Juppé, Fillon, des programmes économiques pas si différents

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(Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Soutiens de chaque camp et commentateurs politiques insistent sur les différences entre les programmes économiques de François Fillon et Alain Juppé. En fait, ils sont assez semblables. Sauf s'agissant de promesses intenables, concernant la réduction du nombre de fonctionnaires

Quand Jean-Pierre Raffarin, soutien d'Alain Juppé, affirme que le programme du maire de Bordeaux « est faisable de A à Z », tandis « que le programme de François Fillon est un programme qu'il ne pourra pas tenir », a-t-il raison ? Et d'ajouter notamment qu'« il ne faut certainement pas bloquer tout recrutement dans le service public », conséquence implicite de la proposition de François Fillon de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires.

A entendre l'ancien ministre Raffarin tout comme de nombre de commentateurs, il y aurait donc des différences majeures entre les programmes économiques des deux candidats propulsés au second tour de la primaire de la droite et du centre. D'un côté, un programme modéré, celui d'Alain Juppé, de l'autre, une véritable potion amère qu'administrerait le « Thatcher de la Sarthe », selon l'excellente formule de Challenges.

Les électeurs de la droite et du centre auraient donc face à eux une alternative claire et nette, entre deux options politiques antinomiques. C'est l'histoire qu'ont bien sûr intérêt à raconter les candidats et leurs soutiens, de même que les commentateurs de la chose politique. Ce « story telling » correspond-il à la réalité ? Et surtout à ce pourraient vraiment faire Alain Juppé ou François Fillon, s'ils parviennent au pouvoir ?

En réalité, les logiques à l'œuvre dans les deux cas sont assez semblables : promesse de baisse de la dépense publique sans remise en cause du périmètre des administrations publiques et allègement massif des charges des entreprises. Sur le premier point, comme le souligne l'économiste Olivier Babeau

« on peut signaler par exemple que les tabous de l'introduction d'une part de capitalisation dans notre système de retraite, ou la mise en concurrence de la sécurité sociale avec des assurances de santé privées moins chères et plus performantes n'ont pas été brisés dans une campagne qu'on s'est plu à décrire comme le printemps du libéralisme » .

Le rabot pour la dépense publique...

Qu'Alain Juppé prévoie 80 à 100 milliards d'euros de baisse de la dépense publique sur cinq ans versus 100 milliards pour Alain Fillon, ne change donc guère la donne. Dans les deux cas, appliquer la technique habituelle du rabot budgétaire -puisque c'est bien de cela qu'il s'agit- permettra difficilement d'atteindre ces montants, sauf à gonfler les chiffres, comme a pu le faire le gouvernement actuel.

... et de bien hypothétiques coupes dans les effectifs de fonctionnaires

Le débat risque de focaliser sur la baisse des effectifs de fonctionnaires. Mais en réalité, dans les deux cas, les chiffres annoncés ne paraissent pas réalistes. François Fillon évoque désormais 500.000 postes en moins, il a cependant précisé que la moitié correspondrait à des contractuels. Problème: ce sont souvent eux qui font « tourner la boutique ». Alain Juppé, lui, parle de 200.000 à 250.000 postes supprimés. Toutefois, s'agissant de l'Etat, où la capacité d'action du gouvernement est bien sûr la plus grande -par rapport aux collectivités locales qui sont autonomes et aux hôpitaux déjà sous tension-, il entend épargner l'Éducation, la Police-Gendarmerie, la Défense, la Justice... L'éducation nationale, si l'on inclut les universités, c'est 56% des effectifs de l'Etat, selon le rapport annuel de Bercy concernant la fonction publique (page 60) . Au total, les secteurs protégés par Alain Juppé, et donc ne faisant l'objet d'aucune coupe dans leurs effectifs -des créations d'emplois sont même prévues pour la sécurité- représentent 82% des fonctionnaires de l'Etat !  Les 18% restants vont sentir la politique Juppé... si elle est vraiment mise en œuvre.

Une différence majeure, toutefois, entre Alain Juppé et François Fillon: ce dernier prévoit de passer à 39 heures par semaine le temps de travail dans la fonction publique, avec traitement maintenu à son niveau actuel, sur la base de 35 heures.

