La canicule, sérieux coup de frein à la productivité des travailleurs

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La baisse de la productivité liée aux fortes chaleurs pourrait coûter 2.000 milliards de dollars par an au niveau macroéconomique d'ici à 2030 d'après un rapport de l'organisation internationale du travail.
La baisse de la productivité liée aux fortes chaleurs pourrait coûter 2.000 milliards de dollars par an au niveau macroéconomique d'ici à 2030 d'après un rapport de l'organisation internationale du travail. (Crédits : Reuters/Philippe Wojazer)
La hausse des températures de ces derniers jours joue sur la quantité de travail qu'un travailleur peut abattre.. S'il est difficile d'avoir une évaluation précise sur de courtes périodes, plusieurs travaux académiques ont montré que le réchauffement climatique pouvait entraîner une baisse importante de la productivité à long terme, surtout dans les pays les plus pauvres.

Avec des températures dépassant les 35°C le jour du passage à l'été dans certaines régions, les conditions de travail peuvent devenir difficiles pour de nombreux travailleurs. Ces difficultés peuvent évidemment varier en fonction de multiples facteurs - nature des tâches, équipements présents sur le lieu de travail, zone géographique - mais les épisodes de fortes chaleurs ont un réel impact sur la concentration, la santé des travailleurs et par conséquent la productivité.

2.000 milliards de dollars par an en 2030

Les hausses de température relatives aux changements climatiques ont de réelles conséquences sur le monde professionnel. D'après une étude publiée à la fin du mois d'avril 2016 par l'Organisation internationale du travail (OIT) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la baisse de la productivité liée aux fortes chaleurs pourrait coûter 2.000 milliards de dollars par an au niveau macroéconomique d'ici à 2030. Concernant des secteurs fortement exposés aux hausses de la température comme l'agriculture ou le bâtiment, la baisse de la productivité pourrait entraîner une réduction de 20% de la production durant la seconde moitié du XXIe siècle.

Les pays les plus pauvres seraient les plus touchés

Les auteurs du rapport intitulé "Changement climatique et travail : impacts de la chaleur sur les lieux de travail" ont établi des scénarios en fonction des régions du monde et trois types de hausses des températures (+1,5°C, +2,4°C et +4°C d'ici 2085). Il apparaît que les régions les plus touchées sont également les plus pauvres. Et si rien n'est fait en matière de lutte contre le changement climatique, les conséquences économiques et sanitaires pourraient être désastreuses.

Pour la région Asie et Pacifique, le Cambodge serait le pays le plus touché avec des pertes de productivité estimées à 5,09% par heure diurne de travail, 8,94% ou 18,97% pour le scénario le plus extrême. En Afrique, le Burkina Fasso serait le plus frappé par ce phénomène avec des pertes potentielles de 4,11%, 7,02% ou 17,11% dans le pire scénario.

En Europe, les pays sont relativement épargnés hormis quelques Etats du Sud comme la Grèce ou l'Espagne. Pour la France, la perte est évaluée à 0,01% pour une hausse de 1,5°C, 0,02% pour une hausse de 2,4°C et 0,29% pour une augmentation de 4°C.

Enfin, des économistes ont expliqué, dans une étude publiée par le Massachussets Institute of Technology (MIT), que l'impact des fortes chaleurs sur la productivité est observable dès que la température passe au dessus du seuil des 15°. Dès que cette température est franchie, toute hausse de un degré peut faire baisser la productivité de 1,5% à 1,7%.

Une baisse de la croissance

La productivité des travailleurs n'est pas le seul indicateur touché par la hausse des températures. Dans l'étude précédente, deux économistes ont montré que les épisodes de fortes chaleurs pouvaient avoir des conséquences sur la croissance à long terme. En étudiant les données météorologiques sur plus d'un demi-siècle, les chercheurs ont remarqué que la hausse d'un degré celcius dans les pays pauvres pouvait réduire la croissance de 1,3 point.

"Des températures plus élevées mènent substantiellement à une croissance économique plus ralentie dans les pays les plus pauvres", a expliqué Ben Olken, professeur d'économie au MIT.

"Ce que nous suggérons dans ce travail universitaire, c'est que cela peut toucher d'autres secteurs (que l'agriculture, ndlr), cela affecte également les investissements, la stabilité politique et la production industrielle."

En France, la canicule de 2003 avait fait l'objet d'une évaluation des conséquences économiques dans un rapport du Sénat. Les auteurs précisaient que "la canicule avait amputé la croissance de 0,1 à 0,2 point de PIB sur l'ensemble de l'année, ce qui représente de 15 à 30 milliards d'euros". Mais que son impact "tant général que sectoriel, aurait été bien plus lourd, voire dramatique, si l'épisode de canicule était intervenu plus tôt ou s'était prolongé au-delà du 15 août, alors qu'intervient généralement la reprise de l'activité des entreprises".

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a écrit le 22/06/2017 à 11:31 :
La chaleur fatigue le corps humain en effet, maintenant un article médical aurait été plus efficace pour convaincre les esclavagistes salariaux, ces gens qui n'ont jamais travaillé de leur vie.
a écrit le 21/06/2017 à 22:10 :
ah oui, tout a fait d'accord. Et puis aussi le froid l'hiver, et puis quand il pleut trop au printemps ou en automne.
Il n'y a qu'a voir la productivite des pays tropicaux, la ou le climat est presque toujours le meme. Au top toute l'annee!
a écrit le 21/06/2017 à 16:29 :
Mis à part les températures, fait-on une surchauffe à l’export ? Par exemple en 2014, l’euro serait de 1,30 à peu près contre 1,15 en 2016, soit une baisse de 11,5%. Les données export passeraient de 400342 à 417225 en millions, soit une hausse de 4,2%, travaille-t-on plus pour gagner moins avec des données plus élevées ? Dans l’export de meubles, on passerait en 2008 de 2397 à 1741 en 2014, peut-on considérer la filière en crise, puis 2009 millions en 2016. Les importations seraient sur les mêmes années de 5943 puis 5693 puis 6508. Le taux de couverture montre-t-il une expertise et un avantage comparatif ?
a écrit le 21/06/2017 à 15:56 :
Fait-on une canicule en termes de surchauffe de croissance ? Si on publie des indices qualifiés de boursiers, si en 2008, la croissance est élevée et la bourse aussi, par exemple, après le plus haut de 2008, il y aurait un DOW JONES qui passerait de 13000 à 21470, un S&P 500 qui passerait de 1500 à 2440, un DAX qui ferait de 8000 à 12000, mais un Eurofirst80 qui évoluerait de 5800 à 3830. Le Nikkei ferait 17000 à 20000, le SMI de 9000 vers 9000, l’Athex de 2900 en 2010 à 820, le SBF de 4000 à 4200, le FTSE MIB de 23000 à 20840, le FTSE 100 de 6500 à 7500, l’IBEX 35 de 15000 à 10000, et le CAC de 6000 à 5268, de ce fait, le CAC est-il moins favorisé par les relances si l’évolution est différente et est-il moins valorisé que par exemple le Nikkei qui publie une valeur de 20000 au lieu de 5000 ? Si on publie une inflation à 1,4% sur un an en Mai, peut-on fonctionner avec une masse monétaire de 4 fois celle des USA?

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