Etats-Unis : un ralentissement économique d'un genre nouveau

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Barack Obama, qui quittera la présidence dans un an, va laisser une économie en faible croissance
Barack Obama, qui quittera la présidence dans un an, va laisser une économie en faible croissance (Crédits : Reuters)
Les créations d'emplois importantes enregistrées en décembre devraient s'affaiblir au cours des mois à venir. La croissance va fléchir. Aux Etats-Unis, on parle de récession en dessous de 1,5% de hausse du PIB... Un retournement de conjoncture aux causes entièrement nouvelles

L'économie américaine est-elle en phase de ralentissement, comme le laissaient penser les derniers indices publiés, concernant les perspectives de dépenses dans l'industrie, ou reste-t-elle sur une phase ascendante, comme les chiffres de l'emploi peuvent le suggérer ?
Au mois de décembre, ce sont 292.000 créations de postes -nettes- qui ont été enregistrées dans le secteur marchand non agricole, soit un chiffre largement supérieur à celui qui était anticipé. Les économistes interrogés par Reuters s'attendaient à +200.000. En conséquence, le taux de chômage est resté très faible, à 5%, soit le niveau le plus bas depuis sept ans et demi. Tout irait donc pour le mieux... sauf que les indicateurs avancés, qui donnent une idée de la conjoncture à venir, sont beaucoup moins florissants. Ainsi, l'indicateur ISM pour le secteur manufacturier, évalué par enquête auprès des directeurs d'achat, fait état d'une contraction à venir de l'industrie. Quand cet indice se situe au dessus de 50, cela témoigne d'une phase d'expansion, en dessous de 50, c'est la contraction qui prédomine. Cet indice se situait à 55,7 en novembre 2014, il est tombé à 48,2 en décembre 2015. Il faut remonter à juin 2009 pour retrouver un indice aussi faible.

Intentions d'investissement revues à la baisse

Les intentions d'investissement ont été revues à la baisse, ce qui est cohérent avec le recul, pour la première fois depuis 2009, du taux d'utilisation des capacités de production.
Comment l'expliquer ? Comme le souligne l'économiste Patrick Artus, dans une étude récente, les profits des entreprises américaines tendent à plafonner, tandis que les entreprises ne trouvent guère d'opportunité d'investissement. D'où un recul des perspectives d'investissement, qui contribue en lui-même à assombrir les perspectives de production.

Une récession?

Va-t-on, pour autant, vers la récession ? La croissance américaine, qui a dépassé les 2% en 2015 -le chiffre exact n'est pas encore connu-, pourrait se rapprocher de 1,5% en 2016. Un chiffre dont se contenterait le gouvernement français -c'est ce qu'il prévoit cette année-, mais qui paraît bien faible pour les économistes américains. A tel point qu'ils considèrent que, sous les 1,5% de croissance, le pays tombe dans la récession.
Mais la prévision concernant l'économie américaine apparaît bien malaisée.

Un ralentissement économique inédit

Car c'est un ralentissement économique d'un genre nouveau qui se profile aux Etats-Unis, selon une mécanique relativement inconnue. Comme Patrick Artus le relève, les retournements de conjoncture américains ont habituellement lieu sous l'effet des changements de politique monétaire. Pour résumer, quand l'inflation tend à repartir de l'avant, sous l'effet de salaires qui s'échauffent en raison du plein emploi, la banque centrale, la Fed, relève les taux d'intérêt, ce qui tend à assécher rapidement la distribution de crédit. Le pays entre alors en récession. Ce processus, on l'a vu à l'œuvre en 1974, en 1980-81, 1990-91 et 2000.
Or, rien de tel ne se produit aujourd'hui. L'inflation ? Sur 12 mois, elle est limitée à 0,5%, difficile de faire plus faible. Les salaires ? Ils augmentent très peu, de 2% sur un an. Une accélération avait pu se ressentir début 2015, mais le rythme s'est ralenti depuis. Rien à voir avec les hausses habituelles avant la crise de 2008, qui dépassaient largement les 3% l'an.

Si la banque centrale a relevé ses taux d'intérêt, c'est de 0,25% seulement, faisant passer son objectif pour les fonds fédéraux -le prix de l'argent à court terme entre banques- à une fourchette comprise entre 0,25% et 0,5%. Pas de quoi casser d'un coup la dynamique du crédit...d'autant qu'une seule nouvelle hausse des taux pourrait être enregistrée en 2016.