  Fiscalité: même inspiration, curseurs différents

 Concernant le volet fiscal du programme, les politiques seraient identiques, seuls les curseurs différeraient. Dans les deux cas, priorité est donnée à la compétitivité des entreprises, via la baisse des charges des employeurs et celle de l'impôt sur les bénéfices des sociétés (IS). Pour François Fillon, les baisses des charges pour les employeurs atteindraient 25 milliards, auxquels s'ajouterait une diminution de 10 milliards d'euros de l'Impôt sur les sociétés. Qu'en est-il pour Alain Juppé ? Il propose une baisse de 10 milliards d'euros des cotisations famille à la charge des employeurs, et, côté impôts payés par les entreprises, une réduction de des cotisations additionnelles à l'impôt sur les sociétés (-2,8 milliards d'euros d'impôt) ainsi qu'une baisse des taux affichés (pour 10,9 milliards). Alain Juppé allègerait donc de 23,7 milliards les prélèvements des entreprises, contre 35 milliards pour François Fillon.

Au total, François Fillon annonce 50 milliards d'euros de prélèvements obligatoires en moins, dont 35 milliards pour les entreprises, tandis qu'Alain Juppé évoque un total de 35 milliards. Mais François Fillon entend relever plus nettement la TVA (deux points pour le taux normal et intermédiaire, soit 15 milliards de prélèvements obligatoires en plus), contre un point pour le taux normal avec Alain Juppé. Au total, compte tenu de ces différences sur la TVA, les baisses nettes d'impôt seraient de 28 milliards pour Juppé et 35 milliards pour François Fillon.

S'agissant du marché du travail, tous deux veulent que les entreprises gagnent en autonomie : le code du travail, allégé, serait pour une grande partie renvoyé à la négociation.

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Commentaires
a écrit le 23/11/2016 à 14:38 :
Juppe/Fillon,2 personnalités du monde la droite traditionnelle,qui confrontait aux réalités des électeurs,lors de la vrai élection,ne feront pas le poids,face:
aux syndicats
aux partis politiques, tous unis contre la sauvagerie annoncée
oserez-vous publier???
a écrit le 23/11/2016 à 10:53 :
Je verrai peut-être si M Fillon était Président de la République:
Dans les rues de nos villes les calèches avec leur cocher, promenant un bourgeois avec son chapeau haut de forme noir, fumant le cigare par la fenêtre et sa bourgeoise à ses côtés. La neige tombe et les gueux pataugeant dedans.
Que c'est beau!
a écrit le 23/11/2016 à 10:24 :
Que nous proposent ces répétiteurs d'une droite à l'aube d'une décomposition avancée ? Rien d'autre que leurs sempiternelles recettes libérales.
Après tout ce qui s'est fait et dit, que nous reste t'il à penser sinon que le plus grand nombre des ces professionnels de la politique nous ment, nous trompe et cèle ses arrières pensées de crainte de voir leurs fans clubs s'évanouir.

Que croire d'autre alors qu'ils savent pertinemment bien que le mondialisme est une erreur écolo-économique monumentale pleine de chausses-trappes, que le libre échange est hurlant d'échec, d'injustices et d'effets pervers qui n'enrichit qu'une infime partie de personnes et que cette UE qu'ils ont construit est avant tout un mécano conçu par et pour des financiers sur un modèle ultra-libéral totalitaire.
Ils le savent, ne veulent rien changer et font l'impasse assorti d'un silence total sur le sujet.

Peut être tout simplement parce qu'il ont des oeillères tellement enveloppantes et une intelligence si limitée qu'ils n'arrivent pas à imaginer un modèle viable différent.
Aucune vision d'avenir !
Sans mérite et sans effort d'innovation, ils suivent les pas de leurs prédécesseurs en trouvant bien assez épuisant de le faire.
Ah si, ils arrivent à prouver quelque chose : que fréquenter de grandes écoles ne rend pas plus intelligent. Le dicton se vérifie avec eux, si mieux vaut un tête bien faite qu'une tête bien pleine, ce n'est pas dans leurs rangs qu'il faut chercher la première.

A croire que c'est le peuple et la France d'en bas qui vont devoir leur montrer le chemin à suivre. Peut être le peuple sera t'il plus intellgent et clairvoyant ?

Car vouloir continuer à ignorer les causes principales du malaise général les promet à une extinction programmée. A ce propos, il serait juste que leur retraite soit aussi dorée que la grisaille dans laquelle ils ont contribué à nous plonger. Qui donc parlait de prime au mérite ? C'est tout leur traitement qui devrait être au mérite ! Ces hauts dignitaires qui n'ont pas cessé de donner des leçons d'humilité, de civisme et de probité à de petits agents publics qui pourraient leur en remontrer.
Vont ils enfin comprendre que nous ne voulons plus d'ultra-libéralisme, de mondialisme et de libre échange ? Que nous ne voulons plus de cette UE entichée de supranationalisme.

