Plan d'urgence contre le chômage : vers la "régionalisation" de Pôle emploi ?

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Philippe Richert président (LR) de l'Association des régions de France souhaite une "régionalisation" de Pôle emploi. Les syndicats s'y opposent.
Philippe Richert président (LR) de l'Association des régions de France souhaite une "régionalisation" de Pôle emploi. Les syndicats s'y opposent. (Crédits : REUTERS)
Les présidents de régions ont rendez vous le 2 février avec le Premier ministre pour lancer le plan de formation des 500.000 chômeurs. Pour ce faire, ils réclament une "régionalisation" de Pôle emploi... dont ne veulent pas entendre parler les syndicats... qui menacent.

Ca commence déjà à ruer dans les brancards! Les acteurs de la formation professionnelle veulent être entendus sur la mise en oeuvre du plan d'urgence pour la formation de 500.000 chômeurs, annoncé le 18 janvier dernier par le président de la République. .. Mais derrière cette question se cache une polémique à venir: la régionalisation potentielle de Pôle emploi.

De fait, afin d'amorcer le grand plan de formation souhaité par François Hollande, les présidents de régions, réunis au sein de l'Association des régions de France (ARF), ont rendez-vous demain mardi 2 février avec le Premier ministre puis avec le président de la République.

Au menu de cette réunion: à partir de 10h, une première table ronde portera sur l'emploi, l'apprentissage et la formation. Les préfets de régions seront également présents. Puis une seconde table ronde doit ensuite être consacrée au développement économique.

L'ARF, maintenant présidée par le président (parti "Les Républicains") de la région Grand Est, Philippe Richert, a des idées très arrêtées sur ce qu'il convient de faire pour mettre en oeuvre le plan. D'abord, les régions ne veulent surtout pas que ces nouvelles formations se déroulent en parallèle des actions de formation déjà menées par les régions, elles réclament donc "l'unification du processus de commande de formation pour les chômeurs sous le pilotage des Régions".

Les régions veulent piloter Pôle emploi

Surtout, les régions demandent aussi "le pilotage du service public d'accompagnement vers l'emploi au-delà des dispositions de la loi NOTRe ( nouvelle organisation du territoire de la République, qui a fixé les nouvelles compétences des collectivités locales, avec le transfert aux régions des subventions versées par l'Etat aux organismes concernés (crédit budgétaires et Fonds social européen)".

Concrètement, les régions reviennent donc à la charge en demandant à l'Etat de leur confier la responsabilité de la gestion de... Pôle emploi. Un point qui leur avait été refusé lors de la discussion de la loi NOTRe, l'Etat souhaitant garder l'unité au niveau national de Pôle emploi et refusant de créer autant de Pôle(s) emploi qu'il y a de régions... Un faux problème pour le président (PS) de l'ARF à l'époque, Alain Rousset, président de la région Aquitaine, qui estimait que c'était un "leurre" de croire que la politique de Pôle emploi était la même sur l'ensemble du territoire.

Les régions sont d'autant plus incitées à réclamer la "régionalisation" de Pôle emploi, que, le 18 janvier, en présentant le plan d'urgence contre le chômage, François Hollande s'était dit "prêt à modifier la loi" s'il le faut...

La CFDT menace...

Reste que cette revendication de l'ARF ne plaît pas du tout aux partenaires sociaux. Ainsi, dans un communiqué assez virulent, Veronique Descacq, secrétaire générale adjointe de la CFDT, estime que "pour l'emploi, il faut jouer collectif" et que "l'Etat, les Régions et les partenaires sociaux ont la responsabilité collective de travailler en partenariat pour rendre ce plan opérationnel"

Aussi la CFDT "regrette la décision d'exclure les partenaires sociaux de la réunion du 2 février... C'est un mauvais signal adressé aux citoyens".

Par ailleurs - et elle n'est pas le seul syndicat - la CFDT réaffirme son opposition à la régionalisation de l'emploi, "a fortiori la régionalisation de Pôle emploi (... ). Cela ferait courir des risques de rupture d'égalité au regard des moyens, voire des objectifs politiques des régions".

Et la CFDT, qui détient la vice-président de l'Unedic, l'organisme qui gère l'assurance chômage, de menacer.... Alors que l'assurance chômage finance les deux tiers du budget de Pôle emploi, "si les régions réclamaient la régionalisation de Pôle emploi, il faudrait qu'elles en tirent toutes les conséquences en matière de financement".

