La Jordanie, assoiffée, tente de sauver la mer Morte

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Le projet de canal reliant la mer Morte à la mer Rouge prévoit un pipeline de 200 kilomètre de long, et l'installation d'une usine de dessalement.
Le projet de canal reliant la mer Morte à la mer Rouge prévoit un pipeline de 200 kilomètre de long, et l'installation d'une usine de dessalement. (Crédits : Reuters)
Devenu, selon les autorités locales, le deuxième pays du monde le plus pauvre en eau, la Jordanie se débat pour tenter de combattre ce fléau qui gangrène son économie toute entière. Dans ce contexte, l’idée, vieille de cinquante ans, de relier la mer Morte à sa voisine la Rouge pourrait bien passer de l'utopie à la réalité.

"Pharaonique", le terme employé par certains médias européens pour qualifier le futur canal est à la mesure de ses ambitions : sauver la mer Morte et alimenter suffisamment la Jordanie en eau potable. Ce projet alliant un conduit souterrain de 200 kilomètres de long et la construction d'une usine de dessalement devrait faire entrer ce pays dans la cour des grands états "désalinisateurs".

Baptisé "Red Sea to Dead Sea Canal" (pour "canal de la mer Rouge à la mer Morte"), ce programme, soutenu par la Banque Mondiale, doit permettre dans un premier temps de produire 85 millions de mètres cubes d'eau douce par an, d'ici à 2020. Puis, la cadence passerait à 900 millions de m3 d'eau douce produite chaque année à partir de 2070, soit plus du double du rendement actuel en Israël, l'un des leaders mondial en la matière.

La mer à boire

Car le temps presse pour le Royaume hachémite de Jordanie. Avec le réchauffement climatique et surtout l'arrivée d'un million et demi de réfugiés syriens en quatre ans, la carence en eau du pays a explosé. Nabil Zoubi, en charge du projet au Ministère jordanien de l'eau et de l'irrigation, s'inquiète:

"Cette année, nous accusons un déficit de 300 millions de mètres cubes. Si nous ne faisons rien, il passera à 600 millions de mètres cubes dans vingt ans. Ce n'est plus tenable."

Et cette pénurie n'a pas que des conséquences sociales.

"Aucun pays ne peut se développer sans eau ni énergie, et nous manquons de ces deux ressources. Le niveau de nos nappes phréatiques s'est considérablement réduit, ce qui a impacté notre agriculture. Nous ne voyons donc pas d'autre solution que celle de la désalinisation de l'eau de la mer Rouge", justifie Nabil Zoubi.

Le 1er décembre dernier, le Royaume a donc lancé son appel d'offres pour la construction de ce projet d'envergure qui doit débuter en 2018: le coût est estimé à 1 milliard de dollars rien que pour la première phase, puis, à terme, pourrait atteindre les 10 milliards de dollars. En quinze jours, la Jordanie a déjà reçu une vingtaine de dossiers, dont trois français, envoyés par Vinci, Degremont (filiale de Suez) et Sade.

Une solution miracle?

Les autorités jordaniennes misent tout sur ce programme pour résoudre la problématique de l'eau dans leur pays mais aussi pour préserver la mer Morte, qui a déjà reculé de 30 mètres depuis 1977. Chaque année, son niveau baisse d'un mètre supplémentaire à cause de la surexploitation par Israël de son principal affluent, le Jourdain. Fabrice Balanche, chercheur à l'Institut de politique du Moyen Orient, à Washington, s'alarme:

"C'est un patrimoine de l'humanité et un symbole biblique très important qu'il faut à tout prix sauvegarder."

Le canal, qui pourrait amener 100 millions de mètres cubes de saumure chaque année, serait une aubaine pour le grand lac salé. Mais l'usine de désalinisation envisagée laisse ce spécialiste sceptique :

"Elle suffira à peine aux besoins de la ville d'Aqaba, sera très coûteuse en énergie et peu rentable. Il faut, en Jordanie, une meilleure politique de l'eau : travailler sur la consommation et moins sur l'apport supplémentaire. L'eau est gaspillée car elle n'est pas assez chère et beaucoup de gens ne paient pas les factures."

"Escroqueries au compteur"

Un constat partagé par les ONG écologistes comme Friends of the Middle East (Foeme). Pour le président de sa branche jordanienne, Munqeth Mehyar, c'est une véritable réforme du secteur de l'eau qui est nécessaire:

"Nous devons remédier au trafic qui sévit dans notre pays. Nous perdons en moyenne 50% de l'eau pompée à cause d'escroqueries au compteur. Le gouvernement doit remédier à ce fléau."

Il appelle également à renégocier le partage de l'eau du fleuve Jourdain, pompée aujourd'hui à 95% par le voisin israélien:

"La Jordanie doit récupérer au moins 200 millions de mètres cubes par an d'ici à 2025. Cela renflouera la mer Morte, sans risque écologique, et remédiera à la pénurie d'eau douce."

Une idée qui peut paraître utopique au regard de la situation géopolitique, mais qui fait son chemin grâce aux progrès techniques. Ces cinq dernières années, le programme israélien de dessalement en Méditerranée est devenu si performant que le pays a désormais un excédent d'eau douce.

Pour l'heure, le Royaume hachémite a choisi l'option industrielle plutôt que politique, mais il doit encore trouver des fonds pour la financer. En effet, même si la "phase 1" du projet sera réalisée sous la forme d'une concession de vingt-cinq ans, il faut encore lever plus de 300 millions de dollars à court terme. Après les bonnes résolutions environnementales prises à la COP21, la Jordanie mise sur la solidarité des États pour venir au secours du bien universel que représente cette mer, décidément trop salée.

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Commentaires
a écrit le 11/01/2016 à 10:22 :
A la fin de l'article, il est dit qu'il faut trouver 300.000 millions de dollars à court terme !!
Cela veut dire 300 milliards !!
Est-ce une grosse erreur ??
a écrit le 05/01/2016 à 18:46 :
La Tribune manque t elle de documentation? Depuis plusieurs années ce projet est en gestation entre la Jordanie, l'Autorité palestinienne et Israël. Un accord formel a été signé début 2015 entre les trois parties.
Curieusement, l'article ne parle que de la Jordanie. Quid des deux autres? Ce projet utilisera en grande partie les technologies israéliennes, leader mondial du traitement de l'eau.
Curieusement également, les problèmes d'eau de la Jordanie sont attribués à Israël.
En conclusion, cet article est soit particulièrement mal documenté, soit politiquement orienté.
La Tribune m'avait habitué à mieux.
Réponse de le 09/01/2016 à 19:53 :
Le projet d'origine mené sous l'égide de la Banque Mondiale était en effet partagé avec l'autorité palestinienne et Israël, mais cette première phase qui vient d'être lancée est cette fois pilotée par le gouvernement jordanien. Israël fait seulement partie d'un conseil consultatif qui suit l'évolution du projet.
a écrit le 05/01/2016 à 9:22 :
il faut sauver l'humanite encore un projet fou la cop 21 n'a servie a rien on s'appercevra dans 30ansde la catastrophe creer ( mer de bareine pour les culture de coton ,barrage d'Assouan,l'enorme barage en chine....)cela donne des resultas a cours terme mais des problemes a long terme pour la populatio
Réponse de le 05/01/2016 à 17:30 :
La "mer de Baleine" s'appelait Mer d'Aral !
Réponse de le 05/01/2016 à 17:30 :
La "mer de Baleine" s'appelait Mer d'Aral !

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