Ce qui est phénoménal, c'est cette disproportion de traitement entre, d'un côté le salarié ou l'artisan du monde du travail le plus modeste qui doit supporter les foudres, les sanctions et la responsabilité de ses actes, et de l'autre l'irresponsabilité et l'absence de toute sanction encourrue par ces seigneurs de la politique. Pire même est ce sort fabuleux qui leur est réservé pour leurs vieux jours y compris dans l'incompétence et l'incapacité quand ce n'est pas tout simplement dans l'opposition à toutes les attentes du plus grand nombre. Et c'est le cas pour tout élu national. Pas étonnant que les places soient si chères. C'est la meilleure fonction publique qui soit, très loin au-dessus du simple fonctionnaire hospitalier, territorial ou national.

Mais ce qu'il faut craindre derrière eux, c'est toute une panoplie interlope d'opportunistes qui se tient à l'affut dans l'attente d'un espace où s'épanouir. La scène politique a horreur du vide autant que la nature, mais au contraire de la nature, ce vide pourrait bien se combler par la folie et l'inutilité d'extrêmes et de démagogues.
a écrit le 22/11/2016 à 15:13 :
j’ai beaucoup d’interrogations sur certains points. Retraite à 65 ou 67 ans ; étonnant lorsqu’on pense qu’a 50 ans, beaucoup de salariés sont poussés à partir parce que moins productifs. Augmenter la TVA sans refonte concordante du barème d’impôt, cela ne va pas dans le sens d’une augmentation de la relance de la consommation au moment où même les autorités européennes, et anglaise reconnaissent enfin que l’austérité ne fonctionne pas pour relancer l’économie. Enfin baisser le nombre de fonctionnaires ; d’accord mais dans quel corps de la fonction publique ? Défense, police, justice, éducation, santé ? Hormis la fonction publique territoriale ou des ajustements sont souhaitables et possibles, ça va être chaud.
a écrit le 22/11/2016 à 9:19 :
Une réforme fiscale doit être envisagée "à niveau constant".
a écrit le 22/11/2016 à 9:01 :
///HUMOUR POLITIQUE/// JUPET EST LE MELLIEUR CHEVAL/ EN FAIT FILLON A UTILISE LA METAPHORE DE LA VOITURE DE COURSE/ MOI J UTILISERAIS LA METAPHORE DU CHEVAL HIPIQUE / MAIS FILLON EST UN ETALON TROP FOU.GUEU ET JUPE UN CHEVAL D EXPERIENCE. DONC LE CHEVAL FILLON NE SAUTERAS PAS L OBSTACLE/ ET LE CHEVAL JUPE EXPERIMENTE GAGNERAS LE DERBY???
a écrit le 22/11/2016 à 7:57 :
Fillon n'est peut-être pas la panacée, mais il a pour lui la probité qui manque à Juppé. Je suis d'ailleurs étonné que personne n'en parle :-) http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Index/nouvelles/200502/18/008-Juppe-lettre-profs.shtml
Réponse de le 22/11/2016 à 10:35 :
"mais il a pour lui la probité qui manque à Juppé"

Fillon a couté quand même 300.000€ à l'UMP ( en dette à l'époque de 74 millions d'euros) en frais de déplacement en jet pour aller dans la Sarthe à 255 Km de paris.Un probleme peu évoqué est aussi la santé fragile de Fillon en particulier son dos, calcul renaux etc..
Réponse de le 22/11/2016 à 15:07 :
@lachose: a-t-il vraiment coût 300 K ou est-ce de la calomnie de bas étage ? Et même si c'était vrai, c'est comme tu le dis un coût pour l'UMP et pas pour le contribuable, alors que Juppé a été condamné.pour abous de biens sociaux (vol d'ragent public) et que c'est un récidiviste (http://www.ina.fr/video/CAB95038733). Quant à de possibles ennuis de santé 1) on en a tous et 2) Juppé étant plus vieux, il ne doit pas en être exempt non plus. En résumé : la France et aucun pays n'a besoin de repris de justice à sa tête, ne serait-ce que pour sa crédibilité :-)
Réponse de le 22/11/2016 à 23:18 :
Juste une remise à niveau les partis sont financés par de l'argent public. Les partis piochent également allègrement dans le budget de la formation car chaque parti à son entreprise de formation. Un exemple culte M. Karoutchi signe pour une formation facturée à 2000€ et eu même moment suit en meeting Mme Pécresse pour la présidence de la région ile de France., cherchez non pas l'erreur mais la magouille. M. Fillon tout comme M. Juppé ont aujourd'hui comme ancien premier ministre voiture de fonction chauffeur garde du corps et voyages en gratuit en train et en première en avion pour eux et leur FAMILLE. En général les politiciens sont avides d'argent public et en ABUSENT car ils s'auto gèrent ce qui signifie magouilles et compagnies la couleur politique importe peu. La politique c'est la famille et M. Fillon l' a bien compris car il défend la famille surtout celle liée à la politique, plus proche du mot maffia que des mots morale et probité.
Réponse de le 23/11/2016 à 10:42 :
@patrickb

"a-t-il vraiment coût 300 K ou est-ce de la calomnie de bas étage ?"