Rachats d'actions plutôt qu'investissement

D'où vient alors le ralentissement économique ? Il est d'abord concentré dans l'industrie. Mais cela a toujours été le cas. Les entreprises industrielles ont beau s'être redressées, leurs profits tendent à plafonner. Du coup, les opportunités d'investissements véritablement rentables sont faibles, en tous cas aux yeux des patrons de grands groupes, qui jugent qu'il n'y a pas mieux à faire que d'utiliser les profits disponibles pour racheter en bourse les actions de leur entreprise. C'est donc un retournement lié à un essoufflement du processus d'investissement qui aurait lieu en 2016, ce qui ne s'était pas vu aux Etats-Unis au cours de la période récente.

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Commentaires
a écrit le 13/01/2016 à 17:34 :
Avec tant d'economistes distingués , comment la France peut elle etre à ce point au fond du trou. Au lieu de commenter sans arret les chiffres americains, commentez nous un peu plus les chiffres europeens et Français.
De plus , en sept minutes je viens de trouver l'exact contraire de ce que vous par un autre rigolo ,folklo , econo, deconno distingué.
a écrit le 12/01/2016 à 17:27 :
Pour vérifier la production de pétrole aux USA c"est ici:

http://www.eia.gov/petroleum/

Cliquez sur Weekly supply estimates

Pour le gaz c'est ici:


http://www.eia.gov/naturalgas/

Cliquez sur Natural gas gross withdrawals and production

et ainsi de suite pour chaque énergie.
a écrit le 12/01/2016 à 17:19 :
La Fed a accepté de relever son taux pour différentes raisons internes et externes qui ne semblent pas justifiées sauf à ne pas être accusée de n'avoir rien fait. Les entreprises américaines sont dans un état dramatique. Sur la liste du Fortune US 500, près de 450 sont en situation de faillite ou en faillite. Aussi les américains fusionnent-ils à la pelle pour se donner de l'air ou encore vendent-ils ou externalisent-ils ce qu'ils peuvent. Citons bien entendu le cas de Pfizer qui suit celui ancien d'Accenture, partis se cacher en Irlande ou d'autres comme TRW, 17 milliards de chiffre, vendu aux allemands ou d'autres encore refourgés au chinois qui passe. Celles qui restent, souvent, ne trouvent pas de preneur faute à une valorisation purement boursière délirante. On a donc révisé celle des "licornes" supposées enrichir tout le monde et pourtant toutes à vendre, on révise actuellement celle de toute entreprise. Apple a ainsi perdu 200 milliards en peu de temps, Exxon 80, Well Fargo 31, J&J 21, etc. Beaucoup d'entreprises connues des français sont en faillite ou disparaissent, les anciennes comme Kodak ou Levis mais aussi d'autres plus étonnantes, citons celles en état très critique : Campbell soup, Kellogg, Office Dépot, Goodyear, Eli Lilly, Manpower, Xerox, Fedex, Cisco, Avis, Avon, Harley-Davidson, etc. Mais à ces entreprises de "seconde zone" il faut ajouter de nombreuses banques américaines, comme de grosses pétrolières, ce qui n'étonnera personne. On ajoutera aussi General Electric. Qui sait que le repreneur d'une large partie d'Alstom est en quasi faillite et mène une stratégie désespérée ? Et, puisque se déroule actuellement le Salon Automobile de Detroit, on complétera avec General Motors et Ford, pas moins... Les deux entreprises sont en effet dans situation hyper critique voire de faillite avérée, s'obligeant à des "collaborations" multiples afin de grappiller des fonds pour finir les fins de mois. Alors, Oui, l'Amérique a quelques problèmes, ils sont d'ailleurs aussi un traumatisme pour les américains qui croyaient en leurs belles et les voient s'écrouler à rythme élevé. Quelques une restent, heureusement. Cependant les économistes boursiers, autrement dit les spéculateurs, veulent croire qu'il n'en est rien. Ils sont accoutumés depuis des lustres à ce que les succès américains deviennent les leurs en reflet à plus ou moins rapide horizon, de telle sorte qu'ils refusent toute critique objective. La réalité est que les USA deviennent une région ordinaire. La descente est pénible.
a écrit le 12/01/2016 à 16:00 :
Le ralentissement économique ne serait-il pas la conséquence des problèmes rencontrés par l'effondrement de l'exploitation du pétrole de schistes. Une activité non rentable et qui a généré une bulle contenue dans 5 000 milliards de dollars d’obligations d’entreprises dans le secteur du schiste.Encore quelques mois et ce ne sera plus un ralentissement, mais une Bérézina pour les US. La titrisation passant par là le Monde "profitera" d'une nouvelle crise type subprimes. Merci les américains.
a écrit le 12/01/2016 à 13:42 :
Ça n'a rien de nouveau et surtout rien d'inédit : comme l'écrit rryv ci-dessous, comment voulez-vous que les entreprises de gaz & pétrole de schistes tiennent avec un prix du pétrole aussi bas ? Y'a forcément quelque chose là-dessous, sur lequel plane un silence assourdissant. Par ailleurs, comme l'écrit René Monti ci-dessous, les chiffres de croissance et du chômage ne sont pas calculés de la même façon (je dirais plutôt "tordus de façon plus efficaces" !) aux USA et en GB. Rien d'étonnant donc à ce que, par exemple, les taux directeurs, qui sont beaucoup plus le reflet de la réalité économique parce que pilotés par des gens nettement plus sérieux que les politiques, ne remontent pas en GB, et très légèrement (et certainement à contre-coeur) aux USA.
a écrit le 12/01/2016 à 10:45 :
Mais voyons donc, ne nous gérons pas ! C'est un genre nouveau, c'est la nouvelle économie ; normal,non ? puisque c'est la loi de la destruction créatrice. La lecture des commentaires suffit à traduire la perte de valeurs que l'on dénonce un peu partout, dès
l'enfance. Alors, le sous-emploi des investissements comme des humains produit les révoltés fans de sectes et de coups mortifères. Bravo !
a écrit le 12/01/2016 à 9:55 :
Le capitalisme, dans une mondialisation essoufflée, est entré dans l' état de déclin ou stationnaire envisagé par Adam Smith (et tous les économistes classiques). Quant à la croissance, elle est déterminée par l'augmentation de la demande globale. Sans cette demande, la politique de l'offre est inefficace. Reste la destruction créatrice de Schumpeter pour aider à la croissance. A l'heure du Net, des TIC, de l'Ubérisation de l'économie, force est de constater que le taux de remplacement de la nouvelle économie ne compense pas ce qui a été perdu par l'ancienne. En route pour une nouvelle économie de croissance zéro.
a écrit le 12/01/2016 à 9:13 :
Faut-il avoir 200 de QI pour comprendre que la croissance ne peut pas monter jusqu'au ciel? Vais-je acheter 20 voitures et 50 frigos pour maintenir cette croissance à l'infini? Non
Réponse de le 12/01/2016 à 11:06 :
nos envies étant potentiellement infinies, la croissance peu l'être tout autant.
a écrit le 12/01/2016 à 8:24 :
Pourquoi ces "thématiques" et "problématiques" là où "thème" et " problème" suffiraient amplement ?? C'est du snobisme langagier. J'ai mal à mon français...
a écrit le 12/01/2016 à 8:04 :
Le rachat d action, l'investissement le plus en vogue, tellement révélateur d'une Société à bout de souffle...

