Investissement : le gouvernement a-t-il réussi son pari ?

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L'investissement des entreprises progresserait de 0,9% et de 0,8% au premier et au deuxième trimestre selon l'Insee
L'investissement des entreprises progresserait de 0,9% et de 0,8% au premier et au deuxième trimestre selon l'Insee (Crédits : Reuters)
En panne chronique depuis la crise de 2008, l'investissement des entreprises retrouve enfin des couleurs. Lancée en avril par le gouvernement, la mesure de suramortissement semble produire ses effets.

Essentiellement tirée par la consommation des ménages, et dans une moindre mesure par celle des administrations publiques depuis la crise de 2008, la croissance française est en passe de voir son modèle changer.

En panne chronique depuis 2009, l'investissement des entreprises retrouve en effet des couleurs. La formation brute de capital fixe (FBCF) aurait progressé de 2% cette année selon les estimations formulées par l'Insee. En 2016, elle continuerait à augmenter à un rythme élevé, de 0,9% au premier trimestre puis de 0,8% au second. Fin juin, l'acquis de croissance de la FBCF s'élèverait à +2,6%.

Des facteurs exogènes

Comment expliquer ce rebond de l'investissement ? Commençons par rappeler la conjugaison de trois phénomènes sur lesquels le gouvernement n'a pas de prise : la faiblesse des taux d'intérêts qui minimise le coût de l'emprunt, la dépréciation de l'euro face au dollar et la chute des prix du pétrole dont les cours ont désormais atteint un plancher inédit depuis 2011. Ces deux derniers éléments exogènes participent au redressement du taux de marge des entreprises, tout comme le crédit d'impôt pour la compétitivité (CICE) et l'emploi lancé en 2014 et les allégements de cotisations patronales prévues par le Pacte de responsabilité entrés en vigueur le 1er janvier 2015.
Celui-ci s'élevait à 29,5% de l'excédent brut d'exploitation, à 31,2% cette année et devrait passer à 31,7% en 2016 selon l'Insee

Le suramortissement, une mesure temporaire

Ce ne sont pas les seules mesures gouvernementales dédiées à l'investissement. En avril, Matignon a lancé un dispositif d'amortissement exceptionnel pour l'investissement manufacturier. Concrètement, il s'agit d'un avantage fiscal temporaire qui permet aux entreprises, lors du calcul de leur résultat, d'appliquer un suramortissement de 140 % aux investissements de biens d'équipement effectués entre le 15 avril 2015 et le 14 avril 2016.

" Le champ de la mesure de suramortissement correspond principalement à une partie des investissements en biens d'équipement. Ils ont été plutôt dynamiques depuis l'annonce de la mesure :+1,9 % au deuxième trimestre 2015 et +2,2 % au troisième ; il faut remonter au premier trimestre 2011 pour trouver une progression plus rapide ", indique l'Insee dans sa dernière note de conjoncture.

Dans le détail, les indices de chiffre d'affaires du commerce de gros semblent indiquer que parmi tous les achats en biens d'équipement, les plus concernés a priori par la mesure de suramortissement, ont été plus dynamiques. En effet, au troisième trimestre 2015, l'indice du chiffre d'affaires du commerce de gros en autres équipements industriels a augmenté de 2,7 % par rapport à son niveau du premier trimestre 2015, alors que depuis 2012 la hausse sur deux trimestres avait été au plus de +2,5 %. De plus, ce dynamisme est dû à la forte progression des ventes de machines-outils (+6,1%) et de fournitures et équipements industriels divers (+5,4 %) qui sont particulièrement concernés par le suramortissement.

En revanche, constate l'Insee, les produits majoritairement non éligibles au suramortissement ont moins progressé. Le chiffre d'affaires du commerce de gros d'équipements de l'information et de la communication n'a augmenté que de 1,1 % et celui du commerce de gros de mobilier de bureau a reculé de 0,9 %.

Un effet d'aubaine ?

