L'économie collaborative n'est pas sociale et solidaire

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L'économie collaborative est-elle hypocrite ?
L'économie collaborative est-elle hypocrite ? (Crédits : REUTERS)
Sous couvert de bonnes intentions, l'économie collaborative ne fait que mettre en œuvre son idéal mercantile. Or, elle fait de l'ombre à l'économie sociale et solidaire sur le terrain des valeurs.

L'économie collaborative n'a pas toutes les vertus qu'on lui prête souvent. Cette économie de services à la demande à travers des plateformes d'intermédiation numérique cache en réalité un idéal principalement mercantile, bien éloigné des notions d'intérêt général induites par le terme « collaboratif ». « Il y a une certaine confusion de langage subtilement entretenue », dénonce dans une interview très intéressante à Rue 89 Hugues Sibille, le président de Labo de l'économie sociale et solidaire. « Les gens utilisent de manière synonyme, économie collaborative, économie du partage et économique sociale et solidaire. C'est une erreur : ce ne sont pas les mêmes finalités », ajoute-t-il.

Pas les mêmes principes

L'ancien vice-président du Crédit coopératif n'a pas tort. De son côté, l'économie sociale et solidaire (ESS), qui pèserait 10 % du PIB français, inclut principalement des entreprises s'imposant des principes de gouvernance démocratique, de lucrativité limitée, et de réinvestissement des bénéficies en interne, sans distribuer de dividendes. Par ailleurs, ces entreprises tentent en priorité de répondre à des besoins fondamentaux que sont l'éducation, la santé, l'emploi et l'environnement.

Or le moins que l'on puisse dire, c'est que les principales sociétés qui constituent l'économie collaborative ne répondent pas à ces principes, malgré une volonté exacerbée de le faire croire. « L'économie collaborative peut avoir pour but le profit et générer des entreprises capitalistes classiques. C'est le cas des plus populaires et des plus grandes aujourd'hui, Airbnb, Uber et Blablacar », note Hugues Sibille dans son interview à Rue89. Elles font pleinement partie de l'économie de marché. « Il faut se rappeler que la finalité d'Airbnb n'est pas de mettre en relation un jeune Parisien et un jeune New-Yorkais. Sa finalité, c'est de gagner du fric », rappelle Hugues Sibille. Elles sont d'ailleurs valorisées par le marché à des montants astronomiques. Pour reprendre les trois sociétés citées, Airbnb est valorisée par le monde des affaires 25 milliards de dollars, Uber 50 milliards de dollars et BlaBlaCar 1,6 milliard.

Générateur d'inégalités

D'un point de vue moral, l'économie collaborative a même plutôt tendance à accroître la rentabilisation du capital, comme Airbnb, et donc à alimenter les inégalités patrimoniales. Ce qui éloigne définitivement cette économie de tout idéal social. Et au-delà du nouveau service qu'elles rendent aux clients, « ces entreprises investissent très peu. Airbnb ne met pas un euro pour investir dans un appartement, ou Uber dans une voiture. S'il y a création de valeur, elle est limitée », regrette Hugues Sibille.

Autrement dit, l'économie collaborative d'aujourd'hui, ce sont davantage des entrepreneurs qui ont parfaitement compris l'apport de l'outil numérique pour améliorer le service client. Ces plateformes jouent un rôle d'intermédiaire accéléré, et perçoivent des commissions pour cela. Elles révolutionnent leur secteur, certes, mais pas les rapports humains. « Faire partie de la communauté des « hôtes » Airbnb, c'est comme être client de Leroy Merlin avec une carte de fidélité, rien de plus », explique aussi Hugues Sibille.

Inspiration lucrative

C'est là que se trouve l'hypocrisie : beaucoup d'entreprises « collaboratives » ont axé leur communication sur l'aspect communautaire, générateur de liens sociaux, de leur activité. Airbnb par exemple, a souvent mis en avant le développement d'une économie entre particuliers, communautaire, avant dernièrement de revenir à un discours plus honnête, par le biais d'une campagne de publicité mettant en avant les compléments de revenus avec des slogans comme « mon appart' aide à financer mon premier film » ou « ma chambre d'amis paie ma moto vintage ».