Concentrer toujours plus les richesses dans les mains d un petit nombre... Sans s apercevoir (au delà de l immoralité du concept... Mais c est un jugement de valeur) que le principe est autodestructeur...

Moins d investissements, moins de potentiel de profit donc moins de profit à terme
Mais aussi moins de société qui travaillent, moins de salariés qui consomment ... Moins moins moins

Un jour j espère le monde se réveillera
a écrit le 12/01/2016 à 7:50 :
suite: il faut financer ce temps de travail libéré par une contribution de l'énergie.
a écrit le 12/01/2016 à 7:47 :
L'énergie permet de réduire la quantité de travail. Cela correspond à du temps de travail libéré par les gains de productivité, que l'on assimile à du chomage. Il faut financer ce temps libéré
a écrit le 11/01/2016 à 20:54 :
La SEULE chose nouvelle par rapport à 1929, est qu'il est maintenant IMPOSSIBLE qu'un Roosevelt arrive au pouvoir sur terre. Donc, il faudra aller jusqu'aux révolutions, ce qui fait TOUJOURS moins de morts qu'une guerre. Tout simplement.
Réponse de le 11/01/2016 à 22:05 :
À lire le blog pétrole sur Le Monde
Un uppercut dans la figure....
Un coût d'extraction tres au dessus des
Prix de vente (écart de plus de 20usd le baril)
Plus de 8M de barils par jour...
Une perte cumulée très supérieure a 160M USD par jour....
Pourquoi un tel aveuglement ?
a écrit le 11/01/2016 à 20:02 :
A priori, pas de mystère, le pétrole baissant fortement depuis 6 mois, le secteur du pétrole de Schiste est en train de sombrer et cela se répercute sur le reste de l'économie. Depuis de nombreux mois, le nombre de puits de pétrole de schiste en activité a fortement baissé. Malheureusement, les principaux médias ne donnant aucune info à ce niveau, il est difficile de se renseigner plus amplement là-dessus.
Réponse de le 12/01/2016 à 7:58 :
J'espère que ceci répondra à vos questions.

