"Les JO peuvent être un accélérateur du développement de notre territoire"

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(Crédits : DR)
Patrick Braouezec, le président de Plaine commune, devrait obtenir que la plupart des sites olympiques soient construits autour du Stade de France. Tout l'enjeu est d'accélérer l'aménagement de la zone sans que les populations ne soient lésées. D'où une conception nouvelle du village olympique.

LA TRIBUNE - La Seine-Saint-Denis, Plaine commune surtout, devrait être le lieu de construction des sites olympiques. Peut-on vraiment faire des JO un outil d'aménagement du territoire et éviter qu'il laisse des « éléphants blancs » derrière lui ?

PATRICK BRAOUEZEC - Cela fait trente ans que nous nous posons des questions sur notre développement. Depuis que nous avons fait le constat que l'ère industrielle était derrière nous et qu'il fallait repenser notre territoire complètement meurtri par les départs d'entreprises et les délocalisations. Nous avons fait une croix sur ce passé. Saint-Ouen, Aubervilliers et Saint-Denis, avec l'appui du conseil général de l'époque, ont relancé leur développement. Le Stade de France en a été une étape. Nous avions fait le pari d'en faire une locomotive du développement territorial. Les JO, c'est le même défi mais avec des exigences nouvelles. Par exemple, nous allons proposer une autre conception du village olympique en dépassant l'idée de la simple reconversion en logements. Nous travaillons sur une reconversion plurifonctionnelle. Je suis allé à Pékin en mai et à Londres en juillet. Ce sont les deux mêmes villages olympiques, les deux mêmes reconversions. Nous souhaitons un village olympique à Saint-Denis, qui s'inscrirait ensuite dans un programme de logements mais aussi de travail collaboratif, d'ateliers de fabrication numérique, de pépinières, d'activités de loisir, d'équipements publics.

Un village qui devient ville ? Ou, au moins, un morceau de ville ?

Exactement. Il serait sur l'écoquartier de Saint-Denis, sur Pleyel et Saint-Ouen. Il existe encore des emprises non construites, d'autres qui le sont mais qu'on pourrait intégrer, notamment la Cité du cinéma de Luc Besson. Je ne connais pas de village olympique qui soit ensuite devenu un véritable quartier avec ses différentes fonctions. Nous allons le faire et cela a du sens pour le CIO. D'autant plus qu'il va nous falloir réparer quelques désastres écologiques : enfouir les lignes à haute tension qui traversent Saint-Denis et Pleyel, monter le mur antibruit, dépolluer un certain nombre de terrains. Il y a beaucoup de réparation environnementale à faire. Ce village peut se transformer en 40 % de logements, 20 à 30 % d'activités et de bureaux, et 30 % d'équipements publics. Cela ne change rien à la construction de l'écoquartier fluvial de l'île-Saint-Denis, mais cela rajoute de l'urbanité. Cela nous permettrait d'accélérer l'histoire, d'inscrire le franchissement de Pleyel dans le contrat de plan, et une liaison est-ouest pour désenclaver la plaine. Nous en avons un besoin vital pour désengorger d'autres axes.

Cela permettra-t-il de retrouver un peu de cette urbanité qui fait défaut autour du Stade de France ?

Je vous trouve un peu sévère. Quand l'État nous a proposé le projet, il n'avait envisagé qu'un stade avec 4 000 places de parking. Nous avons dit que nous voulions un stade intégré dans une ville avec des logements et des bureaux à proximité... Nous avons été très vigilants et exigeants dans la première phase de travaux du Stade de France afin que tout soit fait en même temps avec Decathlon, Gaumont et Leroy Merlin. Après quoi, nous avons pu mettre des logements sociaux, construire un quartier mixte, urbain. Il faut que nous renforcions encore cette inscription du stade dans la ville.

Les JO sont dans la continuité et réaffirment l'urbanité des équipements sportifs.

Est-ce que vous pourriez arrêter le Charles-de-Gaulle Express ici ?

Je vous avoue que je n'en suis pas fan. Il fait doublon avec le Grand Paris Express, je n'arrive pas à comprendre la logique. Mais, l'arrêter à Pleyel, de manière temporaire au moment de grands événements par exemple, pourquoi pas. De toute façon ce sont des financements privés, on ne nous demande pas notre avis. Mais, vu le tracé de la ligne 16, on peut se demander à quoi sert le CDG Express...

Londres et Barcelone ont, avec les JO, mené des opérations de réaménagement très importantes et plutôt réussies. Est-ce que c'est aussi au coeur des discussions dans la préparation de la candidature ?

On est un peu dans le non-dit. Notre objectif est de maîtriser le foncier et de repousser la tentation de pousser les classes populaires de plus en plus loin. Pour l'instant, nous avons réussi cela sur Plaine commune depuis trente ans. Les habitants de la Plaine sont populaires, de toutes origines et bon nombre des gens qui étaient dans des taudis sur la Plaine ont trouvé un logement décent sur le territoire.

Si vous obtenez les JO, cela vous fera-il vraiment accélérer la réorganisation de Plaine commune ?

C'est toujours difficile à mesurer. Je ne sais pas ce qu'aurait été notre urbanisation sans le Stade de France. Ce qui est certain, c'est que cela a été un accélérateur des transports en commun. Les JO seront aussi un accélérateur pour compléter les transports en commun comme l'aménagement. Le souci est de veiller à ce que personne ne soit exclu. À Londres, des populations précaires et pauvres ont été mises de côté. Il n'y a pas beaucoup d'exemples récents de sites olympiques qui n'ont pas été synonymes d'exclusion d'une partie de la population.

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Pour en débattre, Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale ;  Pascal Chabot, membre du Directoire, Caisse d'Epargne et Christian Saint-Etienne, économiste.

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Commentaires
a écrit le 15/09/2015 à 15:54 :
L'organisation des JO est très souvent aussi une source d'endettement (d'embêtements) à n'en plus finir... Connaissant l'état de nos finances... Vous avez mon avis.
a écrit le 15/09/2015 à 14:49 :
ce genre de projet ne sert que ceux qui le portent au détriment de ceux qui financent et après ça on va nous dire que l'augmentation pharaonique des impôts locaux est due à la baisse des dotations d'état
a écrit le 15/09/2015 à 13:19 :
Les JO sont surtout une manne pour ceux qui y travaillent et pour des armées de fonctionnaires qui vont se rendre indispensables. Pour les politicards, ça détourne l'attention du peuple..... Les contribuables paieront cette mascarade inutile... En France tout se termine par une facture pour ceux qui ne demandent rien d'autre que travailler et protéger leur famille.
a écrit le 15/09/2015 à 13:13 :
Question: "Si vous obtenez les JO, cela vous fera-il vraiment accélérer la réorganisation de Plaine commune ?
Réponse du politique: "C'est toujours difficile à mesurer...." Voila tout est dit mais après cette petit phrase qui veut tout dire, il va vous dire le contraire.....

Ces JO sont une plaie de plus a celles qui viennent s'ajouter chaque jour a notre fardeaux..
La seule usine qui ne fermera pas dans ce pays c'est celle qui fabrique les robots politiciens..

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