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Peut-on asphyxier financièrement Daech ?

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Grâce au pétrole syrien, Daech tire entre un et trois millions de dollars de revenus quotidiens
Grâce au pétrole syrien, Daech tire entre un et trois millions de dollars de revenus quotidiens (Crédits : Bpifrance)
La tâche est délicate, en raison de la multiplicité des sources de revenus de l'organisation terroriste et de l'absence de coordination entre les pays.

La lutte contre Daech ne se mène pas seulement sur le terrain militaire. Une lutte pour empêcher son financement est également engagée. Son financement ? Plutôt faudrait-il évoquer ses financements compte tenu des nombreuses sources de revenus dont dispose l'organisation terroriste.

Même si les estimations précises sont délicates, les experts arrivent approximativement à évaluer ces ressources. Outre le pillage des coffres de la banque centrale de Mossoul en juin 2014, qui lui a rapporté environ 500 millions de dollars, citons parmi ces sources de revenus la contrebande de matières premières (pétrole, coton, phosphates, blé), les recettes tirées de la vente de produits contrefaits (cigarettes, articles textiles...), le zakat, un financement communautaire transféré via le hawala, notamment, ou encore le « mécénat » discret de quelques grandes fortunes du Golfe, notamment par le financement d'organisations "humanitaires". A elle seule, la vente de barils de brut syrien des champs pétrolifères de Deir-ez-Zor rapporterait entre 1 et trois millions de dollars par jour à l'organisation terroriste.

Daech fonctionne comme une entreprise

" De ce point de vue, l'Etat islamique applique les mêmes règles que n'importe quel projet économique, il diversifie ses sources de revenus ", explique le rapport de Thomson-Reuters intitulé Islamic State : the economy-based terrorist funding rédigé par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez.

Cette stratégie marche. Selon leurs estimations, Daech est assis sur un tas d'or dont la valeur est estimée à 2,9 milliards de dollars, faisant de l'EI l'organisation terroriste la plus puissante financièrement. Ces réserves lui permettent de salarier ses troupes ! Les 50.000 à 60.000 soldats de l'EI touchent une  solde estimée chaque mois à 450 euros.

Un casse-tête pour identifier et démonter les trafics

Pour les pays qui luttent contre Daech, détecter traquer et supprimer cette multiplicité des sources de revenus est un casse-tête. Lui couper les vivres est une tâche délicate, encore plus délicate que dans le domaine militaire où la coordination entre les pays de la coalition est déjà complexe. Lors du G20, Vladimir Poutine a mis les pieds dans le plat en expliquant que plusieurs pays de l'organisation permettaient à Daech de se financer en fermant les yeux sur les trafics en cours.

Dans son viseur, à mots couverts ? La Turquie, qui organise le G20, et à qui les membres de la coalition anti-Daech reproche la porosité de ses frontières. Avant le président russe, Michel Sapin, le ministre des Finances avait déclaré lundi que la France voulait " des décisions concrètes en matière de lutte contre le financement du terrorisme ".

Que peut faire le gouvernement sur le sol national ? La lutte contre la contrefaçon est renforcée, tout comme la traque par Tracfin des transferts d'argent liquide suspects, qui contournent les banques, produit des recettes des petits trafics. Mais, comme le reconnaît Tracfin dans son rapport annuel 2014 le combat est ardu, en raison de la modestie des sommes échangées, souvent inférieur à 1.000 euros.

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Commentaires
a écrit le 18/11/2015 à 17:19 :
On parle un peu trop d'argent, il ne me semble pas bien coûteux d'acheter une AK47 et un couteau, cette organisation peut très bien vivre sur la bête sans subsides.
a écrit le 18/11/2015 à 16:55 :
On connaît la manoeuvre : mettre une zone en grande difficulté puis venir la sauver... contre avantages qui seront bien volontiers honorés par celui que l'on aura posé sur le trône. Classique. Si la mise en oeuvre peut se trouver complexifiée par nécessité de brouillage, la finalité est toujours la même. Dès lors la question du titre de cet article est déviée. La bonne question est : "Veut-on ?" et non "Peut-on ? La réponse est Non. La volonté est d'unifier la zone arabique en faisant semblant de limiter cet impact à la Syrie pour différentes raisons géopolitiques anciennes. Assad est donc presque un détail et les bombardements qui s'activent un pis-aller. Au reste l'insistance à sa démission demandée par la France, alors que l'on sait ce qu'a donné celle de kadhafi ou celle de Saddam, comme d'autres, est hautement signifiante : organiser le chaos. La question financière de l'état islamique fait alors sourire puisque tout le monde le finance ou le laisse financer tout en déclarant le combattre. Le temps n'est pas encore venu de mettre la famille Saoud à la tête de ce petit empire en devenir et de lui présenter l'addition. Triste, oui, triste.
a écrit le 18/11/2015 à 16:27 :
Si le pétrole rapporte autant à Daech, pourquoi ne bombarde-t-on pas les puits ?
Réponse de le 18/11/2015 à 19:14 :
Pas utile de bombarder les puits directement, mais les points d'approvisionnement et les camions citernes!
Accélération dans ce sens depuis une quinzaine de jours.
Réponse de le 18/11/2015 à 20:46 :
Les américains (et les russes...) veulent les récupérer les puits !
a écrit le 18/11/2015 à 16:18 :
oui, il suffit de les faire diriger par Hollande et sa clique de bras cassés.
en peut de temps, leur économie sera par terre.
a écrit le 18/11/2015 à 13:20 :
Dans le viseur de Poutine, selon vous : "La Turquie, qui organise le G20, et à qui les membres de la coalition anti-Daech reproche la porosité de ses frontières."

Curieusement, votre article me mentionne ni l'Arabie saoudite ni le Qatar, qui pourtant sont pour Daech des alliés aussi précieux que la Turquie... On ne risque pas de résoudre le problème des ressources financières des terroristes si, comme vous le faites, on s'empresse d'en oublier la moitié.
Réponse de le 18/11/2015 à 14:02 :
Et à quoi bon mentionner l'Arabie saoudite et le Qatar ? ces deux pays sont amis de la France, investissent énormement dans notre pays et nous procurent autant de joie, d'allégresse. Il faut arrêter de pointer du doigt à nos amis, cela favorise la politique insidieuse de Vladimir Poutine et du KGB dans notre pays, pensez-y.
Réponse de le 18/11/2015 à 16:34 :
Curieusement, l'article le mentionne, avant même la Turquie:

>
> le « mécénat » discret de quelques grandes fortunes du Golfe
>

on ne risque pas de résoudre les problèmes, si, comme vous le faites, on ne lit dans les articles que ce qu'on voudrait bien y trouver.

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