Climat : le rapport Stern/Stiglitz convaincra-t-il Trump ?

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Une forte tarification du carbone est indispensable pour respecter l'Accord de Paris
Une forte tarification du carbone est indispensable pour respecter l'Accord de Paris (Crédits : REUTERS/Peter Andrews/Files)
Pour les deux économistes, la forte tarification du carbone, nécessaire pour limiter la hausse des températures à 2°C, est compatible avec la croissance économique.

Six des sept membres du G7 ont réaffirmé haut et fort la semaine dernière leur volonté de poursuivre leurs démarches de lutte contre le changement climatique dans le cadre des engagements pris au titre de l'Accord de Paris. Mais si le septième membre, à savoir les Etats-Unis, qui pèsent 14% des émission mondiales, se retirait de cet accord, cela ouvrirait une brèche et compromettrait sérieusement le respect de l'objectif fixé : limiter à 2°C la hausse des températures.

Il l'a dit et répété. Donald Trump, qui considère que la feuille de route établie par l'administration Obama en matière de plafonnement de leurs émissions (réduction des émissions de CO2 de 26 à 28 % d'ici à 2025 par rapport à 2005) seraient handicapants pour la croissance américaine, prendra sa décision sur l'Accord de Paris après son retour du G7.

+2,8% de croissance d'ici à 2030 selon l'OCDE

Une étude de l'OCDE publiée le 23 mai dernier dans le cadre de la présidence allemande du G20 démontrait pourtant que l'intégration des objectifs climatiques aux politiques économiques permettrait au pays du G20 d'améliorer leur croissance de 1% d'ici à 2012, et  de 2,8% d'ici à 2030. Certes, à l'échelle du G20 (85% du PIB mondial et 80% des émissions), la transition énergétique exige des investissements de quelque 6900 milliards de dollars par an d'ici à 2030, soit un surcoût de 10% en comparaison d'une politique traditionnelle (business as usual) ne tenant pas compte du climat. Mais ce surcoût serait largement compensé par les économies annuelles de 1700 milliards de dollars liées aux co-bénéfices de ces politiques (dépenses dans les énergies fossiles, la santé publique, etc.)

Ce 29 mai, c'est un rapport de la Commission Stern/Stiglitz, publié à Berlin dans le cadre du Sommet Think20, qui revient sur l'une des principales pistes de mise en œuvre de l'Accord de Paris : la tarification du carbone. C'est lors de la COP 22 de Marrakech en novembre 2016 et à l'invitation des co-présidents de la Carbon Pricing Leadership Coalition (CPLC), Ségolène Royal et Feike Sijbesma, que les deux économistes et anciens dirigeants de la Banque mondiale, le Britannique Lord Nicholas Stern et l'Américain Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001, ont accepté de présider une nouvelle commission sur les prix du carbone. Composée de 13 économistes et spécialistes de l'énergie et du changement climatique, elle ne comporte qu'un Français : Gaël Giraud, économiste en chef de l'Agence Française de Développement (AFD).

Multiples co-bénéfices

Leur conclusion est simple : respecter l'Accord de Paris implique de mettre en place un prix du carbone situé dans une fourchette de 40 à 80 dollars par tonne en 2020 pour atteindre 50 à 100 dollars en 2030. Une trajectoire forte et prévisible du prix du carbone constitue aux yeux de ces experts la seule façon d'adresser un message suffisamment puissant aux entreprises et aux particuliers pour les inciter à adopter les changements dans leurs schémas de production, d'investissement et de consommation en faveur d'un avenir bas-carbone. Revenant sur les co-bénéfices en termes d'innovation, de résilience, de villes plus agréables à vivre, d'amélioration de la qualité de l'air et de la santé, les auteurs affirment que la tarification du carbone permettrait également d'atteindre les objectifs de développement durable (ODD).

Souplesse dans la mise en oeuvre

Selon cette étude, les niveaux de prix, les instruments utilisés (taxe ou marché) et le calendrier seront adaptés au contexte de chaque pays. Dans les pays les moins avancés, il serait encore possible de respecter l'Accord de Paris avec des prix dans un premier temps plus bas que ceux préconisés par le rapport, à condition d'être complétés par d'autres mesures en faveur du climat et rattrapés par des prix d'autant plus élevés dans un deuxième temps, mais cela renchérirait le coût global de la transition. Globalement, les auteurs soulignent l'urgence d'agir, de telles mesures ne pouvant se mettre en place rapidement.

Quel que soit l'instrument choisi, marché (cap and trade, comme le marché européen ETS) ou taxe, la tarification du carbone dégagerait des revenus que chaque pays pourrait ré-investir à sa guise pour favoriser la croissance verte de façon équitable : crédits d'impôts pour les ménages, baisse des taxes sur le travail ou l'investissement, transferts de liquidités en direction des populations les plus vulnérables, favoriser l'innovation verte, accompagner des entreprises dans leur transition ou encore investir dans des services de première nécessité tels que l'énergie, l'eau ou encore l'assainissement.