http://www.wtrg.com/rotaryrigs.html

Vous pouvez suivre l'indice Rig Count de Baker Hughes publié tous les vendredi à 19 Heure française depuis 1944.

http://phx.corporate-ir.net/phoenix.zhtml?c=79687&p=irol-rigcountsoverview
a écrit le 11/01/2016 à 19:47 :
Les millions de sans emplois non comptabilisés dans les chômeurs doivent s'en moquer comme de l'an 40...
a écrit le 11/01/2016 à 19:36 :
C'est bizarre car lorsque l'on creuse juste un peu, apparait tout de suite que la crise actuelle est identique à celle de 1929-39, qui AVAIT eu le même embryon en 1870. Il n'y a donc RIEN à nouveau à l'ouest.
a écrit le 11/01/2016 à 18:54 :
Ce qu'on a appelé le "capitalisme sans objet et sans projet" n'est pas une nouveauté, c'était la situation pré-crise du début des années 2000.

Il y a beaucoup d'argent disponible chez les riches mais faute de courage et d'esprit d'entreprise les investisseurs préfèrent le placer dans des placements financiers spéculatifs de plus en plus risqués mais potentiellement très rémunérateurs plutôt que dans l'économie réelle ou les gains sont en général plus lents à venir et où il faut avoir du talent et du travail pour arriver à quelque chose.

In fine ce sont des centaines de milliards de dollars qui sont mal utilisés, grossissent des bulles alors que des secteurs vitaux manquent cruellement de liquidités.
a écrit le 11/01/2016 à 18:29 :
La problématique, qui est évacuée par tous les économistes, c'est que les principaux indicateurs économiques ne sont pas du tout équivalents, d'un pays à l'autre.
Ils ne sont pas faux, ils sont différents.
En cause, des définitions différentes, des moyens différents de collecter l'information, des retraitements différents, des affectations de données différentes.
Ainsi, la croissance américaine est surévaluée de 1 à 1.5 % par rapport aux autres pays, et l'inflation est sous-évaluée d'autant, grâce à un indice des prix dit hédonique; qui tient compte (soi-disant), du progrès technologique et de la meilleure qualité (soi-disant), des produits.
C'est un peu le cas de la GB, mais moins fort. Les comparaisons sont donc faussées.
a écrit le 11/01/2016 à 17:54 :
Quelque chiffres bruts sur les Etats-Unis

CES Net Birth/Death Mode

http://www.bls.gov/web/empsit/cesbd.htm

Employment Situation Summary Table A. Household data, seasonally adjusted

http://www.bls.gov/news.release/empsit.a.htm

Unemployment Level
https://research.stlouisfed.org/fred2/series/UNEMPLOY

Civilian Labor Force
https://research.stlouisfed.org/fred2/series/CLF16OV

Civilian Noninstitutional Population

https://research.stlouisfed.org/fred2/series/CNP16OV

Not in Labor Force

https://research.stlouisfed.org/fred2/series/LNS15000000

Alternate Unemployment Charts

http://www.shadowstats.com/alternate_data/unemployment-charts

Pour vous faire une idée de la réelle situation des USA et de son réel taux emplois.
a écrit le 11/01/2016 à 17:38 :
Un ralentissement économique d'un genre nouveau créant probablement une crise financière d'un nouveau genre??????????? Et le chômage bien réel dans l'économie réelle, la misère, les problèmes de santé, de mal nutrition qui ne seront pas d'un genre nouveau. Mais d'un modèle bien connu de la majorité des peuple.
a écrit le 11/01/2016 à 17:30 :
Donc si je comprend bien, on va dans le mur car les grands patrons préfèrent faire racheter leurs actions plutôt que d'investir?
a écrit le 11/01/2016 à 17:26 :
Aujourd'hui il s'agit surtout de la 'gestion à la finance' des entreprises (une gestion rentière), qui a prit le pas sur une véritable 'gestion industrielle' avec les investissements dans la recherche, la formation et l'aquittement des impots pour les externalités externes !

Tant que les règles et l'environnement économique ne motive que la gestion financière, il existera toujours de manque par rapport à l'économie du milieu (middle economy) en anglais, et donc les inégalités croissantes !

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