Economie américaine : récession ou ralentissement ?

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Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale
Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale (Crédits : © Gary Cameron / Reuters)
Compte tenu des incertitudes sur la croissance américaine, la Fed n'a annoncé aucun changement de sa politique monétaire ce mercredi soir. Les experts les plus pessimistes voient l'Amérique sortir de sept années de croissance pour plonger dans la récession. Mais la plupart des prévisionnistes tablent sur un simple ralentissement

Où va l'économie américaine ? A voir les indicateurs avancés, ceux qui donnent notamment le pouls de l'industrie, le verdict est évident : la récession s'annonce. L'indicateur fréquemment mis en avant, l'ISM (enquête auprès des directeurs d'achat dans l'industrie) est le principal indice de cette catastrophe désormais inléuctable. Il se situe sous l'indice 50, ce qui annonce, historiquement, une récession. Sachant qu'il faut s'entendre sur la définition d'une telle évolution économique : si en Europe, on estime qu'une économie se trouve en récession quand le PIB trimestriel recule deux fois de suite, aux Etats-Unis, cette situation fait l'objet de débats récurrents.

Outre-Atlantique, certains estiment que l'économie est en récession quand la croissance annuelle tombe sous les 1,5%. Une récession alimentée notamment par la chute des prix pétroliers, qui mine littéralement le secteur du gaz et du pétrole de schiste, qui n'avait pas peu contribué à doper l'économie américaine depuis trois ans. Ce secteur a littéralement plongé depuis le début de l'année. Mais quel est effet global sur l'économie ? Les services ne prennent-ils pas le relais ?

Ce qui est certain, c'est que le PIB a progressé moins vite au quatrième trimestre 2015 -il était sur une pente de 2% en rythme annuel au troisième trimestre, la progression serait retombée à 0,7% selon les prévisions de la Fed d'Atlanta- ., et que le ralentissement se poursuit en 2016. Sans compter l'effet négatif de la tempête de neige. Une première estimation du dernier trimestre de 2015 sera publiée ce vendredi. Dans ces conditions, la Fed, qui se réunissait ce mercredi soir, a maintenu ses taux d'intérêt à un très faible niveau, l'objectif des fonds fédéraux restant entre 0,25 et 0,5%.

De mauvais indicateurs à relativiser

Les optimistes, eux, relativisent ces « mauvais indicateurs », tels que l'indice ISM. Ils ne concernent que l'industrie, insistent ces conjoncturistes, majoritaires, qui ne croient guère à l'hypothèse d'une récession. « Il s'agit d'indicateurs très imprécis de la production manufacturière » soulignent les économistes de Bank of America Merrill Lynch (BAML). Une industrie impactée actuellement par la récession que connaît effectivement le secteur pétrolier. Mais il faut la relativiser. Certes, 11.000 emplois ont été perdus chaque mois dans ce secteur, depuis le début de l'année. Mais cela n'a pas empêché l'ensemble de l'économie américaine de contribuer, en net, à la création de 230.000 postes par mois (en moyenne), en 2015. Quant à la chute de l'investissement dans le pétrole et du gaz, son impact a été surtout sensible au cours des premier et deuxième trimestre.

L'effet positif de la baisse des prix pétroliers

Surtout, il ne faut pas oublier l'effet positif de la chute du prix de l'essence pour les ménages. Si l'on compare le revenu disponible des ménages depuis que le prix du pétrole baisse, soit depuis 17 mois, à la période des 17 mois précédents, on constate une stabilité dans la progression du revenu disponible. Mais, grâce à la baisse du prix de l'essence, le pouvoir d'achat de ce revenu a connu une forte accélération. Sa progression est passée de 2,2% pendant la période avant la baisse des prix pétroliers à +3,2% pour les 17 mois qui ont suivi le pic des prix de l'essence. Cela a permis de faire passer la croissance de la consommation de 2,4% en rythme annuel à 3% depuis que le pétrole baisse, une accélération notable qui a soutenu la croissance.

Les vents contraires...