Ce n'est pas mon habitude ,il suffit de taper : fillon et son jet pour avoir les infos y compris sur des journaux de droite.C'est vrai que nous avons tous des problemes de santé ,mais nous, nous ne briguons pas la présidence .Concernant Juppé, je connais ses casseroles, il voulait aussi vendre Thomson à Daewoo pour 1€ symbolique.Le PDG de Thomson Alain Gomez qui achetera ensuite l'appart de ...Juppé qu'il avait pourtant licencié.
a écrit le 21/11/2016 à 22:19 :
Merci pour cet article la Tribune. Effectivement, je pense que la vraie différence sera ds la manière d'appliquer les programmes.
a écrit le 21/11/2016 à 19:24 :
normal ! ils n'ont jamais travaillé dans la vrai vie , c'est le contribuable qui les a toujours nourris ; leur formatage est identique
a écrit le 21/11/2016 à 18:14 :
En fait, programmes légèrement différents : Fillon c'est moins 500.000 fonctionnaires, Juppé c'est moins 300.000 seulement. Pour économiser 100 Md en 5 ans, il faudra bien tailler énergiquement dans l'opulente fonction publique, ils sont bien d'accord la dessus.
a écrit le 21/11/2016 à 18:07 :
Que les programmes économiques de Fillon et Juppé ne soient pas très différents, n'étonne guère. Conscients de la nécessité de réformer d'urgence la France, tous les partis de gouvernement tournent autour des mêmes idées. Y compris le PS DE Francois Hollande. Ce qui, en partie, lui vaut le désamour de la Gauche. Tout est donc dans LA manière de faire ces réformes que les Français veulent... mais si possible moins pour eux que pour les autres. Ironiquement, concoctant un remède de cheval tatchérien, Fillon se retrouve dans la posture du Juppé "droit dans ses bottes" de 1995! Si on compte qu'à cela il ajoute un positionnement sociétal ultraconservateur, on peut prévoir que ça "swinguerait" fort dans la France de Fillon. Blocage assuré. Cinq années supplémentaires de perdues en perspectives.
Les grandes alliances droite progressiste, centre, centre-gauche, et l'experience de Juppé paraissent plus de nature à réussir les réformes nécessaires à la France.
a écrit le 21/11/2016 à 17:54 :
C'est bien parce que les programmes économiques étaient in fine assez semblables entre tous les candidats de la primaire qu'il a pu y avoir un tel glissement des votes entre la primaire en elle-même et les sondages... Même NKM, Le Maire et Copé n'étaient pas bien loin.
a écrit le 21/11/2016 à 17:12 :
Fillon est crédible , le Duc d'Aquitaine avec son Sancho Pancha Bayrou c'est du Chirac hollandais !
a écrit le 21/11/2016 à 16:57 :
Dans les deux programmes, il manque un point essentiel, diminuer la pression fiscale qui
pèse sur les classes moyennes. Il ne reste plus que 47% de contribuables qui payent
l'IR. Sarkozy et Hollande ont augmenté de près de 70 milliards d'euros les impôts et la coupe est pleine. Si au moins, cette pression fiscale servait à quelque chose. Et bien non,
la dette explose et le chômage est en hausse constante. franchement ces deux candidats
de la droite devraient corriger le tir.
Réponse de le 21/11/2016 à 18:35 :
Qui croyez vous qui va payer? Les riches surement pas, les pauvres pas possible... Par contre vous et moi qui nous levons et n'avons droit à aucunes aides là obligé il ne reste plus que nous...
a écrit le 21/11/2016 à 16:31 :
Il faut répartir la fiscalité sur les entreprises et sur les ménages pour correspondre à la fiscalité de l'Allemagne. C'est trop difficile à comprendre.
a écrit le 21/11/2016 à 16:23 :
Enfin un article honnête, merci beaucoup.

AUgmenter la TVA avec une baisse constante de la consommation on se demande comment sur tous les animateurs télés politiques aucun n'ai pu leur mettre cette aberration sous le nez.

Nos médias sont nuls, nos politiciens sont bidons, nos hommes d'affaires sont des feignants si on ne sort pas de l'UE nous ne retrouverons jamais assez de dynamisme pour nous en sortir c'est sûr et certain.

Et avec Pipeau aucune chance de sortir de l'UE...

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