La hausse des taux d'intérêt se profile aux Etats-Unis

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Janet Yellen, présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale
Janet Yellen, présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale (Crédits : Reuters)
En refusant de se dire à nouveau "patiente", la Fed ne repousse plus l'hypothèse d'une hausse des taux d'intérêt. Elle aura lieu probablement en juin

La présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, a renoncé à utiliser le mot « patient », qui traduisait jusqu'à maintenant l'attitude du comité de politique monétaire de la Banque centrale américaine à l'égard d'une hausse des taux d'intérêt. D'où l'assurance, pour le marché, d'une prochaine des hausses des taux  à court terme aux Etats-Unis, alors que ceux-ci sont proches de zéro depuis plus de six ans. Ce ne sera pas en avril, annonce  la Fed dans un communiqué diffusé ce soir,  à l'issue de la réunion de son comité de politique monétaire, sans doute en juin.

Un discours très positif...

La Fed a voulu prendre en compte l'état de l'économie américaine. Verre à moitié vide ou à moitié plein ? Même si elle a abaissé légèrement sa prévision de croissance, à 2,5%, elle a retenu le verre plein. On peut en effet tenir un discours très positif sur la croissance américaine. Les créations d'emplois ne sont-elles pas, chaque mois, au rendez vous, avec un chômage au plus bas, tombé à 5,5% en février ? L'OCDE, qui vient de réviser ses prévisions macro-économiques, n'attend-elle pas une croissance de 3,1% pour 2015, loin, très loin de la zone euro (+1,4%) ? L'organisation internationale souligne la force de cette croissance en dépit d'un hiver très rude au début de l'année, qui aurait pu affecter certaines activités.

... ou plus nuancé

On peut voir aussi le verre à moitié vide, ce que n'omet pas de faire la Fed, dont le discours est nuancé. En février, les salaires ont augmenté de... 0,1%, et de 2% sur 12 mois. Le revenu moyen des américains les moins aisés était en 2013 au même niveau qu'en 1980. Le taux de participation au marché du travail -proportion d'adultes en emploi oui inscrits au chômage est proche du son niveau le plus bas, à 62,8%, en raison d'un nombre important de chômeurs découragés : ils ne trouvent pas de job et n'ont plus droit aux allocations, ils cessent donc de faire les démarches pour être reconnus en tant que chômeurs.
En outre, 17,5 millions d'américains voudraient travailler à temps plein, mais doivent se contenter d'un temps partiel : si on les inclut dans les statistiques du chômage, son taux atteint 11%...

Trois chocs

En outre, trois chocs affectent actuellement l'économie américaine, qui pourraient peser d'ici quelques mois sur la croissance: la chute du pétrole, la hausse du dollar, et l'affaiblissement de l'activité à travers le monde.
Il y a d'abord la chute des cours pétroliers, qui affecte évidemment le secteur. Le développement du pétrole non conventionnel (de schiste) avait contribué à doper la première économie mondiale, au point de la rendre quasi auto-suffisante. Mais, au prix actuel sur le marché mondial - 53 dollars le baril pour le Brent, 42 dollars pour le WTI-, extraire ce pétrole américain n'est plus du tout rentable. D'où une chute des investissements, et de cette activité. Selon Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis, l'effondrement des cours du brut pourrait amputer de 0,75 point le PIB américain. Même si l'OCDE, dans un rapport publié ce mercredi, souligne le montant élevé d'économies que procure cette chute du pétrole aux ménages américains : chaque ménage est gagnant à hauteur de 90 dollars (85 euros) par mois, estiment les experts de l'organisation internationale.
Le deuxième choc est lié à la forte hausse du dollar face aux autres devises, vis-à-vis de l'euro notamment. Certes, les Etats-Unis sont moins ouverts sur l'extérieur que la plupart des pays industriels. Mais la remontée à vive allure du billet vert pourrait leur coûter, là aussi, 0,75 point de PIB, selon Patrick Artus.
Enfin, l'affaiblissement de la croissance à travers le monde - ralentissement chinois et de l'ensemble des pays émergents, activité japonaise décevante et zone euro encore en croissance très modeste- pourrait encore amoindrir l'activité américaine. Natixis évalue cet effet à 0,5 point de PIB en moins.

