Réforme du code du travail : les Français affichent un grand scepticisme

 |   |  834  mots
Dans un sondage exclusif BVA/ La Tribune sur le projet de réforme du Code du travail,  53% des Français disent leur opposition à l'extension du CDI de projet. Il sont seulement 42% à estimer qu'une telle réforme permettra de diminuer le chômage.
Dans un sondage exclusif BVA/ La Tribune sur le projet de réforme du Code du travail, 53% des Français disent leur opposition à l'extension du CDI de projet. Il sont seulement 42% à estimer qu'une telle réforme permettra de diminuer le chômage. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
Un sondage exclusif BVA / "La Tribune" montre le grand scepticisme des Français face au bien-fondé de la réforme du Code du travail. Ils sont 69% à penser que cela n'aura pas d'effet sur l'emploi et 56% sont opposés au plafonnement des indemnités prud'homales. En revanche, la généralisation du référendum d'entreprise est bien accueillie.

Les Français sont-ils favorables à la réforme du droit du travail ? Ont-ils des doutes sur son utilité ? Approuvent-ils certains points alors qu'ils en rejettent d'autres ? C'est pour mieux comprendre le sentiment des Français, alors que le projet de loi d'habilitation visant à réformer le Code du travail a été présenté le 28 juin que, dans le cadre de leur partenariat, l'institut BVA et La Tribune ont réalisé une enquête exclusive sur le sujet*.

Globalement, les résultats laissent percevoir un certain scepticisme des Français, même si leur degréd'adhésion varie énormément selon les mesures envisagées.

Une réforme du Code du travail très clivante

Ainsi, à première vue, d'une manière générale et lorsque l'on ne rentre pas dans le détail, près des deux-tiers (63%) des Français se disent favorables à une réforme du Code du travail, alors que seul un gros tiers (36%) y est opposé. Mais le sujet s'avère politiquement et sociologiquement très clivant. Les personnes âgées (79%), les sympathisants En Marche ! (90% !), les sympathisants de la droite (82%) se montrent particulièrement enthousiastes. Ce qui est aussi le cas des catégories socioprofessionnelles « supérieures » (70%). Mais, à l'inverse, une majorité d'employés et d'ouvriers (52%) est en désaccord, tout comme les sympathisants de gauche (63%), notamment ceux qui se sentent proches de la France Insoumise (74%). Pour leur part, les proches du Front National se montrant divisés avec 52% de « pour » et 47% qui y sont opposés.

A noter que parmi les personnes favorables à une réforme du Code du travail, 53% estiment cependant que c'est un sujet important... mais pas prioritaire.

Si l'on entre dans le détail, les lignes de fracture et le scepticisme sont encore plus flagrants.

Un "Oui" très franc au référendum d'entreprise....

Deux mesures recueillent une large approbation. D'une part, le développement de la consultation directe des salariés d'une entreprise pour valider un accord (78%). Un résultat qui a l'air de signifier que les Français seraient plutôt favorables au droit pour l'employeur de recourir directement au referendum en "contournant" les syndicats, quand ils existent dans l'entreprise. Faut-il voir dans ce degré d'approbation des Français une méfiance face au « fait syndical » ? D'autre part, la fusion du comité d'entreprise, des délégués du personnel et du CHSCT fait également consensus (69%). Ces deux mesures sont d'ailleurs également souhaitées par une majorité d'employés et d'ouvriers ainsi que par les sympathisants de gauche (55%).

... mais un "Non" massif au plafonnement des indemnités prud'homales

En revanche, décidément une mesure ne « passe pas », c'était déjà le cas lors de la première version de la loi El Khomri en 2016 : le plafonnement des indemnités prud'homales en cas de licenciement abusif. 56% des sondés sont opposés à un tel plafonnement prévu de nouveau par le projet de loi. Il en va de même de l'idée d'étendre le CDI de projet, ce contrat de travail qui peut être automatiquement rompu dès que le salarié embauché a rempli sa mission. 53% des sondés sont contre le développement de ce type de contrat.

Sur ces deux mesures, on retrouve une opposition frontale des sympathisants de gauche (73% contre le CDI de projet et 85% contre le plafonnement des dommages et intérêts) mais aussi dans une moindre mesure des sympathisants FN (56% et 63%). Les ouvriers et employés y sont également opposés (67% et 72%). Seuls les cadres et les personnes de plus de 65 ans se distinguent par leur approbation majoritaire.

Les Français ne croient pas à un effet bénéfique sur le chômage

Par ailleurs, une forte majorité de 69% de Français se montrent sceptiques sur les effets positifs qu'une réforme du code du travail pourrait avoir sur l'emploi. Certes, les deux tiers (66%) estiment que cela peut permettre d'améliorer la compétitivité des entreprises mais seuls 42% considèrent que la réforme permettrait de diminuer le chômage. Encore une fois, seules les personnes âgées de plus e 65 ans (56%) et les cadres (60%) sont convaincus à l'inverse que l'effet serait bénéfique sur le taux de chômage. En revanche, ce n'est pas du tout le cas chez les ouvriers (71%), les sympathisants de gauche (84%) et les proches du FN (62%).

85% des Français estiment également que la réforme du Code du travail permettra de mieux répondre aux attentes des employeurs, alors que 36% seulement pensent que cela sera favorable aux salariés...

Enfin, la forme utilisée par le gouvernement pour faire adopter la réforme, c'est-à-dire le recours aux ordonnances, n'est approuvée que par 40% des sondés.

