"Si Macron veut faire accepter ses réformes, il devra se montrer plus juste dans la répartition des efforts"

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David Spector.
David Spector. (Crédits : Odile Jacob)
GRAND ENTRETIEN. David Spector a publié cette année "La gauche, la droite et le marché" (Editions Odile Jacob), ouvrage dans lequel il s'interrogeait sur le rapport spécifique des Français aux mécanismes du marché, tant dans une perspective historique que comparative en particulier avec la Grande-Bretagne. Occasion pour "La Tribune" d'interroger cet enseignant à l'Ecole d'économie de Paris, chercheur au CNRS, sur les premiers mois de la présidence d'Emmanuel Macron, qui veut précisément transcender le clivage entre la droite et la gauche, et s'affirme sans complexe en faveur du libéralisme, de la concurrence et de la mondialisation.

LA TRIBUNE - Emmanuel Macron s'est fait élire sur un programme revendiquant clairement l'acceptation du marché, l'adhésion à la construction européenne et l'adaptation à la mondialisation. La France rejoindrait-elle le consensus commun international sur le marché ?

DAVID SPECTOR -  Il faut faire la différence entre les discours et les politiques menées. En termes de politique économique et de transformation de la société, cela fait depuis longtemps que la France a embrassé le marché. Lorsque le général de Gaulle revient au pouvoir en 1958, il impose à sa majorité de droite et au patronat une alliance avec les socialistes pour créer le Marché commun, et abaisse progressivement les barrières douanières. Cette libéralisation s'est poursuivie sous les présidences de Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, qui ont vu entre autres la suppression du contrôle des prix et la dérégulation des marchés financiers.

La nouveauté avec Emmanuel Macron, c'est qu'il revendique explicitement ce discours. C'était évident lorsque ministre des Finances il a défendu sa loi en s'attaquant aux professions réglementées, héritage d'un corporatisme ancien qui détonne dans une économie concurrentielle. C'était symbolique mais lui l'a fait. Je rappelle qu'en 1960 le rapport Armand-Rueff mentionnait déjà le statut des notaires et des taxis comme des entraves à la croissance.

Il met donc fin à la schizophrénie de la gauche au pouvoir, libérale en pratique mais critique en théorie?

Historiquement, la gauche française non communiste a toujours été plus libérale que la droite. A la fin du 19e siècle, les socialistes s'opposaient à la politique protectionniste du conservateur Méline. Dans les années 1950, ils défendaient la baisse des barrières douanières et, après le tournant de la rigueur de 1983, ils prendront de nombreuses mesures libérales. Mais il est vrai que François Mitterrand le justifiera par un projet de civilisation, l'intégration européenne. Cette gauche a en effet du mal à assumer son libéralisme. Au contraire, en Grande-Bretagne, le parti travailliste et les syndicats revendiquent la défense du libre-échange contre le protectionnisme des riches et des capitalistes qui veulent préserver leurs positions. Aux Etats-Unis, la concurrence est pour les démocrates une valeur de gauche, car elle permet de limiter les abus des très grandes entreprises.

Dans votre livre, vous montrez combien le poids de l'histoire détermine en effet les comportements économiques ?

David Spector, couv petite

C'est ce que j'ai constaté. Ils sont influencés par des phénomènes qui s'inscrivent dans le long terme. Prenons l'exemple de la congestion urbaine liée au trafic automobile dans les grandes villes. A priori, cela ne relève pas d'un conflit entre droite et gauche, il s'agit d'un problème pratique. De nombreuses villes ont adopté à travers le monde une solution qui a montré son efficacité : le péage urbain. A Londres, c'est un maire d'extrême gauche Ken Levingstone qui l'a mis en place. En France, les maires de Paris, Anne Hidalgo, et de Lille, Martine Aubry, classées à gauche, l'ont rejeté au motif qu'il favorise la circulation des riches en transformant la vitesse en marchandise ; elles préfèrent la régulation par l'embouteillage permanent. Cet exemple trivial illustre les attitudes foncièrement différentes de la perception du rôle des prix dans la vie sociale - même quand le prix en question est un péage décidé par la puissance publique. D'où vient cette différence ? Il faut remonter au début du 19e siècle pour le comprendre. A partir des années 1840, en Angleterre, un courant libéral fait campagne pour l'abolition du protectionnisme agricole, afin que la Grande-Bretagne puisse importer du blé meilleur marché. Cette mesure pénalise la petite élite improductive des grands propriétaires fonciers et des aristocrates. C'est donc plutôt un combat progressiste, bénéficiant à la majorité de la population, notamment des ouvriers urbains. Pour la gauche britannique, le marché n'est pas en soi un mécanisme favorable aux riches.