De quoi éviter à tous coups la récession ? Il ne faut pas négliger les vents contraires, qui font de la reprise américaine, depuis sept ans, une phase atypique, eu égard aux redémarrages précédents. Atypique par sa relative faiblesse. La croissance de 2015 a été limitée à 2,3 ou 2,4%, un niveau élevé en regard de l'Europe, mais qui n'a rien à voir avec les taux d'expansion américains constatés durant les années 90 et même 2000, bien supérieurs. Une croissance plutôt faible, qui s'explique notamment en raison d'un partage du revenu très inégalitaire : la petite minorité des 1% de ménages américains qui se sont enrichis vraiment sur la période 2009-2014, contrairement aux autres, ne peuvent pas tout consommer. A ce facteur , s'est ajoutée la hausse du dollar vis-à-vis de la plupart des devises, qui entraîne une baisse des exportations -d'autant plus marquée que les partenaires commerciaux des Etats-Unis se trouvaient en phase de ralentissement.
En termes réels, inflation déduite, la hausse du dollar par rapport à l'ensemble des devises, dépasse les 20 % par rapport la mi-2014, calcule Denis Ferrand, économiste à Rexecode, qui en analyse les conséquences, dans la dernière lettre de l'institut de conjoncture:

Cette appréciation pèse sur la compétitivité de l'industrie américaine : le coût salarial horaire dans l'industrie dépasse désormais de plus de 3 % le coût salarial horaire en zone euro. Il lui était inférieur de 18 % début 2014. La période actuelle s'apparente à la troisième grande vague d'appréciation du dollar depuis les années 1970. Lors des deux premières, intervenues de 1980 à 1985 puis de 1996 à 2002, la demande extérieure nette avait amputé la croissance chaque année en moyenne de 0,5 et de 0,7 point de PIB respectivement. Ce frein à la croissance paraît s'exercer à nouveau désormais et pénalise tout particulièrement l'industrie.

Faiblesse de l'investissement, gains de productivité en baisse

A cela s'ajoute la faiblesse persistante de l'investissement des entreprises, sans parler d'un affaiblissement constant des gains de productivité.
Autant de facteurs qui expliqueraient une croissance faiblarde, autour de 1,5% en 2016, une fois passé l'effet positif de la chute des cours pétroliers. Ou une récession ? Les économistes de BAML voient bien le mot revenir en force dans les discussions avec leurs clients, mais les indicateurs habituels n'annoncent pas une probabilité en hausse de récession. Notamment le plus courant, l'écart entre taux d'intérêt à long terme et taux courts.



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Commentaires
a écrit le 28/01/2016 à 13:39 :
Qu'attend Helicopter Janet pour réagir?
Réponse de le 28/01/2016 à 18:25 :
Been.. c'est en train de se faire : ils ont déjà commencé à éponger les défauts des prêts étudiants, et ils sont en train de commencer à combler les trous des "investissements" des banques dans le gaz/pétrole de schiste. Mais comme c'est du banques centrales-à-banques, ça reste discret...
Réponse de le 28/01/2016 à 18:29 :
Hoouupss.. J'ai oublié : ils vont bientôt avoir à combler les subprimes 4x4 qui se vendent à crédit sans condition de revenu. Après, ils se tatent pour savoir s'ils vont faire du subprime pour les avions/hélicopter ou les yachts, les voyages dans l'espace, etc, etc,...
a écrit le 28/01/2016 à 13:31 :
"gains de productivité en baisse"

Alors qu'aux états unis il est courant pour les salariés d'avoir deux voir trois jobs en même temps afin de pallier à l'effondrement des salaires.

