"Les faux documents sont des Sésames qui ouvrent beaucoup de portes"

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Tous les documents administratifs mais aussi tous les produits manufacturés pourraient être protégés grâce aux solutions innovantes
Tous les documents administratifs mais aussi tous les produits manufacturés pourraient être protégés grâce aux solutions innovantes (Crédits : reuters.com)
Dans un entretien accordé à La Tribune, Hugues Souparis, le président de Surys, une entreprise innovante spécialisée dans l'authentification et la protection des documents, notamment par le recours à l'hologramme et aux nanotechnologies, explique les enjeux de la falsification de documents administratifs, un trafic qui permet l'usurpation d'identité.

LA TRIBUNE - Les enquêtes de police en cours ou récentes indiquent qu'un certain nombre de terroristes ont utilisé de faux documents administratifs pour masquer leur véritable identité. Est-il aisé de se procurer une carte d'identité ?

HUGUES SOUPARIS - La carte d'identité française est très facile à contrefaire puisqu'elle date de 1986. Ou plutôt, pour être précis, la carte d'identité actuelle dite sécurisée date de 1995 mais elle est la copie quasi conforme au projet pilote mis en place en 1986 dans les Hauts-de-Seine, conformément à la décision de Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur. Pour déjouer les fraudeurs, les autorités de l'époque avaient pensé avoir trouvé la parade : un papier spécial plastifié et différents dispositifs de sécurité destinés à limiter les risques de falsification ou de contrefaçon... Ces protections, trentenaires, sont aujourd'hui largement dépassées, car, depuis, nous avons l'impression numérique à la portée de tous.

Le gouvernement ne fait rien pour changer la situation ?

Le gouvernement a bien tenté de lancer une carte d'identité électronique, qui existe depuis longtemps en Belgique, en Allemagne, ou encore en Estonie. En octobre 2002, le ministère de l'Intérieur a mis en place un groupe de travail chargé d'étudier une carte d'identité électronique qui contiendrait l'ensemble des données de la carte actuelle, données qui seraient protégées par un code connu seulement du titulaire. Dans la foulée, en 2003, le projet d'institution de cette nouvelle carte d'identité nationale électronique sécurisée (INES) est enfin lancé par le ministre de l'Intérieur d'alors, Nicolas Sarkozy, mais le projet est suspendu en raison des protestations, notamment de la Ligue des droits de l'Homme ainsi que de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL), estimant que cette proposition pourrait menacer les libertés individuelles.

Le passeport français est-il facilement falsifiable ?

Il est moderne et très bien protégé, notamment par un film optique de très haute sécurité qui le rend facile à authentifier et très difficile à contrefaire. Depuis 2009, il contient en plus une puce lisible à distance (RFID) dans laquelle sont enregistrées une photo et les empreintes digitales numérisées de deux doigts du titulaire, toutes ces données étant centralisées au sein d'une base appelée TES. Muni de toutes ces protections, le passeport biométrique français est donc difficilement falsifiable. Par ailleurs, aujourd'hui, pour obtenir un passeport, il faut un certificat de naissance que seules les mairies délivrent et qui peut être contrôlé par voie numérique.

Les autres documents administratifs sont-ils bien protégés ?

C'est le cas du permis de conduire. Mais les justificatifs de domicile, les factures, les quittances de loyer sont aisément falsifiables. Ces faux documents sont des Sésames qui ouvrent des portes très utiles aux fraudeurs et terroristes.

Lesquelles ?

Elles peuvent permettre de louer une voiture, de contracter un crédit bancaire. Par exemple.

Que peuvent les nouvelles technologies ?

Elles peuvent faire beaucoup. C'est indéniable. Tous les documents administratifs mais aussi tous les produits manufacturés peuvent être protégés grâce aux pastilles optiques, aux puces RFID, qui permettent de garantir l'authenticité d'un produit et de retracer son parcours jusqu'à la livraison au client. Lassées des nuisances de la contrefaçon, les entreprises commencent à adopter ces solutions. C'est notamment le cas dans les secteurs du luxe, des médicaments ou des pièces détachées automobiles.

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