D'autant que les économistes en apportent la démonstration par la théorie?

Oui, même si l'Angleterre s'industrialise au 19e siècle, l'agriculture représente encore un tel poids dans l'économie que le statut de la terre reste un enjeu politique central. Réfléchissant sur la rente foncière, les économistes David Ricardo et John Stuart Mill cherchent à comprendre ce qui détermine le prix du blé, le loyer des terres, les salaires... En modélisant leur raisonnement théorique, ils vont démontrer que la richesse foncière peut être taxée sans diminuer la production agricole et sans augmenter le prix des céréales. Ce résultat contre-intuitif invalide l'argument des propriétaires fonciers qui affirment que la taxe serait répercutée dans le prix du blé. En réalité, cette taxe n'appauvrit que les possesseurs de la terre. Les Britanniques en garderont l'idée que l'on peut taxer les riches au profit de la majorité de la population.

Ce n'est pas le cas en France ?

Le statut de l'économie dans la vie intellectuelle y est à l'époque beaucoup moins central qu'en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Les économistes français fournissent peu de contributions théoriques. Leur rôle est davantage de justifier au nom de prétendues lois économiques leur opposition aux revendications ouvrières telles que le salaire minimum, les retraites obligatoires, les assurances contre les accidents du travail, ou la législation sur le temps de travail, en particulier pour les enfants. Après la révolution de 1848, les élites ont peur des revendications portées par les socialistes et cette peur détermine leur discours économique.

C'est avec cette logique qu'Emmanuel Macron veut rompre ?

C'était un aspect intéressant de sa campagne. Il a tenu un discours protecteur tout en assumant le libéralisme économique. Il se référait au modèle scandinave qui allie la libéralisation du marché du travail à un Etat qui protège les chômeurs notamment par la formation professionnelle et des allocations plus généreuses. Ce basculement de la protection des statuts, c'est-à-dire d'entrave au jeu du marché, vers celle des individus est une nouveauté dans le discours politique français.

Les quelques mois de la présidence Macron ne s'inscrivent pas vraiment dans cette optique ?

Oui, du discours d'En Marche, on n'a vu pour le moment que la jambe droite : le marché du travail a été libéralisé par ordonnances, et les mesures fiscales adoptées, dont la quasi suppression de l'ISF, ne sont pas redistributives. Vouloir défendre « les premiers de la cordée », comme l'a affirmé Emmanuel Macron, relève davantage du discours conservateur classique.

Comment expliquer un tel choix ?

Il relève en partie d'un mouvement de balancier : en alourdissant l'imposition des revenus du capital, François Hollande était allé très loin. Même en tenant compte du plafonnement de l'ISF, le niveau d'imposition cumulé pouvait atteindre 75% des revenus du capital. Ce seuil était trop élevé face à la concurrence fiscale internationale. Emmanuel Macron a cherché à corriger cette situation. Cependant, il aurait peut-être été politiquement plus sage de ne pas aller aussi loin dans l'autre sens.

Le sujet des inégalités croissantes est devenu aujourd'hui central dans l'opinion publique internationale. Même les Républicains aux Etats-Unis y voient un problème. Si Macron veut faire accepter ses réformes, il devra se montrer plus juste dans la répartition des efforts en faisant contribuer les plus riches.

Vous n'évoquez pas dans votre livre un sujet de division entre la gauche et la droite, celui de la dette publique et des politiques d'austérité ?

En soi, le débat sur la dette n'a pas de raison d'être clivant entre gauche et droite. Une bonne politique économique laisse filer les déficits en périodes de crise et au contraire essaie de dégager des excédents quand l'économie va bien. Le problème est qu'en raison du jeu politique en France, on a constamment des déficits, poussant les gouvernements successifs à devoir réduire les dépenses, par exemple pour respecter nos engagements européens en matière de budget, durant des périodes où au contraire on devrait les laisser filer. En 2011, les Etats européens ont voulu imposer une telle politique d'austérité ce qui les a fait replonger dans la crise au moment où les Etats-Unis en sortaient. Evidemment, quand la dette publique représente 100 % du PIB, il faut prendre des mesures pour la diminuer. Aujourd'hui, le moment est opportun car la reprise économique en Europe se confirme et nous bénéficions toujours de taux d'emprunt très bas.

