Japon : forte croissance, mais demande intérieure stagnante

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Le Japon est en croissance, mais pas vraiment la consommation
Le Japon est en croissance, mais pas vraiment la consommation (Crédits : © Toru Hanai / Reuters)
La croissance japonaise a accéléré fortement au troisième trimestre, mais les défis restent les mêmes pour Shinzo Abe, car la demande intérieure est sans élan.

La croissance japonaise a accéléré au troisième trimestre 2016. En rythme annualisé (autrement dit, en projetant sur une année la croissance du trimestre), le PIB nippon a progressé de 2,2% contre seulement 0,9% attendu par le consensus des économistes calculé par Reuters. Il s'agit de la plus forte hausse trimestrielle depuis le premier trimestre 2015. Au trimestre précédent, le Japon avait connu une hausse de 0,7% en rythme annualisé. Il y a donc eu un triplement de la croissance en trois mois.

Ces chiffres ne doivent cependant pas faire illusion. Cette croissance s'explique principalement par une forte hausse des exportations, qui progressent de 2% sur le trimestre, soit 8,1% en termes annualisés, portée notamment par les livraisons de semi-conducteurs et de composants de téléphones intelligents. La croissance des États-Unis et de la consommation en Chine ont sans doute contribué à cette croissance, alors que le yen est resté sur le trimestre quasiment stable face au dollar. Les économistes soupçonnent une croissance formée de beaucoup d'éléments exceptionnels.

Demande interne stagnante

En revanche, les composantes de la demande interne demeurent stagnantes. La consommation des ménages demeure quasi stable, en hausse de 0,1%, tandis que l'investissement patine, à - 0,1 %. Ceci demeure un élément des plus préoccupants. Le Japon reste en effet dépendant de la demande extérieure pour sa croissance et ne parvient pas à inciter les consommateurs à dépenser et les entreprises à investir. Ceci pose un problème majeur, car sans reprise de ces deux composantes, il ne saurait y avoir de vraie sortie de la déflation qui tire le Japon vers la stagnation depuis plus de quinze ans.

Shinzo Abe, le Premier ministre nippon, peut sans doute se réjouir de ce bon chiffre, mais l'enjeu de sa politique économique demeure le même. Il faut d'abord transmettre aux consommateurs par des hausses de salaire la dynamique des exportations et le plein emploi où se trouve le pays. Et il faut inciter les entreprises à investir les bénéfices réalisés sur les marchés extérieurs, en partie grâce aux politiques monétaires de la Banque du Japon (BoJ) qui ont affaibli le yen, dans leur outil productif. Deux tâches que les « Abenomics » n'ont pas encore réussi à réaliser.

Plan de relance

Ce sera l'enjeu du prochain plan de relance de 28.000 milliards de yens (environ 241 milliards d'euros) annoncé en septembre par le gouvernement et qui commencera à prendre forme l'an prochain. Pour le moment, la politique budgétaire du gouvernement demeure faible et a même ôté de la croissance au pays au troisième trimestre. Le Japon semble avoir atteint les limites de la seule politique monétaire ultra-accommodante qui, certes, favorise les exportations et les marges des entreprises, mais se montre incapable de jouer le rôle de transmission vers la demande intérieure. Le plan de relance de Shinzo Abe doit donc prendre le relais, mais il évite soigneusement plusieurs éléments clés : comment favoriser la hausse des salaires et comment dynamiser la croissance démographique, notamment par l'immigration.

Le défi Trump

Pour Shinzo Abe, un nouveau défi apparaît. Certes, les plans de relance du président élu des États-Unis, Donald Trump, seront favorables aux exportateurs nippons. Mais si ce dernier met fin comme il l'a évoqué au traité trans-pacifique, il perdra un de ses espoirs de voir les exportations nipponnes continuer à soutenir la croissance et, in fine, de favoriser la hausse des salaires. Donald Trump avait critiqué le Japon durant la campagne, l'accusant de maintenir le yen artificiellement bas. Il pourrait donc être tenté de compenser ce yen faible par des droits de douane plus élevés. L'hirondelle de la croissance japonaise de ce troisième trimestre ne fait donc pas le printemps.

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Commentaires
a écrit le 15/11/2016 à 2:13 :
Mr Godin, toujours aussi pompeux dans une science qu il ne maîtrise guère...
a écrit le 15/11/2016 à 2:13 :
Mr Godin, toujours aussi pompeux dans une science qu il ne maîtrise guère...
a écrit le 14/11/2016 à 15:26 :
M.Godin il faut arréter de nous prendre pour des débiles si 0,5 % est une forte croissançe surtout pour le Japon, alors je n'y comprends plus rien . Comme le disent les économistes le Japon c'est mort ? ils peuvent imprimer autant de PQ qu'ils veulent ils n'ont pas d'acheteurs...
Réponse de le 18/12/2016 à 20:18 :
C'est clair, si faire tourner la planche a billet permettait de relancer la croissance ca se saurait depuis le temps.
a écrit le 14/11/2016 à 10:39 :
C'est LE problème de la logique néolibérale relancer l'investissement c'est bien mais si les entreprises et usines n'ont personne à qui vendre leurs productions cela ne sert strictement à rien ce n'est que reculer pour mieux sauter.

Sans augmentation des salaires il n'y aura plus jamais de croissance et comme le néolibéralisme a pour but d'éradiquer les salariés et leurs rémunération de toutes les façons possibles et comme ils sont trop radins pour accorder un vrai revenu universel qui pourtant les sortirait de l'impasse dans laquelle ils se sont dirigés tout seul on voit mal comment l'économie pourrait s'améliorer.

Au secours.
Réponse de le 18/12/2016 à 20:23 :
Quel rapport entre une POLITIQUE de relance par la demande initiee par le gouvernement japonais et mis en oeuvre par la banque centrale et le "neo"liberalisme ? On est au contraire dans le plus pur dirigisme economique, politique qui echoue sans surprise comme ont echouees toutes les tentatives de controle de l'economie par l'Etat dans le passe.

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