L'OCDE conseillait la prudence

Voila pourquoi . l'OCDE, quant à elle, avait estimé ce mercredi matin qu'il serait "raisonnable" que la Fed "attende plus longtemps avant de relever ses taux de manière à soutenir encore la demande privée". L'Organisation de coopération et de développemement économiques estime que la Fed nourrit "l'effet richesse" et le pouvoir d'achat des Américains en maintenant des taux très bas.

Mais la banque centrale américaine voit surtout la forte baisse du chômage, qui rapproche l'économie du plein emploi, ce qui constitue l'un  de ses objectifs. D'où la perspective d'une hausse des taux.

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Commentaires
a écrit le 19/03/2015 à 17:01 :
Il faudrait que tous les intervenants admettent que le taux faible de chômage américain ne correspond en rien à une notion de plein emploi. Déjà il faudra admettre que la notion de chômage "frictionnel" est une escroquerie. Ensuite que l'inscription au chômage des USA ne donne droit à aucune indemnisation. S'y inscrivent uniquement ceux qui ne sont pas écartés des critères de recrutement et comptent sur cet enregistrement comme simplificateur de leur recherche. Des millions ne veulent pas, par principe, en faire partie, ils se financent par la famille ou un prêt. Une pratique édifiée comme coutume issue des temps glorieux des décennies passées. D'autres encore plus nombreux ne correspondent pas aux critères d'employabilité américains et ne cherchent plus, ils font des travaux occasionnels, souvent à l'heure ou par petite mission comme décharger un camion, tondre une pelouse, traduire un texte, nettoyer une voiture, poser nu, etc. Il y a aussi des gens totalement marginalisés qui se transforment parfois en bandes de voleurs. La plupart de ces catégories vivent de soupe populaire, de tickets d'alimentation ou de la mendicité. Le "taux" américain correspond donc à une faible partie de la réalité. Il ne peut être comparé avec la structure française et encore moins servir de base à des conclusions qui ne seraient que hasardeuses. La richesse américaine de ces dernières années vient des Q.Es qui ont représenté l'équivalent de l'emploi d'un tiers de la population active totale. La valorisation des entreprises pour un même chiffre d'affaire a aussi doublé et parfois triplé. Il faut se souvenir également que 50 % de l'énergie américain vient du charbon. La baisse du prix du pétrole a été absorbée progressivement sur plusieurs années, seule la dernière à provoqué une cassure officielle. L'effet provisoire le plus remarquable a surtout été que les américains sont passé de l'idée du "big" c'est à dire plus l'on consomme plus on est un bon citoyen au "slim" qui permet de payer ses dettes immobilières en consommant moins de produits courants ou en achetant une voiture "green". La facture extérieure pétrolière du pays a baissé à cause de cette attitude et de l'extraction locale nouvelle. Ce à quoi il faut ajouter que la concentration à marche forcée des entreprises crée un mécanisme de modernisation et d'économies qui complète le processus. C'est pourquoi le pays est menacé de régression véritable que la bulle des valorisations ne pourra cacher longtemps. Va-t-on doubler la valeur des choses là où il est possible pour espérer dire que tout va bien ? Ainsi la Fed aura énormément de mal à remonter ses taux, ni en septembre ni par la suite, ce qui aurait pour petit effet d'améliorer le ratio des banques d'une main mais de freiner encore un peu plus l'économie de l'autre. Il faut attendre que la concentration sans précédant des entreprises leur permettent de se remettre à créer des actifs tangibles et probants. Pour l'instant elle en détruit.
