pas fini. Un autre changement pourrait intervenir, qui concerne le temps de parole dans les médias audiovisuels. Actuellement, Durant les cinq semaines précédant le jour du premier tour de l'élection, la « règle de l'égalité » doit s'appliquer dans les médias audiovisuels. Cette règle, dans les faits plus ou moins bien respectée, oblige les radios et TV à accorder le même temps de parole à tous les candidats, qu'ils soient « grands » ou petits ». Les médias audiovisuels râlaient de plus en plus pour l'appliquer et le Conseil supérieur de l'audiovisuel était pour une évolution.

Aussi, la proposition de loi organique suggère de limiter la « règle de l'égalité » aux seules deux semaines précédant le premier tour du scrutin. En revanche, pour les trois semaines qui précèdent cette période, la « règle de l'égalité » serait remplacée par une « règle de l'équité » dont le respect serait appréciée par le CSA selon divers critères (représentativité, scores électoraux, présence dans la vie politique, etc.).

Là aussi, plusieurs formation crient à la mise à mal du pluralisme. "C'est une manœuvre pitoyable, contraire au principe de base de l'élection présidentielle : tous les candidats doivent être sur un pied d'égalité, a expliqué  Nicolas Dupont-Aignan à francetv info. Cinq semaines tous les cinq ans, c'est trop pour eux ! Vous vous rendez compte ? Alors qu'il y a 20 millions d'abstentionnistes et que les partis politiques sont toujours plus haïs par les Français !" Pour sa part EE-LV estime que « Cette disposition affaiblira naturellement les candidats éventuellement issus de la société civile et hors du système des partis dit de gouvernement ».

Enfin, il est également question de retarder de 18 heures à 19 heures la fermeture des bureaux de vote dans les petites communes afin de limiter les risques dus aux "sondages sortis des urnes". En effet, si aucun résultats n'est publiable en France avant 20 heures, les médias belges ou suisses, par exemple, ne se gênent pas pour le faire puisqu'ils ne sont pas concernés par cette interdiction. En décalant d'une heure les opérations de vote, cela permettrait de retarder les opérations de dépouillement et ainsi de limiter les "fuites" dans les médias étrangers... C'est méconnaître le poids des réseaux sociaux qui réagissent en quasi instantané.

Limiter la présence des petits candidats pour mieux contrer le FN?

Alors, certes, les règles régissant l'élection présidentielle doivent certainement être régulièrement revues pour tenir compte des évolutions sociologiques et technologiques. Mais faut-il faire ces changements à treize mois de l'échéance ? En outre, avec la généralisation des primaires, à gauche comme à droite, le risque n'est-il pas de renforcer une bipolarisation du système électoral avec deux candidats prédominants empêchant toute autre candidature dans leur camp ? Dit autrement, n'assiste-t-on pas à une alliance objective entre le PS et « Les Républicains » pour empêcher l'émergence d'autres candidatures alors que toutes les voix vont compter pour assurer une présence au second tour, sans doute face à la candidate du Front National

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Commentaires
a écrit le 04/04/2016 à 10:45 :
Concernant l'élection présidentielle, je trouve cette modification un peu maladroite, les parrains doivent garder leur anonymat, du moins pour ceux qui le souhaitent, ensuite, quel qu'il soit, chaque candidat doit avoir le même temps que les autres, "grands ou petits", la constitution doit protéger ces deux choses principales, quant à la fermeture des bureaux de vote, qu'elle se fasse à 19 h ne change rien pour les électeurs.
Cette élection présidentielle est la plus importante pour les citoyens, vous n'avez pas le droit de la manipuler comme un parti politique, elle est le propre des électeurs, vous devez les respecter !!!!!
a écrit le 02/04/2016 à 13:54 :
SCANDALEUX! J'en ai marre de ces partis minables qui pourrissent la France depuis des décennies. Aucun sens de l'Etat, de gouvernance, de vision, tous pour leur propre poche, la France ne compte pas, et les dinosaures perdurent.
Alors empêcher un petit candidat venu de Mars ou d'ailleurs de faire campagne ce n'est pas possible, Bonaparte, ou es tu?
a écrit le 02/04/2016 à 0:00 :
A noter que, dès qu'il s'agit de tripatouillage, le FN comme les autres s'entendent très bien pour bouffer dans la gamelle ! LE pseudo parti "hors système" n'est en dehors non par volonté, mais parce qu'on ne le laisse pas entrer !
a écrit le 01/04/2016 à 10:56 :
Et après, ils se demandent pourquoi les citoyens ne votent plus. D'une part, parce que le vote blanc n'est pas réellement pris en considération. D'autre part, parce que les arrangements/magouilles des grands partis verrouillent tout évolution.

Pauvre France où la politique est un métier (d'où les dérives et les décalages avec les réalités, d'où les blocages en tous genres) !