Toutefois ce n'est pas si simple. Les réformes font des gagnants et des perdants. Il peut être judicieux que l'Etat accepte temporairement un creusement des déficits pour aider les perdants le temps que les réformes produisent leur effet bénéfique sur la croissance.

Mais pour en revenir à votre question, la dette publique ne relève pas fondamentalement d'un clivage droite-gauche. En réalité, le débat porte davantage sur la nature des dépenses publiques qu'il faut réduire, et les recettes qu'il faut cibler en recourant à l'outil de la fiscalité. Ainsi, la gauche s'opposera à la baisse des dépenses sociales ou au gel des salaires des fonctionnaires et préfèrera taxer davantage les plus riches. La droite, elle, sera favorable à la baisse l'ISF mais refusera l'extension de la couverture de santé universelle.

Vous analysez également comment est perçue la concurrence par la droite et la gauche. Or dans ce cas aussi, la France se distingue des autres pays...

Oui, la réticence à l'égard de la concurrence entre entreprises est une constante dans la politique économique française depuis la Troisième république. Historiquement, la France est restée longtemps un pays de petites entreprises, même lorsqu'elle s'est industrialisée, à la différence de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne. Le poids des producteurs est donc important dans le jeu politique français. Au début du 20e siècle, quand se pose la question de la concentration industrielle dans les pays les plus développés, on insiste en France sur la nécessité de conserver ce tissu d'entreprises moyennes, à taille humaine. C'est la « civilisation française », un pays de petits indépendants où  des ententes, à l'abri des tarifs douaniers, préservent les structures productives du processus darwinien qui voit les grandes entreprises absorber les plus petites. Et quand la concentration s'impose, on préfère que ce soit sous l'égide de l'Etat. Bref, on s'oppose souvent à la concurrence, soit pour protéger les petites entreprises, soit pour défendre l'Etat producteur. Cet état d'esprit persiste, comme on le voit souvent dans les débats européens. La libéralisation des marchés agricoles, de l'électricité et du gaz, des télécommunications, des services postaux, des services ferroviaires, a toujours vu s'affronter un groupe d'Etats libéraux mené par l'Allemagne et la Grande-Bretagne d'avant le Brexit, les Pays-Bas, les pays d'Europe du nord, à un autre groupe d'Etats, presque toujours mené par la France. Cette attitude est contre-productive parce qu'elle empêche Paris de peser sur d'autres sujets aussi importants pour l'Europe que l'harmonisation fiscale et les choix macro-économiques. Un bon exemple récent est celui de la fin de non-recevoir opposé à Emmanuel Macron par Berlin sur sa proposition de budget commun de la zone euro.

Cette constante réticence de la position française face aux mécanismes de marché,  imprègne d'ailleurs à la fois la haute fonction publique et l'opinion publique. Elle semble aller de soi, comme si elle était inconsciente à force d'évidence.

Les Français seraient donc condamnés à ne jamais comprendre le marché ?

Non, il y a des évolutions. Le fait que la part du commerce extérieur dans l'économie française soit passée en 50 ans de 30% à 60% a conduit à une internationalisation de l'économie qui change forcément les mentalités. De nombreux salariés travaillent dans des entreprises exportatrices soumises à une forte concurrence.

Mais je pense aussi que le discours sur la libéralisation de l'économie est devenu plus audible grâce à d'autres phénomènes liés au numérique. Les gens ont un rapport beaucoup plus explicite à la concurrence et au marché grâce à Uber, eBay, Airbnb. Vous devenez directement acheteur ou vendeur sans passer par la médiation d'une grande entreprise sur des marchés qui n'existaient pas jusqu'à récemment. Internet crée des marchés assez « purs », proches des modèles théoriques.

Les gens se convertiraient au mécanisme du marché de façon empirique ?