Rex Tillerson, toujours favorable à une tarification du carbone ?

Dans tous les cas, la tarification du carbone devra s'accompagner de politiques de soutien à l'efficacité énergétique, aux énergies renouvelables, à l'innovation et au développement technologique, à l'investissement de long terme dans les infrastructures ainsi que de mesures d'accompagnement de la population vers une croissance bas carbone.

Le rapport réaffirme la nécessité d'élargir l'initiative d'entreprises d'appliquer un prix interne du carbone destiné à guider leurs décisions d'investissements, et de se pencher en priorité sur le secteur de la production électrique.

Rex Tillerson, lorsqu'il était encore PDG d'Exxon, était un fervent défenseur de la tarification du carbone. Aujourd'hui secrétaire d'Etat de l'administration Trump, saura-t-il convaincre le président des bénéfices de cette mesure et, au-delà de la nécessité de demeurer dans l'Accord de Paris ?

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a écrit le 30/05/2017 à 15:27 :
Ce rapport est très équilibré et très bien étudié au fil des correctifs apportés dans le temps depuis les premiers rapports, ont peut même le trouver "modéré" face aux réalités scientifiques du réchauffement climatique anthropique que l'on a commencé à évoquer dès 1824 et à ses immenses conséquences principalement négatives. Les nombreux impacts notamment de la pollution sont également très bien soulignés. Il n'est évidemment plus du tout normal que des pollueurs continuent de croire qu'ils pourront s'exonérer de payer progressivement le prix des dégâts gigantesques et durables qu'ils génèrent et reporter sine die un prix du carbone plus réaliste. On comprend très bien le problème avec toutes les données globales dont on dispose depuis des décennies et il faut absolument imposer un prix plus réaliste au carbone, cà fait partie des outils nécessaires à l'adaptation bénéfique sur bien des plans et ce n'est pas faute d'avoir eu le temps d'être préparés depuis plus de 40 ans qu'on en parle régulièrement. Cà devient honteux et criminel de vouloir contester ces multiples travaux de multiples disciplines pour tenter de ne rien faire. On a largement des réponses à tous les arguments qui seraient négatifs : https://www.skepticalscience.com/argument.php
a écrit le 30/05/2017 à 14:53 :
Décidemment que ne ferait-on pas pour taxer encore et encore. Les exemples fournis dans ce texte pour « que chaque pays pourrait ré-investir à sa guise pour favoriser la croissance verte de façon équitable » sont puant de mercantilisme. Est-ce cela l’écologie ? Ma famille possède un vignoble dans une région viticole très connue et pratique la bio dynamie depuis 30 ans. Le respect de la nature imposée par les règles de ce type de culture c’est de l’écologie réelle, qui fait faire des économies, qui ne se fourvoie pas dans les structures de marchés. En fait tout repose sur un postulat, c’est l’homme qui est à la source du réchauffement. A partir de là tout est fait pour alarmer les foules. Personne ne peut dire ce que sera le climat dans 10/20/50 ans. Peut-être plus chaud, peut-être plus froid. Toutes les prévisions ne sont que des modèles mathématiques, s’appuyant sur des données plus qu’aléatoires. Si le climat évolue dans un sens ou un autre, le monde du vivant s’adaptera comme il s’est toujours adapté depuis des millions d’années. Derrière toutes ces prévisions alarmistes, il d’énormes intérêts financiers et dont on ferait bien de se prémunir d’abord.
Dernière interrogation ; dans les années 2000 la NASA qui surveille Mars depuis 30 ans constate que la température de la planète Mars augmente. Y a til des hommes sur Mars, ou bien l’activité du soleil en est-elle responsable ? Il semblerait logique que l’astre soleil qui pilote son système, agisse sur toutes ses planètes associées. Bizarre depuis les années 2010 plus personne n’en parle.
http://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/univers-mars-son-atmosphere-rechauffe-aussi-10658/
http://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/univers-mars-son-atmosphere-rechauffe-aussi-10658/
Réponse de le 30/05/2017 à 15:35 :
Si vous alliez voir plus souvent votre famille vous sauriez que la vigne est bel et bien touchée par le réchauffement climatique. D'autre part l'argument que vous évoquez concernant Mars est erroné. Voir notamment : The argument that Martian warming disproves anthropogenic global warming fails on two points - there is little empirical evidence that Mars is warming and Mars' climate is primarily driven by dust and albedo, not solar variations : https://www.skepticalscience.com/global-warming-on-mars-intermediate.htm
Réponse de le 30/05/2017 à 19:24 :
@ scientifique
Je suis très conscient du réchauffement et je suis très souvent sur le terrain. Je travaille même encore très souvent dans l’exploitation. Mais il n’empêche que je suis également ces affaires de climat depuis déjà 15 ans. Les blogs associés aux partisans et aux climato septiques je les connais, je les parcoure et j’essaie de cerner ce qui me parait logique. Je n’ai qu’une confiance limitée dans la gente dite scientifique, associée aux recherches climatiques. Le « coup » du CO2 anthropique, est vraiment trop gros pour être convaincant. Dans un essai appelé le contrôle de la parole André Shiffrin disait « c’est justement lorsqu’une majorité est d’accord sur quelque chose, qu’on doit commencer à douter ».Permettez-moi justement de douter de ces allégations sur les effets du CO2 anthropique ; on n’est pas obligé de suivre la doxa en la matière. Il y a dans les forums traitant de ce sujet, tout et son contraire. Allez fouiller, vous constaterez que rien n’est clairement défini, que même au sein des scientifiques qui travaillent avec le GIEC il existe des désaccords. Toutes les méthodes de mesure des températures, du CO2, du niveau des mers, de la fonte des glaces, des phénomènes météorologiques tels que les cyclones, sont décrits dans le rapport « livre blanc sur le réchauffement climatique » édité par www.scmsa.eu en aout 2015 ; ce rapport est édifiant.
A l’échelle du temps géologique la période des 200 ans passés ne correspond à presque rien. Ramenée à une journée de 24 heures depuis l’accrétion terrestre (4.5 milliards d’années), l’ère industrielle ne représente que 1 centième de secondes. Nous ne sommes grand-chose ….. !!!
Enfin, il semble un peu prétentieux de vouloir prédire le climat futur, alors que les techniques permettant des analyses fines n’existent que depuis 50 ans, ce qui est une période trop réduite à l’échelle du temps géologique.
a écrit le 29/05/2017 à 20:40 :
Le monde est malheureusement partagé en deux: d'un côté, les convaincus du réchauffement climatique -nous en sommes- mais qui ne font absolument rien, si ce n'est vilipender l'autre partie, ceux qui ne sont pas convaincus et ne font rien du tout..pourquoi donc continuer ces discussions stériles, où chacun à une attitude de ..
a écrit le 29/05/2017 à 18:47 :
Je n'ai pas besoin d'être un Nobel pour comprendre que la croissance économique ne repose pas du tout sur le fait de l'avancée technologique, mais sur une banale ponction fiscale supplémentaire sur le CO2 qui devrait avoir comme conséquence d'être favorable à la croissance, je prends aux consommateurs pour redistribuer à d'autres sous une motivation fallacieuse de la protection du climat, le réchauffement climatique a existé depuis tout temps, le lien avec le co2 n'est pas du tout prouvé scientifiquement mais c'est bien l'inclination de l'axe de la terre et le soleil les responsables, il suffit pour s'en convaincre de regarder au 16 siècles, le co2 n'existait pas. Pour les Stieglitz et Stern et autres soi- disants spécialistes en économistes les français font encore mieux avec Pikety ou les marxistes.
Réponse de le 29/05/2017 à 19:15 :
Vous n'êtes pas économistes sinon vous auriez intégré la notion d'internalisation des externalités, et d'incitations dans votre "raisonnement" économique, et vous auriez évité de déballer une analyse aussi pauvre.