Bien entendu, on verra à la rentrée comment l'appréciation des Français va évoluer, une fois connu le contenu exact des ordonnances, très certainement le 20 septembre.

___

(*) Enquête réalisée auprès d'un échantillon de 1.104 personnes recrutées par téléphone puis interrogées par Internet du 4 au 5 juillet 2017.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/07/2017 à 11:03 :
La réforme de code du travail est une des mesures les plus nécessaire.
Mais il faut arriver à la faire , sans trop de dégâts où elle sera contre productive.
Le fond mais aussi la manière d'y parvenir sont toutes aussi importantes afin de ne pas se retrouver dans une France bloquée et fracturée pour longtemps.
Ce sera le chantier école du quinquennat , les autres chantiers suivront où ne suivront plus.
Les extrémistes vont hurler, mais arriveront-ils à entraîner toute la France active derrière eux?
Si le c'est l'échec, le quinquennat sera abîmé et la France pourra se préparer à des lendemains qui déchanteront pour longtemps, la violence pourrait bien être au tournant car le dialogue social sera enterré.
Réponse de le 07/07/2017 à 15:46 :
Arrêtons de raconter n'importe quoi et de prétendre qu'avec la réforme du code du travail on va vivre au paradis : il y a 40 ans, le code du travail était beaucoup plus rigide, et 95 % des personnes avaient un CDI : pourtantil n'y avait pas de chômage. (2 %environ)?

En 1995 , on a supprimé l'autorisation adminstrative de licenciements :
M. GATTAZ père, avait prétendu qu'on crééerait immédiatment 1 millions d'emplois : on a vu le résultat, en 1997 la FRANCE atteignait au sens de l'INSEE, le plus fort taux de chômage qu'elle n'a jamais atteint.

En Italie, Mario MONTI, uis MATEO RENZI ont réformé le code du travail : strictment aucun résultat.

Ce qui est étonnat dans les commentataires de certains pseudo-économistes, c'est le manque complet de bilan de certaines politiques, et de prise en compte de la réalité.

Ce n'est pas avec cela qu'on fabriquera des produits sophistiqués qu'on pourra vendre à l'étranger
a écrit le 07/07/2017 à 7:48 :
Les Français n'accepteront jamais les sacrifices demandés tant que la fraude fiscale,l'optimisation fiscale, l'évasion fiscale, tous ces cancers qui minent la société, ne seront pas éradiqués.
a écrit le 06/07/2017 à 15:26 :
A moins d'être profondément idiot, je ne vois pas comment le fait de diminuer les indemnités prudhommales et d'autres mesures du même type vont aider la FRANCE à concevoir et à fabriquer les produits de haute technologie qui vont assurer son niveau de vie... Nous sommes plutôt sur une stratégie visant à faire de nous un pays sous-développé...
Réponse de le 07/07/2017 à 5:13 :
La France est deja un pays sous developpe. Plus d'industrie, ou reduite a pas grand'chose.. Sans outil adequat, impossible de produire. 10 miliions de chomeurs, deficits a 100% du PIB, que voulez-vous de plus.
Si l'Europe n'existait pas, la France serait inexistante. Vous etes foutus.
a écrit le 06/07/2017 à 11:11 :
Notons comme jamais un président de la république n'a débuté son mandat avec une côte de popularité et de confiance aussi basse.
a écrit le 06/07/2017 à 10:36 :
"les sympathisants En Marche ! (90% !)"

Elle aussi donc, et ben :

Elle ne peut pas, elle a tennis. La centriste Sandrine Josso, élue dimanche députée de la République En Marche de la 7e circonscription de Loire-Atlantique, a déclaré qu'elle allait décaler son arrivée à l'Assemblée nationale pour faire un peu de sport, et certains électeurs ont vu rouge.Cette diététicienne-nutritionniste de 41 ans ne découvrira l'hémicycle que jeudi ou vendredi et non ce mercredi 21 juin,car elle va "être avec (ses) enfants et et faire un peu de tennis avec eux", a-t-elle annoncé dans les colonnes de Ouest-France.
Réponse de le 06/07/2017 à 15:45 :
Si c'est vrai ça promet!
a écrit le 06/07/2017 à 9:01 :
"les proches du Front National se montrant divisés avec 52% de « pour » et 47% qui y sont opposés".

L'electorat FN aisé du sud doit y être favorable et les ouvriers du nord opposé.
a écrit le 06/07/2017 à 8:57 :
"Ce qui est aussi le cas des catégories socioprofessionnelles « supérieures » (70%)"

Qui a dit que la lutte des classes avait disparu.
a écrit le 06/07/2017 à 8:54 :
"Les personnes âgées (79%), les sympathisants En Marche ! (90% !), les sympathisants de la droite (82%)"

En gros, tout ceux qui ne sont pas ou plus concerné par cette loi travail .Et arretons de tourner autour du pot ,ce gouvernement est bien de droite.
Réponse de le 07/07/2017 à 23:22 :
Désolé de vous contredire parce que je fais partie de 21% des personnes "âgées" qui n'ont pas voté Micron parce que je fais peut être partie de ceux qui ont lu son programme. Et je suis concerné par ce qui impacte sur la vie de mon pays. Ce gouvernement n'est pas de droite, il est simplement le suppôt de la commission de Bruxelles. Il devra appliquer les GOPÉ (Grandes Orientations de la Politique Économique) comme tous les autres gouvernements de ce goulag qu'est devenu l'Europe et en particulier tout ce qui concerne le code du travail. Quand comprendrez-vous que le France n'est plus dirigée par ses "élus" ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :