Peut-on gérer la croissance effrénée des data centers du Grand Paris ?

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Les data centers vont prendre le quart de la demande d'énergie à venir de la métropole
Les data centers vont prendre le quart de la demande d'énergie à venir de la métropole (Crédits : IAU IDF)
Les data centers du Grand Paris consommeront en 2030 autant qu’un million d’habitants. Mais on n’anticipe pas leur croissance ultra rapide, des déséquilibres structurels forts apparaissent et la saturation s’approche très vite. Pourtant, ils sont vitaux pour le développement numérique.

L'Ile-de-France a quelque chose d'un paradis. Du moins pour les data centers. On y trouve en effet un foncier encore très abordable, une situation géographique à l'abri des risques naturels, une alimentation électrique de qualité à prix attractif pour les industriels, tout cela dans une région économiquement forte. Toutes les conditions requises pour les data centers.

Plaine Commune, dans le nord de Paris, est ainsi devenu le paradis des paradis puisque, selon Daniel Thepin, auteur d'un rapport pour l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Ile de France, "il s'agit de la plus forte concentration de data centers en Europe sur un territoire". Certes Paris intra-muros et la Défense en comptent beaucoup mais du côté d'Aubervilliers, Saint-Denis ou Villetaneuse, ça explose. On en recense aujourd'hui une quinzaine, sur une surface de 180.000 m2.

Les raisons? Puissance de l'alimentation électrique, autrefois installée pour répondre aux besoins de l'industrie lourde, selon Daniel Thepin, bonne desserte en infrastructure de transport, accès direct aux grandes artères du réseau Internet, foncier disponible à un coût abordable et, bien sûr, proximité des grandes concentrations de clients potentiels des data centers. Notamment, des grands acteurs du numérique de la Plaine Saint-Denis. Souci : ça sature. Tant du point de vue de l'alimentation électrique que de la disponibilité foncière.

A Aubervilliers, le data center consomme autant que la ville.

Certes des implantations sont prévues dans le sud de la métropole à moyen terme mais pour l'instant elles n'absorberont pas l'augmentation annoncée de la demande : en 2030 les data centers de la métropole auront besoin d'autant d'électricité qu'une ville d'un million d'habitants.

Déjà, une ville comme Aubervilliers a vu sa consommation d'électricité doubler à cause des data centers. A la Courneuve, 39 000 habitants, le nouveau data center consomme l'équivalent d'une ville de 50 000 habitants. Mixité de l'énergie ou pas, ces data centers ont avant tout besoin de "la disponibilité sur le site d'accueil potentiel d'une forte puissance d'alimentation électrique, sécurisée et bon marché."

 Et cela d'autant plus que, la demande étant croissante, "les data centers ont tendance à surévaluer leurs besoins pour anticiper leur croissance et réservent de la capacité auprès d'ERDF et cette sur-réservation pose problème car ERDF ne peut plus commercialiser ces puissances qui, réservées à peu de frais, ne seront pas forcément consommées". Des déséquilibres structurels menacent, les data centers devant représenter  à eux seuls le quart de l'augmentation des besoins en énergie du Grand Paris, soit à peu près 1 000 MW supplémentaires pour eux seuls d'ici 2030.

Un réel problème de décision politique

Pour une région qui importe plus de 90% de l'électricité qu'elle consomme, il va falloir réaménager fortement les réseaux et les implantations. Bougrement compliqué car fournir en énergie dans des lieux où le foncier est encore abordable, loin du centre de la métropole, des data centers d'au moins 10.000 m2 qui consomment autant que 50.000 habitants, n'est pas encore pas tout à fait planifié par l'opérateur historique.

Les data centers sont en tout cas en train de poser un véritable problème à la gestion métropolitaine : l'implantation de nouveaux postes sources est un aménagement lourd, les délais de mise en œuvre sont très conséquents,"puisqu'il peut s'écouler jusqu'à dix ans entre la prise de décision et la mise en service de ces équipements alors qu'il faut trois ans pour construire un data center", souligne Daniel Thepin.

Data Centers Parks ?

Ou installer ces data centers pour éviter les inégalités territoriales ? L'Essonne semble être la meilleure réponse pour l'instant. Mais cela ne suffira pas. En outre, qui prendra les décisions politiques d'implantation? Ces data centers sont vitaux pour le développement économique mais comme ils sont moches (très moches !), il ne créent que très peu d'emplois directs, rapportent peu fiscalement, et sont énergivores. Reconvertir un ancien site industriel en "Data Centers Park" ? Cela n'a jamais fait rêver un élu local.