De fait, l'Unedic est le premier contributeur au budget de Pôle emploi avec un financement à hauteur de 64 % du budget de l'organisme. Pour ce faire, l'Unedic prélève 10% du produit des cotisations chômage pour les verser à Pôle emploi, soit environ... 3 milliards d'euros par an.

Cette participation de l'Unedic a été prévue par convention quand, en 2008, l'ex-ANPE a fusionné avec les Assedic pour créer Pôle emploi. Il n'est juridiquement pas certain que l'assurance chômage puisse se libèrer de cette obligation en cas de régionalisation de Pôle emploi mais la CFDT espère que la menace potentielle jouera en faveur du maintien d'un Pôle emploi "national".

Qui aurait imaginé que le lancement d'un plan de formation d'urgence en faveur des chômeurs provoquerait de tels remous?

Partenaires sociaux et régions se retrouvent dans quinze jours

En tout état de cause, pour désamorcer un éventuel conflit, à Matignon, on précise que la réunion du 2 février ne donnera lieu à aucune décision et qu'il s'agit simplement d'un tour de table. D'ailleurs, dans une quinzaine de jours, une nouvelle réunion réunira autour de la ministre du Travail, Myriam El Khomri, les présidents de régions et les partenaires sociaux pour évoquer concrètement la mise en place du plan d'urgence. En attendant, la ministre du Travail reçoit dès ce soir Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi...toujours pour désamorcer.

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Commentaires
a écrit le 02/02/2016 à 20:51 :
Pourquoi avons en France une reprise bien plus molle que dans le reste de 'Europe ? -Parce que nous ne cessons de trébucher devant des partenaires sociaux qui ne pensent trop souvent qu'à leur structure et ce qui s'en suit, au lieu de penser avec pragmatisme à l'évolution de nos sociétés.
a écrit le 02/02/2016 à 18:08 :
Régionalisation: une piste à explorer... on à bien découvert que les demande du parc immobilier était spécifique.
Un rêve : que les recruteurs consultent en masse les CV du site de pôle emploi (d'un point de vu mentalité ça ne se fait pas; de plus on préfère les clônes)
a écrit le 02/02/2016 à 15:15 :
Pour ceux qui veulent un taux d'emploi maximum en France, la régionalisation est une bonne chose. Les régions Languedoc et Ile de France par exemple ont des manques depuis longtemps pour accompagner le boom de l'aéronautique. Mais, il est vrai que cela fera automatiquement une France à plusieurs vitesses, ce qui est logiquement la peur de syndicats.
Seule une discussion France et sans tabous entre ces parties permettra d'évoluer positivement pour le bien du plus grand nombre. Par ailleurs, le pôle emploi n'arrivera pas vraiment à évoluer positivement avec, notamment, des réformes de la formation qui, jusque là, n'ont pas réellement rempli leur principal rôle : accompagner les non et les peu diplômés!...
a écrit le 02/02/2016 à 12:58 :
Il convient de mesurer le chômage en relatif des emplois privés, ceux des fonctionnaires étant garantis. Il appartient à la Presse de donner ce chiffre -à faire peur- régulièrement pour sanctionner la réalité vécue par une large partie des français. Pour le reste, une régionalisation du PE est une très mauvaise chose alors que privatiser l'organisation en serait une bonne. Pourquoi ? On fixe à PE des objectifs politiques qui ne sont pas de son ressort : placer des handicapés, réinsérer les éléments faibles, etc. De tout cela, ajouté à un esprit admistratif lent de fonctionnaire comme d'un manque fantasmé de moyens qui cache celui d'une réelle volonté, résulte une perte de temps et de confiance pour les entreprises. Vécu comme le pivot des structures d'emploi, l'organisation parasite au surplus toute autre organisation privée. De sorte qu'aucun résultat ne sort d'un tel processus. Privatiser PE revient à une attitude de normalisation des rapports avec un éveil de chacun face à la problématique, en deux mots : la fin d'un pseudo état providence qui tire en réalité le pays et l'emploi vers le bas. L'Etat doit consacrer ses efforts à l'organisation générale et non à l'exécution. Il en va de même pour la formation, les écoles, lycées et universités comme bien d'autres domaines. Il est étonnant par exemple que l'on ne rende pas un député responsable du chômage... car de tels écrans existent. Les choses iraient beaucoup mieux si ce n'était pas le cas.
Réponse de le 02/02/2016 à 14:08 :
Corso, il y a eu des privatisations de PE dans d'autres pays et cela n'a aucunement conduit a une amélioration des résultats...
Les objectifs que vous donnerez a ces structures pourront étre contourner et cela coutera encore plus cher...
Il existe déja des agences privées pour l'emploi et elle ne sont pas plus efficace.
Il faut largement optimiser pole emploi au niveau régional pour corréler "le manque d'emploi dans certain secteur" avec l'expertise des regions sur la "formation des chomeurs" et surtout arrétez les doublons.
Réponse de le 02/02/2016 à 17:38 :
80 à 90% des salariés de Pôle-emploi sont de droit privé: c'est comme cela depuis la fusion ANPE/ASSEDIC.
Régionaliser PE c'est mettre les politiques de l'emploi sous la Coupe de Région qui n'ont pas plus sut trouver des solutions au chômage à ce jour que l'Etat.
C'est aussi Favoriser des Régions par Rapport à d'autres: L'ile de France aura t elle le même financement de celui de la Creuse ou de la Réunion ?
C'est aussi favoriser le clientélisme et la main tendue ainsi que le recrutement des amis et alliés en dehors de toutes compétences: un peu ce qui est fait dans les Régions à l'heure actuelle quoi !
a écrit le 02/02/2016 à 10:37 :
On parle d’un chômage élevé chez les diplômés, ne devrait-on en réseau examiner les raisons de la sous qualification ? Par exemple des maîtrises seraient employés à mi-temps à des emplois inutiles. Ne fait-on pas un chômagisme ridicule, il existerait de vraies fausses entreprises ?
a écrit le 02/02/2016 à 10:33 :
Il existe des témoins en ligne qui disent que le chômage serait plus élevé de 15%, ne devrait-on en vertu de Lisbonne augmenter le taux d’emploi ?
a écrit le 02/02/2016 à 10:20 :
Salariés et précaires, actifs sans statuts fonctionnaires ni rentes de niches mobilisez pour la défense de l’emploi. N’est-il pas indécent de devoir passer sa vie à postuler pour des emplois d’un mois ?
a écrit le 02/02/2016 à 10:13 :
Ne fait-on pas dans l’Europe des vieilles pots en record de chômage c chez les plus défavorisés soit les plus jeunes, par exemple ne compte-t-on pas 50% des pauvres qui ont moins de 30 ans et on fait des dettes pour les retraités… Ne tape-t-on pas sur les plus fragiles et les moins expérimentés ?
a écrit le 02/02/2016 à 10:07 :
On déclare des salariés inaptes de manière arbitraire, on parle de pénibilité, on aurait de la maltraitance au travail ? Ne devrait-on protéger ces salariés et fournir une indemnité et sanctionner ces comportements, on ferait en Europe dans la mort au travail, est-ce un régime fondé sur la cruauté ?
Réponse de le 02/02/2016 à 14:02 :
la solution dans ces cas la s'appelle les prud'hommes....
a écrit le 02/02/2016 à 10:02 :
On trouve des témoignages de salariés qui ont subi des maltraitances au travail, par exemple des cdd perpétuels sans indemnités de chômage. N’avons-nous pas des cas à indemniser. On met des salariés en Etat de stress permanent et de panique pour s’en débarrasser. Les salariés sans statut ou rente spécifique, voire les pré-retraités qui n’ont pas de retraite complète alors qu’il faut payer pour des fonctionnaires, pourraient se défendre et ne devrait-on éviter de tels traitements en préventif.
a écrit le 02/02/2016 à 9:54 :
La CFDT a raison sur un point : en cas de régionalisation de Pôle emploi, il faudra en tirer les conséquences en terme de financement ! Mais pas de la façon dont ils l'entendent ! Non, ce n'est pas la CFDT qui va contrôler les finances régionales, mais bien un véritable transfert de ressources qui doit être réalisé !
a écrit le 02/02/2016 à 9:51 :
Pour la question du chômage, on parle de radiations. Dans le monde seule l’Europe compte autant de chômage et aussi peu de croissance. Sachant la difficulté de trouver un emploi, on pourrait proposer une pétition. Comment justifier qu’il n’existe pas de plein emploi et de retour à la croissance. Des allocations seraient retirées en cas de recherche d’emploi… On compte en Europe de nombreux jeunes sans emplois, voire sans droits, est-ce normal ? Il y aurait 60% de diplômés chômeurs, on proposerait à des diplômés des emplois non qualifiés voire des stages non rémunérés, en réseau diplômé ne devrait-on empêcher cela ? L’Europe ne doit-elle pas être déclarée inapte en termes de croissance ?
a écrit le 02/02/2016 à 9:18 :
Le financement est un faux problème!!! La CFDT me déçoit sur ce point la. Il suffit juste de donner à chaque pole emploi regionaux le financement proportionnel aux nombre de chomeurs qui l'a a traités!!! De plus il faut que les régions soit seul maitre d'oeuvre dans la formation des chomeurs.
Il existe tellement de doublons dans les differentes strates (mairie, departement, pole emploi) que c'est lenfer administratif pour le chomeur ayant besoin d'une formation...
Les syndicats s'attachent à garder leurs parcels de pouvoirs alors qu'ils le gerent trés mal!!! Pauvre france
a écrit le 02/02/2016 à 2:39 :
Le chômage est-il un problème politique ? C'est à dire que les politiques auraient le pouvoir de résoudre ? Les armes à leur disposition, la réglementation et le budget auraient-elles le pouvoir de créer des emplois ? La réponse est évidente : dans la limite du budget, oui, au delà , non, c'est à dire en quantité insuffisante.
Au mieux, ils peuvent mettre en place les conditions qui permettront ou non l'économie de prospérer et la résorption ou non du chômage. Ils peuvent s'attaquer aux conséquences sociales du chômage dans la limite de leurs capacités économiques.