Oui, Uber est pratiquement un manuel d'économie en temps réel pour les individus qui voient les prix s'ajuster en fonction de la hausse et de la baisse de la demande des clients, et qui voient aussi que la hausse des prix suscitée par une forte demande stimule l'offre en retour (avec le « surge pricing »).

Une autre notion que vous analysez est celle d'égalité. En Angleterre, sa défense passe par le recours au marché, en France, c'est le contraire. D'où vient ce paradoxe ?

D'abord, il faut tordre le cou à une idée reçue : les Français ne sont pas de toute éternité plus égalitaristes que les autres. Par exemple, la France n'a jamais redistribué autant les richesses que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis dans la période d'après-guerre en pratiquant des taux d'imposition pouvant atteindre jusqu'à 90%. Aux Etats-Unis, le Welfare State était plus généreux pour les pauvres que l'Etat providence français avant qu'il ne soit démantelé par le président Ronald Reagan. Dans le monde anglophone, ou dans les pays scandinaves, défendre l'égalité passe en effet par l'impôt et l'Etat providence.

En France, on pense souvent que défendre l'égalité c'est d'abord limiter le rôle du marché. Regardez le débat sur la loi travail : pour beaucoup, défendre les salariés, c'est avant tout placer le juge entre l'offreur et le demandeur sur le marché du travail.

Et cette attitude a une origine historique ?

L'idée qu'il faut contrôler la violence déstabilisante du marché est une conséquence indirecte de la Révolution française. La vente des terres confisquées au clergé et à l'aristocratie va ancrer l'idée au 19e siècle d'une société égalitaire de petits paysans, artisans et de petits entrepreneurs. Cette idée largement fausse (car la propriété est certes plus égalitaire qu'outre Manche mais tout de même assez inégalitaire), qui sera raillée par les socialistes de l'époque, alimente un discours d'opposition au libre échange et à la concurrence au nom de la défense des petits producteurs. Au contraire, dans le monde anglophone, la défense du consommateur face au pouvoir des producteurs est centrale, et elle passe par la promotion de la concurrence, notamment étrangère. Cette vision éclaire encore la teneur des débats politiques actuels en France.

Autant à droite qu'à gauche ?

Oui, avec d'étonnantes convergences. Ainsi quand Emmanuel Macron a voulu libéraliser la profession de notaires. Ces derniers ont été soutenus par la droite, en particulier François Fillon, il est vrai lui-même fils de notaire, mais aussi par la gauche du parti socialiste en la personne Christiane Taubira qui expliquait qu'une telle réforme introduirait une logique de marché condamnable. C'est une convergence entre un antilibéralisme d'intérêts venant de la droite, que l'on retrouve aussi chez les grands propriétaires agricoles, favorables à la PAC, ou chez les grandes entreprises qui bénéficient d'aides d'Etat dénoncées par la Commission européenne, et un antilibéralisme intellectuel qui vient notamment de la gauche de la gauche. C'est d'ailleurs à cette convergence contre-nature que semblait s'opposer Emmanuel Macron durant sa campagne.

Ces différences de perceptions ne traduisent-elles pas aussi un problème de pédagogie de l'économie ? L'année dernière, deux économistes, Pierre Cahuc et André Zylbergberg, avaient créé une polémique en publiant « Le négationnisme économique », où ils défendaient la nécessité d'avoir une approche plus scientifique de l'économie, notamment dans les débats publics...

En réalité, ces débats épistémologiques complexes ne méritent pas ce genre de polémique. Que les sciences sociales cherchent à acquérir un statut de scientificité me semble normal. Qu'il y ait de l'idéologie en raison de biais personnels, c'est indéniable. Maintenant, on peut avoir une démarche scientifique en étant réflexif sur ses biais personnels, en s'accordant sur des méthodes de validation permettant de produire un discours qui ne soit pas purement idéologique.

Aujourd'hui, en économie, et plus généralement dans les sciences sociales, il y a deux phénomènes à distinguer. Le premier est la multiplication de travaux empiriques, quantitatifs. C'est lié à l'évolution des outils technologiques. Grâce à internet, nous avons accès à de larges bases de données qui permettent de travailler sur des statistiques grâce à la puissance de calcul des ordinateurs. De ce point de vue là, cela se rapproche effectivement des sciences dures, avec ce bémol que l'on parle de phénomènes qui ne sont pas de même nature, qui sont spécifiques à des contextes particuliers que l'on ne peut généraliser qu'avec prudence, en raison de causalités plus complexes. Il faut donc rester modeste.