Ajouté au fait, que le culte de la personne prend le dessus par rapport au programme. D'où, des dérives et des politiciens qui usent et abusent de stratégies pour rester/approcher le pouvoir. D'où aussi, un décalage avec le programme et la mise en place du programme.

Et ça continue; Et ça continuera ... tant que tout se passe en vase clos et que des réformes structurelles n'auront pas lieu. Sauf qu'ils ne vont pas se remettre en question et faire évoluer le système. Ce n'est pas pour eux. Leurs intérêts avant tout !

Les canadiens (et d'autres pays) n'ont pas fini de rire de nos pratiques ancestrales et du "métier" de politicien !
a écrit le 01/04/2016 à 9:01 :
Pour les tripatouillages en tout genre les champions sont vraiment les socialistes!
C'est la marque d'une autre époque, il faudrait prendre conscience que ces gens sont incapables de s'adapter au monde tel qu'il est devenu.
a écrit le 01/04/2016 à 5:24 :
Si cette loi passe n oubliez pas de venir me rappeler pourquoi j aurai arrêté de aller voter .... l offre politique manque déjà cruellement de perspective, si en plus on empêche l émergence d idées nouvelles on tue le chois et donc la démocratie
a écrit le 31/03/2016 à 22:16 :
lamentable petit cacul digne de notre classe politique actuelle.

cela va contre l'esprit de la constitution

Petit retour à la 4eme République, La République du bordel permanent.
a écrit le 31/03/2016 à 21:29 :
Heh oh les gens....

Mais vous les lisez vos commentaires la ? ....

Ça crie à la démocratie... Mais laissez moi rire... Ça fait 50ans qu'on est dans une oligarchie. Sans parler de l'Europe qui verrouille tout ça d'une façon très impressionnante.

Et y'en à encore pour crier à la démocratie xD
Sérieusement je me demande lesquels sont le pire ?

Les "élite" instruit et corrompu par u. Système qui n'existe que pour faire durer leur privilège ou bien le bas peuple qui vis des miettes e est trop bête pour prendre si. Destin en main et voir plus loin que le bout de son nez....


Vive l'éducation populaire... C'est désespérant ! Vraiment ...
a écrit le 31/03/2016 à 20:50 :
Par quelle opération du saint esprit, le fait de tacler les petits partis "anti-système" doit desservir le gros parti "anti-système", j'ai nommé le Front National?

Sur ça va peut-être gonfler les voix du PS, mais ça risque surtout d'être l'effet inverse...

Les gens qui votent pour les petits parti se reportent sur les gros au deuxième tour parce que ça fait partie de la règle du jeu.
S'ils ne peuvent formuler leur opinion au premier tour il y a de forte chances qu'ils iront rejoindre la grande majorité de leur concitoyens et iront à la pêche le dimanche au lieu d'aller voter...
Réponse de le 01/04/2016 à 10:26 :
Depuis quand le Front National est il un parti anti système ? Il n'a pas encore été au pouvoir, mais tant ses dirigeants que ses actes le sont. Seul le discours diverge (on a vu ce que valent des paroles) et rien ne dit qu'ils souhaitent sortir de l'Europe ou de l'Euro... Bla-bla-bla.
a écrit le 31/03/2016 à 20:01 :
A quang le sacre du roi "François II"
a écrit le 31/03/2016 à 19:09 :
Merci pour cet article. il aurait ete encore mieux d"en parler avant la 1ere adoption par l'assemblee nationale, mais heureusement que le senat l'a rejete. Cette loi est purement un recule democratique scandaleux. On n"en peut plus de ces deux partis majoritaires, alors on essaie de nous les imposer par la force poir contrer tout potentiel noubel entrant. Hollande ou le deni de democratie. Un incapable dangereux. Apres l'imposition de l'etat d'urgence comme habitude de tois les jours, on verrouille les elections. A quand le couronnement du president ? Une jolie dictature bien polisee en perspective.
a écrit le 31/03/2016 à 19:02 :
Ces tripatouillages de la Loi électorale, un an ou presque avant l'Election présidentielle, sentent vraiment la viande boucanée. C'est pitié de voir ces pratiques de république bananière envahir notre pays, au détriment de la démocratie, et sous couvert d'intentions présentées une fois de plus comme pures, alors qu'elles ne sont que sordides calculs d'état major de partis, que De Gaulle, à juste raison, méprisait. Décidément, Hollande sera indigne jusqu'au bout, dans ses intentions et dans ses œuvres.
a écrit le 31/03/2016 à 18:29 :
les élus à vie s'accrochent à leurs privilèges ; on ne fait pas mieux que la corée du nord ! une belle leçon de démocratie au monde
a écrit le 31/03/2016 à 17:46 :
Les résultats obtenus par les différents candidats sont directement corrélés aux temps de parole ou aux commentaires journalistiques dont ils bénéficient, eux-mêmes ou leur formation politique, dans les médias régionaux et nationaux. Par ailleurs, sous la Ve République, l'élection présidentielle, favorise le bipartisme et la personnalisation du débat public. En conséquence, la compétition en vue du second tour a lourdement tendance à orienter la présentation du premier. Vous le constatez tous les jours, puisque les médias, surtout audiovisuels, se comportent en médias du second tour.

Comme ma candidature est « totalement inutile » pour ce bateleur de Jean-Michel APATHIE, je ne lui offrirais pas l'occasion de se faire mousser au détriment de mon temps de parole. Plus généralement, je n'entends pas accepter de me prêter à des pitreries médiatiques au cours desquels la prestation d'un candidat n'est évaluée qu'à l'aune de son image et de son style, au détriment de ses propositions.

Quoi que l'on pense de l'opportunité des options politiques qu'incarne ma candidature, je suis conscient des problèmes soulevés par sa médiatisation, puisque j'appelle également à transformer un monde médiatique soutenant majoritairement l'ordre économique et politique, La proposition d'une loi sur le droit à l'information est aussi essentielle que la suppression de l'ENA, de l'Ecole Polytechnique et de Sciences Po ! Ce que je n'avais pas envisagé dans un premier temps.

L'ordre médiatique dominant est celui du parti pris. Il se caractérise par son défaut du pluralisme, un encadrement du débat politique, une emprise des sondages (et des instituts qui en font le commerce) et son implication dans le néolibéralisme. La liberté d'informer est essentiellement compromise par les contraintes imposées par la marchandisation de l'information (emprise de la publicité) qui pèsent sur les journalistes. Là où les journalistes sont les plus dépendants et les plus fragilisés, c'est dans les médias de plus en plus concentrés et financiarisés. Cf " Les médias du parti pris" sur http://www.le-peuple-president.fr/medias.html.

Le droit d'être informé suppose celui des journalistes de pouvoir informer . Ce qui justifie une loi sur l'information ainsi que son contrôle par un Conseil National Indépendant des Médias.

www.le-peuple-president.fr
a écrit le 31/03/2016 à 17:41 :
Le pouvoir socialiste est aux abois et prêt à toutes les manoeuvres pour tenter de favoriser les chances de son poulain aux prochaines élections. Plus largement il faut en finir avec le règne des partis qui ne représentent plus personne mais qui tiennent tous les accès aux postes de commandes au profit d'une caste politico-médiatique qui profite du système au détriment des Français.
a écrit le 31/03/2016 à 17:38 :
ubuesque !
pour lutter contre le fn, on musele les petits partis tt en demolissant l'economie en rigolant, en decourageant tte initiative, et en faisant entrer 1 millions de refugees aptes a toucher toutes les allocations diverses et variees!
certains pitres devraient relire ce qu'on leur a dit dans leurs cours de communication en premiere annee...
a écrit le 31/03/2016 à 17:05 :
Eh oui, au PS comme un peu ailleurs, on n'a jamais aimé l'élection présidentielle : les petites magouilles des Troisième et Quatrième République était plus agréables et le peuple n'avait pas à se mêler de ces (et ses) affaires. Alors, on détricote la constitution, patiemment et mine de rien.
a écrit le 31/03/2016 à 16:49 :
HOLLANDE pète les plombs : il devient dangereux pour la démocratie.
a écrit le 31/03/2016 à 16:47 :
Ce n'est pas une idée franco-française mais bien européiste, tout comme l'état d'urgence qui permettra de calmer toute véritable opposition!
a écrit le 31/03/2016 à 16:29 :
La France n'est plus un pays démocratique depuis plusieurs décennies, et ces changements ne sont qu'une évolution vers un étouffement total des sans-dents. Pensez donc, c'est le CSA qui va decider; on peut donc s'attendre à ce que le chef du CSA soit PS ou LR (selon). Les politiques méprisent le peuple et il serait temps que les jeunes en particulier se réveillent ou s'expatrient en masse :-)
a écrit le 31/03/2016 à 16:22 :
L'UMPS a encore de l'avenir et les pauvres français qui subissent ces partis depuis 30
ans , devront encore attendre. Nous allons continuer à subir ces roitelets républicains et leurs affidés encore longtemps. On se demande quand notre pays deviendra une démocratie moderne . Nous en sommes loin, 80 % des députés ont plus de 50 ans, ils sont majoritairement des hommes et des fonctionnaires. C'est peu de dire , qu'ils ne sont pas représentatifs de la société.
a écrit le 31/03/2016 à 16:04 :
Nos politiques veulent à tout prix protéger leur pré carré en modifiant les règles à l'avantage des grosses formations. Les élections vont être d'un triste . Heureusement on a Péju et Hollande .

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