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Commentaires
a écrit le 12/05/2015 à 16:43 :
Article très intéressant. Il faut proposer aux architectes de réhabiller tous ces data centers très moches...
a écrit le 11/05/2015 à 9:23 :
Pour en savoir plus sur les data centers, consultez en ligne l'analyse de Daniel Thépin, chargé d'étude à l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Île-de-France : Les data centers franciliens : un essor sous contraintes ? http://www.iau-idf.fr/savoir-faire/nos-travaux/edition/les-idata-centersi-franciliens-un-essor-sous-contraintes.html
a écrit le 09/05/2015 à 11:28 :
"récupération de chaleur dans un circuit de chauffage urbain"

c'est ce que fait deja Copenhague depuis tres longtemps ; la ville qui émet le moins de CO2/habitant au monde. Les chinois sont tres intéressés par le savoir faire des Danois d'ailleurs.
problème : le cout exorbitant des infrastructures (reseau de conduites)
a écrit le 08/05/2015 à 19:32 :
ils produisent de la chaleur 24h/24 ils pourraient transformer tout ça en électricité, EDF devrait être intéressé !
Réponse de le 08/05/2015 à 20:26 :
S'ils transforment la chaleur en électricité, ils se moquent d'EDF, ils alimentant une partie de leurs installations avec cette électricité de récupération. A voir de quelle façon, le rendement (pour améliorer le rendement, l'eau dans les centrales nucléaires est très très chaude(300°C ?), sous 150 bars pour éviter qu'elle ne bouille (les bulles = pas bon du tout))
Y aurai aussi moyen de chauffer les habitations du voisinage, des serres pour des cultures, plus rentable de refaire du courant. Le chauffage urbain à Paris, y a une installation qui a fermé (vétuste ? Manque de clients ?).
Réponse de le 08/05/2015 à 21:59 :
Gênant, Photo : cela ferait que nous aurions besoin de moins d'électricité, soit : une baisse de chiffre pour EDF.
a écrit le 08/05/2015 à 16:47 :
Pourquoi ne pas simplement les mettre ailleurs qu en region parisienne ?
il y a d autres regions ou l electricite est dispo (et en plus le foncier bien moins cher)
Réponse de le 08/05/2015 à 20:29 :
Dommage qu'ils n'aient pas un projet couplé Data Center/Serres de culture de sais pas quoi, économies de chauffage pour les cultivateurs par valorisation de l'énergie évacuée. Par contre, le besoin en été est moins évident à gérer.
a écrit le 08/05/2015 à 15:17 :
Si on installe un datacenter en zone urbaine dense, il faut imposer la récupération de chaleur dans un circuit de chauffage urbain. On n peut pas se plaindre des problemes de consommation énergétique, de réchauffement climatique, et passer a coté de ces opportunités. A confirmer par des études techniqus,évidemment ...
Réponse de le 08/05/2015 à 21:44 :
Effectivement, Rufus, cela "tombe" sous le sens. Autre chose qui "tombe" sous le sens : un PRODUCTEUR d'énergie n'est pas là pour faire des ECONOMIES d'énergie. Sinon, il se tire une balle dans le pied... L'écologie ne consiste PAS à faire des économies d'énergie : mais profiter des profits qu'elle génère. Le parti "écologie" n'est pas à gauche, que je sache...
Réponse de le 08/05/2015 à 23:06 :
@yvan : les ampoules à économie d'énergie (mais au bilan plus lourd pour le particulier, prix + durée de vie aléatoire et optimiste + faibles économies de courant), c'est orienté "producteur", pour que les petites économies d'énergie à fournir fasse des grands fleuves chez le producteur. Les aspirateurs et électroménager économes aussi.
a écrit le 08/05/2015 à 12:30 :
Quelles solutions vont trouver nos "politiques"
1) taxer les réservations de Kwh , taxer la surface des data center, taxer, la puissance consommée,etc.... et cette économie périclitera
2) mettre les data centers dans les régions, qui exportent de l électricité comme Rhone Alpes et créé(investir) des réseau nationaux fibre noire très trés haut débit (10 Gb), personne ne verra la différence., l' économie se développera
Quelle solution sera choisie à votre avis en France socialiste ?
Réponse de le 08/05/2015 à 14:14 :
Que voulez vous dire avec ces mots "l'économie...".
Un data center ça n'emploit quasiment personne et ça sert surtout à balancer de la publicité. Par contre ça coûte énormément d'énergie. J'ai du mal à voir la contribution à la société.
Réponse de le 08/05/2015 à 14:23 :
Venir en Maurienne serait déconseillé, on a déjà les raffineurs d'aluminium qui consomment 99% de l'énergie électrique disponible (lignés spécialisées), l'électrolyse de la bauxite, c'est très énergivore.
Les British s'inquiètent de la saturation des fibres optiques, dans 6-7 ans, blocage à prévoir chez eux (trop de VOD, trop de modernisme numérique, vivent les DVD en galette, ça ne consomme pas la bande passante).
a écrit le 08/05/2015 à 12:27 :
Ils peuvent faire rêver l'élu si l'on peut récupérer la chaleur pour un réseau de chaleur urbaine ou des équipements publics...
Réponse de le 11/05/2015 à 9:19 :
C'est le cas à Serris en Seine-et-Marne où l'eau du circuit de refroidissement d'un data center est utilisée pour chauffer les bassins du centre aquatique situé à une centaine de mètres.

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