Les entreprises profitent-elle d'un effet d'aubaine ? Ce serait logique, compte tenu du caractère temporaire de la mesure. L'Insee évoque sur ce point un " aléa haussier" pour l'estimation des effets à court terme. " Les entreprises pourraient augmenter plus amplement que retenu leurs achats en biens d'équipement afin de pouvoir bénéficier de la mesure ", avance l'Institut qui rappelle que l'augmentation de 7% de l'investissement des entreprises en matériels de transports au quatrième trimestre 2013 s'expliquait par le fait que les chefs d'entreprises avaient anticipé le renchérissement des camions neufs, du fait du passage à la nouvelle norme technique « euro 6 » au 1er janvier 2014.

Cette mesure peut-elle être prolongée ? Certains parlementaires le souhaitent et le proposent. Son effet serait alors « plus diffus dans le temps », estime l'Insee.

La demande doit être forte

Si tel n'est pas le cas, il ne reste plus qu'à espérer que l'investissement des entreprises continue à progresser à ce rythme. Les écarts entre la France et ses voisins dans le domaine de la robotisation devraient les inciter à prolonger cet effort. Mais pour que cette hypothèse se vérifie, il faudrait que les perspectives de demande se redressent. Certes, la consommation des ménages est solide. Mais elle ne s'adresse pas seulement au Made in France. Austérité oblige, les administrations publiques deviennent économes et coupent leurs investissements. Les carnets de commande peuvent-ils se regarnir grâce à l'export ? Seules 120.000 entreprises françaises, sur les trois millions recensées, devraient exporter cette année et principalement en Europe où l'activité est loin d'être dynamique. Le troisième moteur de la croissance est toujours en sommeil.

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Commentaires
a écrit le 24/12/2015 à 8:52 :
evidemment , celà va entrainer une relance ...comme tout degrèvement fiscal !
ce qui est surprenant , dans votre article , c'est :
..." en Avril, Matignon..."
le ministère des finances à demenagé ? ou ,
la mesure est elle , finalement + electoraliste que économique ?
a écrit le 23/12/2015 à 11:52 :
bonne nouvelle. Le risque est qu'avec la politique économique exigée par berlin la demande européenne est encore atone et inférieure largement à celle de 2008. L'allemagne en souffre moins que les autres (bien qu'elle en souffre aussi car avec 1.7% de croissance économique on ne peut pas parler de franc succès la dessus) , la France en souffre beaucoup car l'essentiel de ses exportations se font en zone Euro et dans l'espace économique européen. c'est d'ailleurs pour cela que la France ne gagne que marginalement avec la baisse de l'euro enclenchée grâce à la BCE. les "europhobes" qui hurlaient sur la cotation de l'euro ne disent plus rien la dessus et n'avouent pas leur erreur d'analyse.
Pour que la France et l'europe s'en sorte : il faut arrêter la politique budgétaire restrictive en particulier dans les pays du nord , Allemagne en tête qui dégage un excédent budgétaire et des excdents commerciaux bref qui a LARGEMENT du grain à moudre (5% du PIB allemand d'excédent... remis dans les chaines productives ça aurait son petit effet sur l'économie européenne) . Eviter à tout prix de casser la dynamique qui semble revenir un peu dans le Sud. Et pour la France il faudra continuer à inciter les entreprises à investir et innover sur longue période et pas seulement avec une mesure ponctuelle. Il faudrait aussi diversifier les marchés mais là je ne vois pas trop ce que le gouvernement pourrait faire... on ne peut pas forcer les PME en particulier sur tel ou tel marché.
a écrit le 23/12/2015 à 11:24 :
ce qui est aussi interessant et qui vient completer cet article, c'est le reforme 2016 du crowfunding. En effet, un amendement qui stipule une fiscalité équitable pour ceux qui prêtent de l’argent à des PME. Article a lire sur http://investissements-conseil.fr/
a écrit le 23/12/2015 à 9:52 :
Bon, on ne dit jamais dans ce genre d'article que... Le taux d'investissement des sociétés non financières est assez haut en France... et donc que le redémarrage de l'investissement se fait à partir d'un seuil déjà eleve... Ce n'est pas une invention !! Allez voir l'Insee ou Eurostat : taux d'inv. ( FBCF/VA) = 23,1% (2014) France, contre 21,7% dans l'UE, et légèrement plus de 20% en Allemagne. Évidemment, ce sont essentiellement des inv. de productivite et non de capacité. Je m'étonne souvent du degré d'ignorance, voulue ou non, des articles et commentaires des économistes....
a écrit le 23/12/2015 à 9:03 :
depuis 6/7 ans manque totalement de remplacement du parc machine, auto, et autres. Les Stés ne peuvent plus attendre pour un investissement de remplacment, ajouter à cela un suramortissement = effet d'aubaine?
a écrit le 23/12/2015 à 8:10 :
""" Les écarts entre la France et ses voisins dans le domaine de la robotisation devraient les inciter à prolonger cet effort. """
fichtre vous etes un optimiste indecrotable! les chefs d'entreprises n'ont plus interet a investir a titre personnel, pas plus que les actionnaires;
quant aux boites, prendre des positions massives sur un marche ou on peut se faire dailymotioniser ou loi-florangiser a tout instant ( ou tout autre mesure ayrault, hein), c'est de la pure folie ( entre deux tirades sur les patrons voyous, les surprofits injsustes, le grand capital, etc...)...
l'heure est au downsize maximal, dans le calme ( les investissements/ desinvestissements sont des phenomenes longs)
Réponse de le 23/12/2015 à 9:00 :
Au cas où cela vous aurait échappé, Montebourg et Ayrault c'était en 2012 hein...faudrait peut-être changer de disque, la politique économique menée actuellement n'a plus rien à voir avec eux. Et inutile de me dire "oui, mais les effets psychologique sont dévastateurs sur le long terme", c'est absolument faux.
Réponse de le 23/12/2015 à 18:45 :
Tout à fait d'accord, tout comme nombre de petits patron je réduis la voilure!
a écrit le 23/12/2015 à 8:01 :
Le 3eme moteur de la croissance, c'est l'énergie. Pourquoi personne n'en parle? Il faut répartir les charges sociales sur le travail et sur l'énergie. Lisez la note n°6 du conseil d'analyse économique.
a écrit le 23/12/2015 à 7:57 :
Certes, certaines entreprises retrouvent des marges, mais l'austérité imposée aux structures publiques locales, pour financer les dispositifs d'aides, a causé la perte de centaines de milliers d'emplois à cause d'investissements non réalisés (et qu'ils faudra pourtant bien faire un jour).

