Décès liés à la pollution : l'Inde s'apprête à dépasser la Chine

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New Delhi est souvent citée comme la ville la plus polluée au monde.
New Delhi est souvent citée comme la ville la plus polluée au monde. (Crédits : REUTERS/Anindito Mukherjee)
[Graphiques] Les deux géants asiatiques sont fortement touchés par des taux de particules fines élevés. Ce phénomène entraîne une surmortalité chez les enfants et personnes âgées très vulnérables à la pollution atmosphérique.

L'Inde et la Chine ont concentré plus de la moitié des décès liés à la pollution de l'air dans le monde selon une étude du Health Effects Institute (HEI) publiée ce mardi 14 février. La pollution atmosphérique est associée à des taux plus élevés de cancer, d'AVC et de maladies cardiaques ainsi qu'à des maladies respiratoires chroniques comme l'asthme.

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Les Pékinois sont régulièrement confrontés au phénomène du smog dans la capitale chinoise. Crédits : REUTERS/Jason Lee.

Une hausse globale des décès

Au niveau mondial, les décès qui peuvent être liés aux particules fines sont passés de 3,5 millions en 1990 à 4,2 millions en 2015. Cette hausse peut en partie s'expliquer par une accélération du taux de particules fines dans l'air. Les chercheurs ajoutent également que la croissance démographique, le mouvement des populations vers les villes où la pollution est bien plus importante et le vieillissement démographique (rendant les personnes plus vulnérables) peuvent permettre d'expliquer cette augmentation depuis 1990. Derrière ce constat, l'Asie de l'Est et l'Asie du Sud sont particulièrement touchées avec la Chine et l'Inde. La part des décès liés à la pollution dans ces zones géographiques s'élèverait à environ 15% selon des chiffres récents de la Banque mondiale.

Décès en millions. Seuls les morts liés aux particules d'un diamètre inférieur à 2,5 microns (PM 2,5) ont été pris en compte. La Banque mondiale considère que près de 5,5 millions de décès prématurés dans le monde étaient attribuables à la pollution atmosphérique en 2013.

>> Lire aussi : La pollution coûte 5.100 milliards de dollars par an selon la Banque mondiale

L'Inde rattrape la Chine

En Chine, le nombre de décès prématurés relatifs à la pollution de l'air a tendance à se stabiliser selon les dernières données de l'Institut. Entre 2005 et 2015, le nombre de décès est passé de 1,14 million en 2005 à 1,1 million en 2015. A l'inverse, le nombre de décès concernant l'Inde poursuit sa tendance à la hausse passant de 737.000 décès en 1995 à 1,09 million en 2015 se rapprochant à grand pas de la Chine. Sur les 4,2 millions de morts provoqués par la pollution atmosphérique dans le monde, quelque 2,2 millions de décès se sont produits en Chine et en Inde.

Même si la pollution reste très présente dans les grandes métropoles chinoises, l'Empire du milieu enregistre depuis deux ans un recul de sa consommation de charbon et de ses émissions de gaz à effet de serre. La Chine bat également des records en matière d'énergie renouvelable. Ainsi, l'éolien et le solaire ont bondi respectivement de 74% et 34% en 2015, et les nouvelles capacités renouvelables installées dans le pays représentent 40% du marché mondial. Il reste néanmoins le premier émetteur de CO2 de la planète d'après les données du Global Carbon Project.

>> Lire aussi : Climat : les émissions chinoises ont-elles atteint leur pic avec 15 ans d'avance ?

Pour l'Inde, la situation est alarmante. Michael Brauer, professeur d'environnement et santé à l'université de Columbia britannique et co-auteur de l'étude a exprimé ses inquiétudes dans une interview accordée au New-York Times : "Vous pouvez penser que l'Inde est en pleine tempête". Il explique un tel phénomène par la conjugaison de plusieurs facteurs : une rapide industrialisation, une croissance démographique importante et une population âgée plus vulnérable aux effets de la pollution.

Des villes indiennes comme New Dehli atteignent régulièrement des records de pollution  au niveau mondial. Le chef de l'exécutif de New Delhi, Arvind Kejriwal, a comparé la mégalopole à "une chambre à gaz" dans les colonnes de la Croix. Pour faire face à ces difficultés, les autorités indiennes se sont engagés à réduire de 35% d'ici 2030 "l'intensité carbone" en ratifiant l'accord de Paris sur le climat en décembre 2015. En parallèle, le pays prévoit de forts investissements dans les énergies renouvelables pour poursuivre son développement industriel.

Du côté de l'Union européenne, le nombre de décès est passé de 244.000 à 257.000 entre 2005 et 2015 après avoir diminué entre 1995 et 2005.

Des particules fines nocives

L'attention des autorités et des experts du climat se concentre en particulier sur les niveaux de particules fines rencontrés en Chine et en Inde. Pour mieux apprécier la concentration des particules fines dans ces deux pays, les chercheurs utilisent un indice qui prend en compte les concentrations moyennes de PM 2,5 pondérées en fonction de la population. Il apparaît que depuis 2011 la concentration des PM 2,5 en Inde a connu une hausse spectaculaire comme l'illustre le graphique ci-dessous. En Chine, la tendance est plutôt stable sur la dernière décennie. Au regard des limites de l'Organisation mondiales de la santé (*), le taux de concentration demeurent néanmoins largement au-dessus des seuils de précaution au niveau sanitaire.

 >> Lire aussi : Pollution aux particules fines : Marseille, Nice et Paris asphyxiées

(*) Les limites établies dans les lignes directrices de l'OMS pour les PM 2,5 sont une moyenne annuelle de 10 μg/m3.

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a écrit le 16/02/2017 à 22:22 :
Parmi les 28000 personnes ayant été affectées directement par l'accident nucléaire de Fukushima, 80 à 120 sont susceptibles de développer un cancer. C'est évidemment regrettable, mais en face des millions de morts annuels prématurés du fait des particules fines principalement émises par la combustion du charbon dans les centrales électriques, c'est plus que négligeable. Quand regarderons-nous ces réalités en face, et agirons-nous raisonnablement en ce qui concerne le choix de nos énergies futures. L'éolien, le photovoltaique etc., sont en vogue. Quand, à l'horizon 2030, on verra ce que ces enr nous coûtent (facture électricité) on se rappelera au bon souvenir d'une énergie bas carbone et économique, tant décriée au début du 21ème siècle.
a écrit le 14/02/2017 à 18:18 :
Cela tombe bien Peugeot va racheter la marque indienne Ambassador pour proposer de bonnes motorisations diesel qui ne polluent presque pas....enfin selon leurs tests....
a écrit le 14/02/2017 à 16:42 :
Merci pour cette information majeur et hallucinante.

Par contre pour les statistiques liés aux décès causés par la pollution ils ne prennent en compte vraiment que les particules fines ? Toutes les autres formes de pollutions sont écartées ? Ce qui ne serait pas étonnant étant donné que jamais étudiées mais quand même cela laisse une marge colossale avec les véritables décès liés à la pollution dans son ensemble.

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