Réponse de le 11/05/2015 à 18:38 :
Super post.
Sauriez vous nous expliquer pourquoi la hausse des taux d intérêts aux US va engendrer une chute (15%) sur le CAC ?
Merci !
a écrit le 19/03/2015 à 14:03 :
Gare pour la France, avec sa dette non maitrisée, qui ne cesse d'augmenter, l'effet de ciseaux serait considérable.Une hausse des taux US aura forcément des conséquences sur les taux de l'euro, puisque la baisse de la parité euro/ dollar est déjà faite. Or, 0.1% de hausse sur 2000 milliards c'est 2Milliards de plus la première année. A bon entendeur salut.
a écrit le 19/03/2015 à 13:44 :
La dette américaine s'élève aujourd'hui à presque 18.300 milliards de dollars, soit 110% du PIB national. Il n'y a que la presse atlantiste pour nous faire croire encore à la "santé de fer" de l'économie américaine... Le Royaume-Uni, puis la France, l'Allemagne et l'Italie se sont déjà tournés vers la Chine, attendez voir d'ici la fin de l'année les autres "surprises" qui vont s'annoncer.
Réponse de le 19/03/2015 à 19:06 :
Cher Itzaak, juste une petite correction : la dette américaine s'élève à l'heure actuelle à la modique somme de 18.3 mille milliards de US dollars. C'est sûr, il y en aura de belles surprises d'ici la fin d'année.
a écrit le 19/03/2015 à 10:40 :
On verra. En ... 2032.
a écrit le 19/03/2015 à 0:06 :
Le pragmatisme de la FED est justifié surtout quand on voit une inflation toujours basse, ce qui laisse de la marge de manoeuvre pour booster le GDP US qui reste encore un peu modeste. N'oublions pas que le yuan chinois reste très dévalué ce qui favorise la production asiatique.
a écrit le 18/03/2015 à 23:45 :
@Mr Best
Dommage que vous colportiez cette légende urbaine de la quasi auto-suffisance américaine en pétrole. Il me semble avoir lu que le pétrole de schiste a permis à leur taux de couverture de la consommation par la production nationale de dépasser assez peu les 50%. C'est bien mieux que nous, mais encore très loin de l'auto-suffisance.
Sinon, merci pour cet article très clair.
a écrit le 18/03/2015 à 23:06 :
Il faut que la tribune change de disque qui est rayé voilà deux ans que la tribune nous dit que la fed nous prépare pour une hausse des taux, mais rien ne vient, deux deux choses l'une, soit l'économie américaine est en plongeon et restera longtemps comme cela, je pose pour ce scénario car on ne remonte pas une économie avec la planche à billets ou soit la dame fait marcher les marchés, c'est ce que je crois aussi car je ne donne pas cher du dollar, qui est à au bout du rouleau.
Réponse de le 19/03/2015 à 8:32 :
ca fait 20 ans qu on entend que le dollar est foutu...le moindre évènement international et tous les investisseurs se ruent sur le Dollar. Il est bien loin d'être foutu, il s'est d ailleurs apprécié ces derniers mois et ce n'est pas fini. Un chiffre qui n'est pas donné ici est celui de l'investissement et il est incomparablement plus élevé qu'en Europe. Alors tout n'est pas rose, mas sur nombre de sujets on a de quoi les envier. Un dernière question pour vous, que va t il se passer pour nous quand la FED va relever les taux? Peut être un nouveau plongeon chez nous....
a écrit le 18/03/2015 à 22:34 :
Facile à comprendre : quand y a pas de croissance, la fed a des taux d'interets bas, pour favoriser la reprise; quand y a de la croissance, la fed a des crédits aux taux d'intérets plus élevés..
a écrit le 18/03/2015 à 20:52 :
@Réaliste:
Après le discourt de J. Yellen, le Dow Jones est en hausse de 1,20 %, au dessus de 18 000, et le Russel 2000 bat un record historique. Des cracks comme ça, j'en reprends un toutes les semaines. Cordialement.
a écrit le 18/03/2015 à 20:05 :
Crach, BOOM !

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