Collectivement, on voit que les emplois promis n'arrivent pas, le chômage bat des records.
1/5 de la population dont 3 millions d'enfants est passé sous le seuil de la pauvreté, la moitié de la population est juste au-dessus et craint de tomber à son tour dans la misère.

Il est illusoire de penser que l'investissement des entreprises tirera le pays du marasme, seule la consommation des ménages est économiquement et socialement utile, l'investissement des entreprises est un sous-produit. En aidant les entreprises on repeint la carrosserie sans alimenter le moteur, c'est de l'escroquerie !

Ce gouvernement, comme tous ceux qui l'ont précédé reste accroché à des lubies passéistes. La croissance passée n'a été possible qu'en pillant les ressources fossiles de la planète au détriment d'autres populations et ce temps est terminé.
Il faut trouver d'autres voies qui permettront à chacun de vivre avec une croissance quasi nulle, bref il va falloir de l'imagination.

Et ce dont nos têtes d'oeuf passées par le formatage des grande écoles (et soumises en permanence au matraquage des gourous du neo-capitalisme), manquent totalement, c'est de créativité.
Réponse de le 23/12/2015 à 9:00 :
EXAT??? LA PERTE DU POUVOIR D ACHAT DU AU CHOMAGE ET TRES IMPORTANT EN PLUS DE GROSSES ENTREPRISES FRANCAISE IL N Y EN PRESQUE PLUS . ILS ONT TOUS DELOCALISE? POURTANT TOUS LES CLIGNOTANT SOUS LE REGNE DE M R HOLLANDE SONT AUX VERT/ ILS RESTE A INVENTE UNE NOUVELLE ECOMOMIE PLUS RENTABLE A LA FRANCE ET SURTOUT AUX FRANCAIS/ SANS PARTAGE DU TRAVAIL ET DES RICHESSES PRODUITE PARS CE TRAVAIL ? RIEN NE POURRAS FONTIONNE? CAR L ECONOMIE FRANCAISE ET GRIPE PAR DES ANNEES D INCONPETANCE ET DE MENSONGE???

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