Le deuxième phénomène relève de la théorie économique où les raisonnements mis en équations permettent de tester la cohérence interne de modèles. Qu'est-ce qu'un modèle théorique ? C'est une représentation simplifiée mise sous forme mathématique d'un morceau de réalité auquel on s'intéresse à un moment donné. Cela aide à clarifier la pensée, parfois à préciser des intuitions.

Par ailleurs, il faut également rappeler que la politisation des débats scientifiques sur l'économie est un trait spécifiquement français. Si vous raisonnez en terme d'offre et de demande, vous êtes déjà perçu comme un réactionnaire, adversaire de l'intervention de l'Etat. Une telle conception est absente du monde anglophone parce qu'elle est considérée simplement comme fausse. Les économistes y sont politiquement divers même si souvent progressistes, et ils raisonnent presque exclusivement en termes classiques, « orthodoxes » dirait-on en France dans un sens péjoratif, dans le sillage de la longue tradition née avec les grands économistes du 19e siècle, même si la recherche actuelle est beaucoup plus sophistiquée que celle des origines.

Vous même vous vous revendiquez dans votre livre d'un libéralisme de gauche, un courant où on retrouve une figure tutélaire comme John Stuart Mill, et aujourd'hui des économistes aussi divers qu'Amartya Sen ou Paul Krugman. Leur point commun est d'intégrer à leur travail la dimension de la justice sociale...

Oui, c'est un courant de pensée attaché à l'égalité mais pas à un égalitarisme absolu. Il n'est pas hostile au marché, dont il essaie de comprendre les mécanismes pour interférer uniquement quand c'est justifié. Or la compréhension fine du fonctionnement des marchés est essentielle à la définition de politiques publiques justes et efficaces, car il ne suffit  pas d'avoir de bonnes intentions. Prenons l'exemple de la politique du logement.

En France, l'Etat fournit une aide personnalisée au logement, l'APL, dont la réduction récente de 5 euros par mois a fait débat. Voilà une politique bien intentionnée, qui vise à aider les gens à pallier la cherté des logements. Mais plusieurs études empiriques montrent qu'elle a surtout un effet inflationniste sur les loyers. Elle aboutit donc à l'inverse du but recherché, elle crée un effet pervers.

Une politique libérale de gauche recherchera d'abord le dispositif le plus efficient pour réduire les inégalités, en s'assurant que les dispositifs publics profitent bien à ceux qui en ont réellement besoin. L'APL, elle, bénéfice d'abord aux propriétaires et non aux locataires les plus modestes. Au delà de cet exemple, une telle politique qui vise l'égalité des chances pour chacun mettra l'accent et les moyens sur l'éducation, comme c'est le cas en Finlande, qui a un excellent modèle éducatif, alors qu'en France notre modèle est particulièrement reproducteur des inégalités derrière une rhétorique parfaitement égalitaire.

Qui incarne politiquement une telle gauche libérale ?

Les présidents Bill Clinton et Barack Obama en sont de bons exemples. Le premier a libéralisé le commerce international en mettant en place l'Alena et, en même temps, est revenu sur les baisses d'impôts qu'avait octroyées Ronald Reagan. Barack Obama, lui, a poursuivit la politique de libéralisation du commerce, par exemple avec l'accord trans-pacifique, et en même temps il a augmenté les impôts sur les plus hauts revenus pour financer l'assurance maladie pour tous, l'Obamacare. Celle-ci est une vraie politique libérale de gauche, parce qu'elle offre une protection aux plus pauvres tout en intervenant sur un marché de l'assurance-maladie dont on sait que, livré à lui-même, il ne fonctionne pas bien.

Mais ce libéralisme de gauche n'est-il pas en perte de vitesse face aux discours populistes qui séduisent de plus en plus au fil des élections ?

Aux Etats-Unis, il ne se porte pas si mal. Hillary Clinton a obtenu une nette majorité de voix à la dernière élection présidentielle face à Donald Trump, ce qui reflétait le bilan positif de la présidence des années Obama. Les succès des populistes sont alimentés par la peur du déclassement économique, lié notamment à l'immigration, et la crainte que les protections traditionnelles fournies par l'Etat soient insuffisantes face à la violence des bouleversements induits par la mondialisation.