Il n'y a cependant pas de fumée sans feu. L'économie collaborative pourrait si elle le voulait s'appliquer des principes sociaux et solidaires, mais « c'est encore hélas insuffisamment le cas, car les start-up collaboratives sont essentiellement d'inspiration lucrative », explique Hugues Sibille. « Aujourd'hui, la motivation de beaucoup de créateurs de start-up, c'est de toucher le pactole », ajoute-t-il.

A l'ESS donc de se montrer plus persuasive, et vite. Car les structures de l'économie collaborative se développent à vitesse grand V sur leur secteur. Et « quand les places vont être prises, les tickets d'entrée vont être extrêmement difficiles », s'inquiète Hugues Sibille. On peut là aussi le croire au regard de l'histoire récente : l'exemple des quasi-monopoles construits par les grandes sœurs des entreprises de l'économie collaborative, les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) est dans ce cadre édifiant.

La perte de sens

Du reste, l'ESS voit dans l'économie collaborative un concurrent sérieux, qui lui fait de l'ombre sur sa principale vertu : le sens de son activité. Car historiquement, les expériences du socialisme utopique, dont l'ESS est l'héritière, se sont développées en période de crise et ont ensuite perdu l'utopie originelle en période de reprise, ce qui a souvent été le premier pas vers la normalisation et l'intégration au capitalisme.

Or, notre société est aujourd'hui toujours en crise, mais l'économie sociale et solidaire est déjà en perte de vitesse, un phénomène nouveau. Les nouveaux talents qui souhaitent donner du « sens » à leur activité se tournent désormais vers l'économie collaborative. Cette notion « sert de fondement aux politiques de "management libéré" qui ont cours dans certaines entreprises (collaboratives ndlr) », note un récent rapport du Conseil national du numérique. Et de cette perte d'intérêt, l'ESS des années 2020 ne pourrait pas se remettre.

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Commentaires
a écrit le 10/01/2016 à 10:02 :
donc , si j'ai bien compris votre propos , l'économie collective est mercantile et fait des
( enormes ) profits ( en terme de capitalisation boursière ) ; comme d'autre part , ces " systemes font gagner de l'argent aux clients utilisateurs ( par les economies qu'ils font ), nous sommes en droit de nous poser les questions suivantes : OU ALLAIENT LES PROFITS AVANT ?
a écrit le 09/01/2016 à 19:40 :
La lutte pour ce sésame
"social-MetsToutCeQueTuVeuxAprèsÇaPasseTranquille"
laisse un parfum de fiscalitude bien française.
Ainsi on va essorer un peut plus ceux qui travaillent normalement et rendent service normalement, pour exonérer un peu plus ceux qui sont proches de : là-où-se décide-ce-qui-est-le-Bien.
Le dernier boulanger du quartier où tout a fermé, devient ainsi un abominable réchauffiste , recycleur d' OGM, emmetteur impénitent de carbone, que le RSI et les taxes écolo-vexatoires vont ponctionner très bientôt-nan-mais-ça-suffit-Vilain-lucratif-pollueur-Va! (pendant que Uber se marre, en regardant cela sur ses écrans entre 2 courbes et 3 indices sur les profits futurs).

Le social-solidaire, nouvelle niche?
a écrit le 09/01/2016 à 7:47 :
Médias, grands patrons, politiques, employés, ouvriers, justice.....
Liberté Egalité, Fraternité. Trois lettres : mdr :).
Allons, il faut dormir encore, surtout ne vous réveillez pas, si,si je vous l assure papa Noël passera un jour, je vous le dis, faites moi confiance.
a écrit le 09/01/2016 à 7:47 :
Médias, grands patrons, politiques, employés, ouvriers, justice.....
Liberté Egalité, Fraternité. Trois lettres : mdr :).
Allons, il faut dormir encore, surtout ne vous réveillez pas, si,si je vous l assure papa Noël passera un jour, je vous le dis, faites moi confiance.
a écrit le 08/01/2016 à 13:47 :
34 milliards d'euros de subventions accordées chaque année par l'État et les collectivités locales (avec nos impôts). A part quelques cas méritoires (Restos du cœur), beaucoup trop restent une "planque" pour des incompétents qui se cachent sous du prétendu "social" (en dessous de 153k€ de subventions pas de comptes obligatoires donc le gérant peut se l'attribuer). Le contribuable ne peut que se réjouir du succès du collaboratif.
a écrit le 08/01/2016 à 13:04 :
La Tribune, journal économique français de gauche et pendant des Echos, "de droite",, joue ici pleinement son rôle en assénant quelques vérités que certains ont niaisement oubliées.' Le but de toute entreprise, est d'abord de subvenir à ses besoins économiques et donc de faire du profit. Les bobos en seront quitte pour prendre quelques cours d'économie qu'ils n'ont jamais eu la chance de recevoir, tout le monde n'a pas la chance de naitre dans un milieu instruit, la Tribune y pourvoit en partie pour certains.
a écrit le 08/01/2016 à 12:20 :
"sous couvert" est une formule bien choisie, car il s'agit bien de concurrence déloyale grâce à une offre de prix plus bas. Déloyale parce que les personnes concernées offrent des prix plus bas en n'étant pas assujetties aux mêmes normes, notamment fiscales et sociales, que les autres. Cela me rappelle "les produits chinois sont moins chers". Oui, ils sont moins chers parce que découlant de l'esclavage. En outre, les Chinois ne paient ni taxes, ni impôts, ni cotisations sociales en France et concurrencent donc directement les bas salaires français. Mais bon, on achète maintenant ce qu'il y a sur l'étagère puisque les produits français ont disparu :-)
Réponse de le 08/01/2016 à 14:19 :
le vrai problème, qui a permis entre autres le succès de l'économie collaborative "à la" Uber et le flux massif d'importations chinoises (et d'autres pays à bas coût) est qu'en France du moins, trop de social a tué le social. Ainsi désormais la France pointe à la toute première place des pays les plus désindustrialisés parmi les grandes économies européennes (ex: l'Espagne qui produit maintenant plus de voitures que la France...) et a carrément déserté de très nombreux secteurs industriels (exemple, l'électroménager dont la production est devenue anecdotique, bien plus faible que celle de l'Espagne et de l'Italie) sans parler des produits bruns (TV, électronique grand publc, informatique...) où on ne produit pratiquement plus rien à part quelques produits très élitistes et très peu diffusés. Trop de social a tué l'économie traditionnelle et ne subsistent plus que l'"économie collaborative" qui n'est au fond qu'une présentation plus avantageuse du bon vieux travail au noir.
Réponse de le 08/01/2016 à 14:20 :
le vrai problème, qui a permis entre autres le succès de l'économie collaborative "à la" Uber et le flux massif d'importations chinoises (et d'autres pays à bas coût) est qu'en France du moins, trop de social a tué le social. Ainsi désormais la France pointe à la toute première place des pays les plus désindustrialisés parmi les grandes économies européennes (ex: l'Espagne qui produit maintenant plus de voitures que la France...) et a carrément déserté de très nombreux secteurs industriels (exemple, l'électroménager dont la production est devenue anecdotique, bien plus faible que celle de l'Espagne et de l'Italie) sans parler des produits bruns (TV, électronique grand publc, informatique...) où on ne produit pratiquement plus rien à part quelques produits très élitistes et très peu diffusés. Trop de social a tué l'économie traditionnelle et ne subsistent plus que l'"économie collaborative" qui n'est au fond qu'une présentation plus avantageuse du bon vieux travail au noir.
Réponse de le 08/01/2016 à 17:51 :
@bruno_bd: bon, c'est vrai que j'ai pris un raccourci parce que la situation est complexe. La France subit notamment le ravage de la corruption, du carriérisme politique et du défaitisme généralisé :-)
a écrit le 08/01/2016 à 11:33 :
Et à part Hugues Sibille ? Quel poids pour un seul homme ! (et en plus, c'est pas très démocratique !)
