Les entreprises ont-elles raison de thésauriser  ?

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La demande de crédits de la part des entreprises reste très modeste, selon le médiateur national du crédit.
La demande de crédits de la part des entreprises reste très modeste, selon le médiateur national du crédit. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
La situation financière des entreprises s'améliore, certes, mais jusqu'ici, elles ont préféré accumuler de la trésorerie plutôt que d'investir. Ce qui pose un certain nombre de problèmes.

D'aucuns avancent que la situation financière globale des entreprises françaises s'est améliorée en 2015. Le médiateur national du crédit Fabrice Pesin, dont le travail est d'aider les banques et les entreprises s'étant vues refuser un crédit à trouver un terrain d'entente, l'a aussi constaté. En effet, le recul du prix des matières premières et la montée en puissance du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) ont fortement participé à reconstituer globalement les marges des entreprises françaises, très affectées par la crise. En outre, la Banque centrale européenne mène depuis plusieurs mois une politique monétaire très accommodante, dont l'objectif est d'accroître l'offre de crédits à l'économie réelle.

Taux d'accès aux crédits en hausse

Résultat, pour les entreprises de plus de 10 salariés, le taux d'accès aux crédits bancaires de plus de 25.000 euros est en hausse. Elles sont 94 % en 2015 à avoir reçu une réponse positive de leur banque pour une demande de crédit d'investissement, et 84 % pour les crédits de trésorerie, selon les chiffres de la Banque de France cités par le médiateur national du crédit. Des niveaux record, certes, mais quelque peu trompeurs en apparence.

Ils tiennent en fait davantage à la baisse de la demande de crédits des entreprises, pense Fabrice Pesin. Les saisines de la médiation nationale du crédit ont ainsi baissé de 16 % en 2015 par rapport à 2014. Preuve du faible appétit des entreprises pour les financements bancaires. « La demande de crédits de la part des entreprises reste très modeste, elles n'investissent pas », s'inquiète Fabrice Pesin. « Nous recevons notamment de moins en moins de dossiers provenant du secteur industriel, qui a réduit ses investissements de 2 % en 2015 », ajoute-t-il.

Accumulation de trésorerie

Pourtant, la situation financière des entreprises françaises s'améliore. En fait, plutôt que d'investir, elles préfèrent « accumuler de la trésorerie, car elles ont peur de ne pas être accompagnées par les banques en cas de coup dur », constate Fabrice Pesin. Cette stratégie de thésaurisation, qui concrètement se matérialise par un décalage des investissements des entreprises dans le temps, pose « un problème de compétitivité », s'inquiète Fabrice Pesin. En effet selon lui, il en découle un risque de sous-investissement dans les biens d'équipements à court terme, et donc d'obsolescence. Heureusement, une inversion de tendance est en train de se produire si l'on en croit les dernières estimations de l'Insee qui anticipe un bond de 7% de l'investissement industriel cette année.

Les TPE en difficulté

Au delà de l'amélioration globale de la santé des entreprises françaises, certains secteurs restent toutefois en souffrance. En effet, la médiation nationale du crédit a été fortement sollicitée en 2015 par les TPE des secteurs du bâtiment et des travaux publics, des secteurs de l'hôtellerie et de la restauration, ainsi que par les petits commerces de proximité en centre-ville. Tous éprouvent des difficultés à survivre aux évolutions récentes de leurs métiers respectifs.

Mais parfois, les banques pourraient aussi faire davantage pour soutenir ces entreprises, notamment concernant les financements immatériels - les dépenses de design, de marketing, de formation des salariés etc. - qui « par nature n'offrent pas de garantie aux banques, comme par exemple l'immobilier », déplore Fabrice Pesin. Or, « notre économie a réellement besoin que ce type d'investissement soit financé ! », ajoute-t-il.

Mais clairement, à court et moyen terme, les banques françaises ne modifieront pas leur politique de risque vis à vis de ce type de crédits. Dès lors, « la question du financement par des acteurs alternatifs se pose », note Francis Pesin. Il pense au crowdfunding dont les plateformes proposent aux petites entreprises des taux d'intérêt plus élevés, certes, mais elles sont moins regardantes que les banques sur les garanties à apporter. C'est pourquoi le médiateur national du crédit estime qu' « à l'avenir, la solution viendra de la combinaison des financements ».

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Commentaires
a écrit le 18/03/2016 à 17:08 :
Apple détient USD 200 + Mlds à la banque (en obligs/cash) et Google et Microsoft et Adobe? etc.. ?
Pour investir, il faut avoir des idées qui peuvent transformées en produits qui se vendent.
Ce n'est pas une question de fiscalité, comme certains le suggèrent.
Cordialement
a écrit le 18/03/2016 à 14:43 :
Les Français aussi thésaurisent quand ils le peuvent à votre avis pourquoi?
a écrit le 17/03/2016 à 18:51 :
hahaha!
' a la surprise generale, les entreprises n'investissent pas' !!!!!!!!!!!!
oui d'un autre cote, si investissement il doit y avoir, ca ne sera pas en france ou la fiscalite est dissuasive et toute initiative severement punie
marrant comme on oublie la loi florange, le compte penibilite, dailymotion, montebourg, l'allemand interdit a l'ecole, etc.....
peut etre que les politiques ont la memoire courte, pas les entrepreneurs....un politique peut genereusement depenser l'argent de ses enfants via de la dette sans scrupule, ce n'est pas le cas de tt le monde !!
l'heure est au downsizing maxi, mais dans le calme, conformement aux ' reformes justes' du plan ayrault montebourg duflop
a écrit le 17/03/2016 à 18:37 :
qu'elles réduisent leur endettement et donc leur dépendance aux banques me parait plutôt sain
a écrit le 17/03/2016 à 16:47 :
Le coût du travail est trop élevé. Avant de se poser la question de la liberté de licencier, il faut se poser celle de la baisse des charges sur les salaires : un salarié qui reçoit 78 en net coûte en réalité 150 à son employeur : de quoi y regarder à deux fois avant de recruter. Mais de même qu'on n'achète pas une voiture pour sa résistance aux accidents qu'on aura peut-être à son volant, un patron n'embauche pas en pensant déjà à licencier son impétrant. Quant à la durée légale du travail et au coût horaire en résultant, plus personne n'a le courage de l'évoquer : les 35 heures sont une telle "réussite" que seul un TRUMP français pourrait s'y attaquer...

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