Etats-Unis : une corrélation surprenante entre suicides et importations

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Dans les comtés les plus vulnérables à la compétition des produits chinois, le nombre de suicides augmentait de 3,5% par an depuis 2000.
Dans les comtés les plus vulnérables à la compétition des produits chinois, le nombre de suicides augmentait de 3,5% par an depuis 2000. (Crédits : reuters.com)
Une étude menée par deux économistes américains démontre que les taux de suicides des zones industrielles vulnérables à la compétition internationale ont augmenté à mesure que les importations venues de Chine bondissaient.

La mondialisation peut-elle conduire au suicide ? La question se pose après lecture des conclusions de l'étude menée par Justin Pierce, membre de la Fed et de Peter Schott, économiste à l'université de Yale (Connecticut).

À partir des travaux d'Anne Case et du prix Nobel Angus Deaton sur l'augmentation de la mortalité chez les hommes blancs âgés de 45 à 54 ans, les deux économistes ont découvert que "la tendance a démarré en 2000, lorsque l'on observe un grand bond des importations américaines de produits chinois et de grosses pertes d'emplois dans l'industrie", analyse Peter Scott dans les colonnes du Wall Street Journal.

Les importations multipliées par cinq

En 2000, le Congrès normalise les relations commerciales avec la Chine. À l'époque, les importations américaines de biens venus de Chine représentaient 100 milliards de dollars. Depuis, le montant a quintuplé pour atteindre 483,2 milliards de dollars l'année passée. 2009 mis à part, la hausse des échanges a été continue depuis 2000.

Parallèlement, des entreprises locales ont souffert de la concurrence de produits chinois moins chers. Certaines n'ont pas survécu, d'autres ont tout de même dû supprimer des effectifs pour maintenir leur activité. Quoi qu'il en soit, ces nouveaux échanges ont créé du chômage dans les régions historiquement industrielles des Etats-Unis.

Or, selon l'étude, les comtés où les emplois étaient les plus vulnérables face à la concurrence chinoise ont vu leur nombre de décès augmenter. Le phénomène "ne pourrait pas être expliqué par d'autres facteurs", retranscrit même le Wall Street Journal. Dans ces mêmes comtés, le nombre de suicides augmentait de 3,5% par an depuis 2000, selon l'étude. Pire, un comté voyait carrément son taux de décès augmenter de 11% pour un point de chômage supplémentaire.

"Nous avons besoin de prendre soin des travailleurs, pas des emplois"

Pour éviter ces drames, faut-il en finir avec le libre-échange ? L'idée semble faire son chemin en Occident. Du Brexit à la présidentielle américaine, les perdants de la mondialisation expriment leur désarroi et leur volonté de changement face à la précarité qu'ils vivent au quotidien.

Pourtant, Peter Scott est contre cette option. Selon lui, la libéralisation des échanges internationaux permet n'est pas souhaitable au vu des avantages qu'elle apporte, notamment en termes de baisse des prix. L'économiste estime que "nous avons besoin de prendre soin des travailleurs, pas des emplois" et plaide pour des programmes de formation des travailleurs afin de les aider à transiter vers des secteurs de l'économie en croissance.

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a écrit le 28/11/2016 à 11:43 :
Pourquoi cette course effréné à la baisse des prix ? Elle sert de justificatif à des comportements inexcusables. Il y a quelques années, des collègues se plaignaient du prix de l'abonnement internet français à 30€, alors qu'il n'était que de 10€ dans un pays de l'Est de l’Europe. Je leur ai alors demandé s'ils étaient prêts à se contenter d'un salaire de l'Est... Ce n'est pas le prix des marchandises qui compte, mais uniquement le pouvoir d'achat. Nous focaliser uniquement sur le prix est un piège pour faire croire que notre pouvoir d'achat augmente.
a écrit le 28/11/2016 à 10:05 :
bien commenté "cd"
a écrit le 28/11/2016 à 9:55 :
"chez les hommes blancs âgés de 45 à 54 ans"

Comme chez nous, c'est la génération née dans les années 60/70 qui trinque le plus en ce moment dans les entreprises, il suffit de regarder la hausse du chômage parmi cette catégorie que le patronat élimine jour après jour .On n'imagine pas les écarts existants avec pourtant seulement une quinzaine d'années de différence avec ceux nés en 45.
a écrit le 28/11/2016 à 9:34 :
Il n'y a aucune surprise, plus les délocalisations ont augmenté plus les salariés se retrouvaient en difficultés car virés ou travaillant plus pour gagner moins et plus le mal être et donc les suicides augmentaient.

Ce qui est surprenant ce n'est pas ce résultat, tout le monde ancré dans le réel vous dira que c'est logique, ce qui est surprenant c'est que vous vous intéressiez au taux de suicide parce que sujet chassé de tous les médias, personne ne parle en france des 15000 personnes en france qui se suicident par an.

Pourquoi ? Parce que c'est le chiffre de l'échec flagrant de tout un système économique et politique, merci à vous donc de nous en parler et de jeter un oeil curieux sur ce désastre humain.
a écrit le 28/11/2016 à 9:00 :
C est bien joli de dire qu il faut former les gens afin qu ils puissent aller dans les secteurs en croissance. Mais c est quand meme loin d etre eviden
t:
1) comment former une personne qui a un CAP ou le bac pour qu il devienne ingenieur en informatique. C est au mieux tres lon, complique et va couter cher

2) le volume d emploi cree dans les nouvelles techno est ridicule par rapport aux pertes dans les secteurs traditionnels. Comparez le nombre d employes de GM a son age d or et d Apple aujourd hui !

3) comment allez vous convaincre un proprietaire d une maison dans un coin paume de vendre a perte sa maison (surtout s il est endette !) pour aller habiter en californie ou il devra se serrer dans 20 m2 vu les prix locaux


Cet article me rappelle le mythe de l entreprise sans usine d Alcatel: on devait juste concevoir les produits et les chinois les fabriquer bettement. Ca s est termine par la disparition d alcatel et Huawei est maintenant le numero 2 du secteur...
Réponse de le 28/11/2016 à 9:58 :
Merci ! Superbe réponse. Ils oublient vite le fait que les gens sont formés dans un domaine et qu'il est difficile de les former pour autre chose d'autant plus qu'il faut trouver un domaine qui plaise. Sinon on obtient une personne formée mais totalement désintéressée... Sans oublier les problèmes géographiques, familiaux, etc.

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