Vous placeriez Emmanuel Macron dans cette catégorie du libéralisme de gauche ?

En tous cas, il a été élu sur une telle ligne. Mais en tant que président, Emmanuel Macron n'a pas encore montré la dimension « de gauche » de sa politique, ce qui pourrait à terme le gêner dans un contexte mondial où la question des inégalités est si prégnante. Le spectacle de l'extrême richesse qui s'exhibe avec moins de complexes qu'avant est profondément dissolvant pour l'espace commun et le débat public. C'est la raison pour laquelle je pense que l'on ne peut pas s'en tirer seulement avec des considérations lénifiantes sur « les premiers de cordée » !

Propos recueillis par Robert Jules

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Commentaires
a écrit le 15/11/2017 à 12:15 :
///lLA VERITE///c est que aucune politique ne peut se passer de redistribution de richesses: macron s il tiens ses promesses essaie de contante le patronnas et la classe ouvriere , ce n est pas facile surtous qu il lui faut d abord relance la confiance dans l econnomie; et ensuite il feras sa partie social, et je le redie il faut lui laisser du tempt,? ENCORE UN ANS OU DEUX ? si passe ce delai il n augmente pas le pouvoir d achat des plus faibles, ils les retrouveras dans la rue et seras ejecte aux prochaines election presidensiel,??? ///LAISSONs DU TEMPT AUX TEMPT ROCARD///
a écrit le 15/11/2017 à 8:22 :
il faut en premier qu'il montre l'exemple INADMISSIBLE L'AUGMENTATION DE 3%
DU BUDGET DE L'ELYSEE bizarrement cachée par les medias
a écrit le 14/11/2017 à 22:37 :
Ce qu’on ressent c’est un genre de «  dépassement » comme ci plus rien ne sera pareil ... en fait ça le fait penser à la théorie de Darwin : ceux qui survivront seront ceux qui s’adapteront le mieux ...

L’homme n’est pas une espèce parmi des milliards , l’homme est un et il est «  terrien » il n’a pas d’autre monde.

Oui à l’ouverture pour le monde mais sans perdre l’identite Pour tous dans une nation , sans perdre la liberté et la dignité pour tous et avancer vers l’evolution Tous ensemble , pas d’exclusion , pas de blocage , pas d’élitisme que de l’humain à 100%
😂 je sais que je dois même pas y penser en rêve ... bon c’est de l’utopie.
a écrit le 14/11/2017 à 21:36 :
diviser pour règnier c est fini ! ou est perçu un semblant de démocratie
a écrit le 14/11/2017 à 12:07 :
Macron a rendu 5 milliards aux actionnaires et s'est attaqué aux retraités gagnant 1400 e par mois. Il y a aussi d'autres catégories concernées mais elles ont obtenu
des compensations.
Réponse de le 14/11/2017 à 16:46 :
Sans oublier la loi travail par ordonnances pour les salariés.
a écrit le 14/11/2017 à 11:45 :
Macron s'en moque, il sait qu'en 2022 il ne sera plus PR...:), comme ses prédécesseurs....
a écrit le 14/11/2017 à 10:47 :
Il faut changer l’état d’esprit autant que l’esprit d’État. Certaines réformes structurelles sont plus faciles que d'autres.
a écrit le 14/11/2017 à 10:30 :
OU SONT LES REFORMES DE LA FONCTION PUBLIQUE ET DE SES ADMINISTRATIONS AINSI QUE DES FONCTIONNAIRES ??? ALORS QUE SES DERNIÈRES ANNÉES LA MODERNISATION DE NOTRE PAYS NE REPOSE ESSENTIELLEMENT QUE SUR LES SALARIES DU PRIVE ET DU SECTEUR MARCHAND... INADMISSIBLES ET SCANDALEUX QU'UNE CASTE LES ASSISTES ET SERVITEURS DE L'ETAT QUI SONT TOUT DE MÊME 5,5 MILLIONS NE PARTICIPENT PAS A L'EFFORT DU REDRESSEMENT DE NOTRE PAYS !!!
a écrit le 14/11/2017 à 9:56 :
Je préfère pour ma part mettre un peu d' UPR dans les jambes à Macron pour rétablir la pluralité d' expression et afin qu' il ne joue plus tout seul sur une ligne européiste..