Vous n'êtes assurément pas climatologue, géographe et historien pour arriver à une justification aussi farfelue du réchauffement climatique.

Votre commentaire aurait du me faire rire, mais il est en fait à pleurer car face aux évidences votre stratégie est de fissurer les certitudes du consensus scientifique en développant une théorie du complot. C'est dramatique et criminel.
Réponse de le 30/05/2017 à 11:47 :
@Réponse de Gringo
"Vous n'êtes pas économistes sinon vous auriez intégré la notion d'internalisation des externalités,"... C'est du charabia, "des con...ies à enc...ler les mouches". Les économistes sont la plaie de l'économie. La preuve, c'est qu'il y a autant de théories économistes que d'économistes.
Si écologiquement on en est arrivé là, les économistes ont grandement participé. Bien pire encore sur le plan social.
a écrit le 29/05/2017 à 14:01 :
Si le réchauffement climatique et la pollution dans son ensemble avaient convaincu les possédants de ce monde nous n'en serions pas à une politique de comptables qui fait que l'on veut bien faire semblant de s'occuper de ce problème, surtout parce que les citoyens du monde s'en préoccupent de plus en plus, mais on ne veut pas que les actionnaires milliardaires perdent le moindre centime à cause de lui, alors qu'en un claquement de doigts ils pourraient éradiquer définitivement le problème.

Donc oui Trump ne fait aucun effort mais les autres font surtout semblant et au sein d'une UE qui n'a aucune légitimité politique Trump se promène tranquillement ayant des adversaires qui lui donnent des bâtons pour les battre.

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