a écrit le 08/01/2016 à 11:03 :
Il ne faut pas se leurrer, Uber c'est d'abord des pauvres - certes des moins pauvres aussi (= les clients), qui exploitent des plus pauvres (= les chauffeurs) dont les maigres revenus ne leur permettent pas de s'offrir une couverture sociale. Et les bénéfices partent aux États-Unis sans payer d'impôts. Ce n'est pas social et encore moins solidaire !
a écrit le 08/01/2016 à 10:34 :
Uber pèse + de 50 milliards. Mais surtout ce n'est pas de l'économie collaborative, puisque cette plateforme met en relation des particuliers et des PROFESSIONNELS. En revanche pour Airbnb et Blablacar, oui, c'est bien le cas, ce sont des particuliers qui interagissent avec des particuliers. Mais le terme de "plateformisation", trouvé par Monsieur Mazella serait plus adéquat, me semble-t-il. Car là, vous mélangez les choux et les carottes.
Réponse de le 08/01/2016 à 13:14 :
@nariencompris: ce sont des particuliers qui interagissent avec des particuliers via la plateforme Airbnb en versant au passage une commission à Airbnb qui ne participle ni au régime fiscal, ni au régime social du pays, et qui de surcroît délocalise dans des paradis fiscaux pour ne rien payer du tout sur ses bénéfices :-)
Réponse de le 08/01/2016 à 14:35 :
Ne vous leurrez pas: Airbnb regorge de faux "particulier" qui en réalité utilisent la plateforme pour un usage ultra-commercial. On ne compte plus les utilisateurs offrant des offres multiples, on ne compte plus non plus les résidences secondaires louées les 3/4 de l'année de manierer completement commerciale, et cela en dehors du cadre légal.
il ya bien longtemps que le particulier louant la chambre libre de sa résidence principal est minoritaire sur AirBnB. Il est grand temps que toute personne/entreprise offrant un service commercial via ces plateformes soient mis a la meme enseigne que les professionesl offrant le meme service. Ce qui n'empeche pas de repenser nos legislations pour que tout le monde puisse participer a cette economie...mais avec les memes regles pour tous.
a écrit le 08/01/2016 à 9:41 :
L'hypocrisie des entreprises dites de l'économie du partage (airbnb, etc) ne fait que répondre à l'hypocrisie des divers projets (entreprises ou autres) dits de l'économie sociale et solidaire qui prétend servir l'homme avant le profit mais qui aspire aussi à la viabilité économique.... et donc in fine à devoir survivre, en étant au moins rentable, c'est-à-dire en faisant des profits, tout en se gardant d'utiliser ce mot qu'ils considèrent comme un gros mot.
a écrit le 08/01/2016 à 9:06 :
Uber n est en rien collaboratif.... C est du capitalisme pur et dur....avec une nuée de petits esclaves...sous dépendance économique ......majeure, une fois qu ils ont investit dans leur voiture......
D ailleurs uber se garde bien de se definir comme une entreprise de transport de personnes.......il est juste ....intermédiaire entre une demande et un besoin.....
Blablacar est collaboratif.......partage des coûts sur une trajet...
Réponse de le 08/01/2016 à 14:22 :
Oui mais... les taxis officiels une fois qu'ils ont acquis (à prix d'or) leur licence et leur voiture ne sont pas mieux lotis que les Uber...
a écrit le 08/01/2016 à 8:14 :
La motivation initiale des ONG collaboratives est généralement généreuse et l'argent n'est pas leur premier objective, mais pour survivre il en faut quand même !... La question est donc de savoir si elles en demandent trop.
Réponse de le 08/01/2016 à 9:36 :
L'économie traditionnelle propose des solutions que les personnes ont envie d'acheter (à tort ou à raison)... En ce sens, elle est altruiste. L'économie sociale propose des solutions que les producteurs ont envie qu'on leur achète : en ce sens, elle est profondément nombriliste...
Réponse de le 08/01/2016 à 9:59 :
On oppose toujours l'économie"collaborative",qui est gentil à la vielle économie qui est mercantile il faudrait comprendre le fonctionnement de notre société social, elle est basé en grande partie par les cotisations sociales, et les impôts, donc la vielle économie. Quand les Français ne payerons " plus rien", plus de sécurité sociale, plus de retraite, plus d'emplois rémunéré, une économie de troc nous attends, la seule solutions sera une imposition sur le chiffre d'affaire de ces entreprises, une imposition obligatoire sur les revenus généré par ces pseudo emplois " d'une armer de petit ouvriers Chinois", et donc nous reviendrons vers une vielle économie avec une cesse sociale désastreuse.tous ceux qui trouvent aujourd'hui le prix des choses trop chère, les trouverons inaccessibles demain et ceci sans ASSEDIC, SECURITE Social,RSA, APL, etc, etc

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