Payer le travail moins cher ne fonctionne donc pas, au contraire ça nous enfonce un peu plus à chaque fois et pourtant l'union européenne veut que l'on suive la même voie.
a écrit le 27/01/2016 à 21:28 :
La bonne question ? , dans combien de temps yellen baisse les taux....la montée du dollar
nuit à l' export . La chute du baril a engendré des faillites en masse passées sous silence ?
L' immobilier est à bout de souffle principale source de croissance , l' endettement des ménages est au maximum ...je crois que l' on a atteint la quadrature du cercle .
Réponse de le 28/01/2016 à 12:24 :
@roro: techniquement, les US sont dans un trou plus que profond, mais politiquement et militairement, ils restent la puissance incontournable. Le Nixon Round de 1971 a en déconnecté le billet vert de l'économie réelle et les US impriment donc sans que cela ait de répercussions immédiates. Mais il est vrai qu'il faudra un jour revenir à la réalité :-)
a écrit le 27/01/2016 à 20:42 :
Petit bavardage en réseau diplômé sur la croissance et l’emploi. Fait-on des ronds dans l’eau ? Aura-t-on une entreprise sociale pour la valse des étiquettes, pour vendre des causes philanthropes comme indemniser la pré-retraite avant l’âge de 100 000 payé par exemple par les statuts qui pourraient avoir une augmentation en voyant la cotisation adverse, en vendant des courses de mots et expressions qui pourraient faire une cagnotte et tendre des lignes de pêche avec des prix qui variraient avec un code barre, un compte et des investissements qui connaissent les gagnants et une bourse des mots sans régulateur avec une carte de crédit de type démocratie directe en urnes permanentes, entreprise pour tous. Concernant la monnaie, les exports et les experts, le mot keynes attaque-t-il le mot nétarisme ? La masse serait importante, s’agit-il d’une masse d’armes ou d’une passe d’armes alors qu’on publie qu’on aurait une magie keyneisienne, fait-on dans la prestidigitation économique ? La politique de l’euro sera-t-elle Le QE est-il efficace alors que la croissance publiée selon Investir 23 Jan 16 en zone euro de 1,5 contre 2,5 aux usa et 1,9 pour les pays avancés, fait-on la course en tête derrière le peloton ? Ne devrait-on faire plus d’aides et subventions à la croissance qui seraient critiquées à 70% ou bien mieux ? Avons-nous une gestion de long terme de la monnaie, on parle d’un monétarisme. De nombreux pays feraient des équilibres budgétaires, avons-nous un objectif d’excédents et de balance positive ? La gestion par l’offre concerne-t-elle les biens qui feraient à l’export 596 millions $ en 2011 et 583 en 2014 en passant la monnaie de 1,3-1,4 à 1,4 à 1,1… on entend dire que la contribution des biens au pib serait élevé. L’euro aurait baissé de 25% en 2 ans qu’y avons-nous gagné et est-ce en concordance avec la stabilité des prix et y aura une demande pour un référendum euro? Pour l’export entre 2000, la France aurait plus d’export de bien que le Japon et le RU et en 2014, la France ferait une valeur inférieure de 130 milliards $ 2000… La croissance et l’emploi, n’est-ce pas du potentiel ?
http://chevallier.biz/2016/01/monetarisme-2016-us-historique/
http://www.planet-expert.com/fr/pays/france/chiffres-cles
http://www.challenges.fr/economie/20140716.CHA6195/exportations-la-france-lanterne-rouge-de-l-union-europeenne.html
Réponse de le 28/01/2016 à 0:55 :
@BAL
???????????????????????Vite le code pour déchiffrer...Ma vieille Enigma n'y suffit plus.
a écrit le 27/01/2016 à 18:05 :
Bonne intervention d'Ivan Best, il est important de comprendre simplement. Cependant on ne peut pas parler de récession pour les USA mais de régression. Il s'agit d'un changement de paradigme, l'adoption d'un nouveau cadre. Le pays fusionne ses entreprises souvent inadaptées ou dépassées, les redondances tombent tandis que les valorisations augmentent ou s'ajustent. Le tableau américain reflétant l'année 2015 des entreprises est beaucoup plus fort tandis que paradoxalement nombreuses sont en faillite mais vont être réformées rapidement. L'économie américaine devient plus ordinaire et comparable mais aussi mieux armée pour affronter le choc chinois et européen. Si l'on regarde le tableau des pays forts du monde, seuls 6 participants peuvent se réclamer de ce titre : en Europe et relativement, France, Allemagne et UK, en Asie Japon et Chine puis les USA. Aucun autre pays ne rentre dans cette catégorie et beaucoup d'ancien pays "moyens" s'effondrent ou glissent irrémédiablement comme la Corée, la Suisse ou les Pays-Bas. La plus grande partie du monde est en situation de faiblesse avancée. On ne peut donc utiliser le même terme. La politique de la Fed elle dépend de paramètres complexes qui tiennent de la stratégie. IL est fort probable que la Fed choisisse de beaucoup traîner en route après avoir donné un minuscule signe d'ouverture.
Réponse de le 27/01/2016 à 19:28 :
C'était "presque" bon sauf que ... le UK, le Japon et les us ne produisent PLUS aucune valeur ajoutée. Suffit de regarder leur endettement monstrueux. A la limite, on dirait un concours... Et c'est pas faute d'avoir hyper-dévaluer leur monnaie, là, les us vont être OBLIGES de faire remonter le cours du pétrole pour retrouver l'afflux des rétro-dollars. (tiens, bizarre : quand tu notes pétro-dolars, il te le change automatiquement en rétro-dollars... us-magic-dream inside, certenely). Bonne crise économique mondiale à tous !!
Réponse de le 28/01/2016 à 14:23 :
L'endettement est relatif, @yvan, si tout le monde est endetté de la même manière, personne ne l'est ...! La valeur ajoutée aussi est relative, l'on considère qu'elle est actée par une capacité de "fabrication" mais elle peut l'être aussi bien par la simple fixation des prix. Je pense que les tarifs du pétrole ne remonteront pas car personne n'a intérêt à faire entrer en course par ce procédé de nouveaux concurrents, le gonflement exceptionnel que nous avons vécu correspond aux moyens qui ont été nécessaires pour lisser l'inévitable entrée chinoise. Elle tend vers la fin du cycle, la hausse du pétrole n'est plus utile. En tous cas, merci pour votre humour.

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