a écrit le 01/02/2016 à 17:52 :
Ca peut avoir du sens de décentraliser car c'est lié aux actions de dynamisation de l'économie, à condition d'avoir un mécanisme de financement cohérent ; il ne s'agit pas de refaire le coup du RSA. La bonne source de financement de Pôle Emploi c'est l'IS mais l'IS n'est pas régionalisable. Il faut donc trouver l'unité d'activité qui a du sens c'est à dire qui finance une région qui a réellement besoin d'effectifs à Pole Emploi...à condition que ces effectifs atteignent effectivement leur objectif. Par exemple rémunérer Pole Emploi par région en donnant un montant normé par transformation réussie d'un chômeur déclaré en travailleur...
a écrit le 01/02/2016 à 17:50 :
Il serait opportun de compter le nombre de "plan d'urgence" contre le chômage qu'il y a eu depuis ces trente dernières années.
a écrit le 01/02/2016 à 17:49 :
Mais ce n'est pas possible,d'avoir des interlocuteurs syndicalistes aussi stupides!!!
Pour éviter des déménagements,des éloignements,des contraintes familiales et autres desagreements,l'emploi régional reste à privilégier,d'autant que chaque région ayant sa spécificité Economique,fournira la main d'oeuvre qualifié et opérationnelle immédiat.
avec de tels raisonnements,il est normal d'avoir un désert Economique,géré par des personnels étatiques sans aucune responsabilité,car l'initiative comporte des risques,à surtout ne pas prendre;
alors le chômage est la solution ad vitem!!!
Réponse de le 02/02/2016 à 8:37 :
Je suis d'accord avec vous, la CFDT officine créée par le PS s'est toujours fait remarquer par ce genre d'attitude (dans mon entreprise aussi). Je suis pour une vraie décentralisation, avec la création de vraies régions (des gouvernements régionaux). Ce qui multiplierait par 20 ou 30 les budgets des régions actuelles qui n'en sont pas. L'hyper centralisation casse la dynamique économique et met un pouvoir excessi dans elsmaisn des énrauies qui ne soptn aps de sgens foerm ! De plus il faut supprimer le système napoléonien des préfectures, les préfets de région ont trop de pouvoir et d'argent alors qu'ils ne sont pas élus et n'ont aucune compétence économique, comme leurs services.
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a écrit le 01/02/2016 à 17:49 :
Mais ce n'est pas possible,d'avoir des interlocuteurs syndicalistes aussi stupides!!!
Pour éviter des déménagements,des éloignements,des contraintes familiales et autres desagreements,l'emploi régional reste à privilégier,d'autant que chaque région ayant sa spécificité Economique,fournira la main d'oeuvre qualifié et opérationnelle immédiat.
avec de tels raisonnements,il est normal d'avoir un désert Economique,géré par des personnels étatiques sans aucune responsabilité,car l'initiative comporte des risques,à surtout ne pas prendre;
alors le chômage est la solution ad vitem!!!

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