L'UPR a été créée il y a 10 ans et compte 29 220 adhérents aujourd'hui. Ce parti a réussi à se présenter à l'élection présidentielle en obtenant les 500 signatures.

Aucun membre de l'UPR n'a jamais plus été invité sur une quelconque chaîne nationale ( notamment FR3 ) depuis l'élection présidentielle.

Un parti vient d'être créé par Philippot et son co-fondateur est tout de suite invité sur FR3 alors qu'il plagie la plupart des idées de l' UPR les rendant "contaminantes" par association avec l'extrême droite!
Cherchez l'erreur.

Que vous soyez ou non adhérent(e) à l'UPR, si vous voulez entendre vous aussi une voix dissonante, participez à ce grand rassemblement politique de tous ceux qui ont décidé de refuser la disparition de la France, vous pouvez vous inscrire en ligne :
https://www.upr.fr/.../evenement-luniversite-dautomne-de...

Nous comptons déjà 810 personnes inscrites et nous sommes donc assurés de battre le record de fréquentation de l'an dernier (850 à l'abbaye de Vermenton) ! Nous attendons plus de 1000 participants.
Réponse de le 14/11/2017 à 13:11 :
C'est un peu normal qu'ils ne soient invités nulle part...
C'est le seul parti résolument anti-système, et anti-finance.
Tous les autres partis sont soumis d'une manière ou d'une autre aux puissants qui possèdent les média privés. Quant aux média publiques, ils sont dirigés par la classe politique corrompue.
Et quand je dis tous les partis, c'est tous... De Mélenchon (opposition contrôlée) au FN (opposition contrôlée).
Tant que les citoyens verront dans ces faux dissidents une solution, ce sera compliqué.
Diviser pour mieux régner est la meilleure des solutions dans une "démocratie" pour que le bulletin de vote n'ait pas d'effet...
Réponse de le 14/11/2017 à 15:19 :
UPR = 1 % des voix. on invite pas souvent non plus Poutou alors qu il a fait bien plus que l UPR
a écrit le 14/11/2017 à 9:45 :
Le titre de l'article est très mal choisi, mais l'interview est passionnante, je vais m'acheter le bouquin. (heureusement que je ne me suis pas arreté au titre)
a écrit le 14/11/2017 à 9:32 :
.... dans la répartition ... qaui commence par la justice dans les PRELEVEMENTS ce qui est loin d'etre le cas actuellement : retraités = dindons de la farce !
Réponse de le 14/11/2017 à 15:18 :
c est vrai que le systeme est injuste pour les retraités: ils ont encore 10 % d abattement pour frais pro alors qu ils ne travaillent plus. Quant a la CSG, ils paient encore moins que les actifs alors que ce sont les plus gros consommateurs de soins medicaux... Et c ets quand meme grace a eux qu on a eut depuis 30 ans des nazes comme president ! Qui a vote en 81 Mitterrand, puis chirac et Sarkozy ? pas un gars ne en 1990 !
Réponse de le 14/11/2017 à 19:54 :
C'est pas mieux , le nase de 1990 a voté Hollande pas plus glorieux.
a écrit le 14/11/2017 à 9:06 :
"Les présidents Bill Clinton et Barack Obama en sont de bons exemples. Le premier a libéralisé le commerce international en mettant en place l'Alena et, en même temps, est revenu sur les baisses d'impôts qu'avait octroyées Ronald Reagan."

Oui mais on reste dans un fonctionnement binaire du système celui-là même qui a mené à trump puisque l'ALENA a paupérisé le salaria américain qui a fini par voter pour l'extrême droite.

La sociale démocratie ou le libéralisme de gauche mène aussi rapidement au pire que le libéralisme de droite.

D'ailleurs il n'y a qu'un seul libéralisme, si vous faites la distinction c'est que votre sujet c'est le néolibéralisme et pas le libéralisme que nous n'avons jamais connu.

Libéralisme et communisme, deux concepts dont médias, politiciens et hommes parlent beaucoup mais dont on a jamais vu la couleur.
Réponse de le 15/11/2017 à 10:20 :
Vous devriez vraiment passer votre temps à autre chose qu'à troller, vivez pour voir, ça peut être vraiment sympa vous savez ?

Bien entendu votre harcèlement est signalé.

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