La victoire de Trump, symptôme d'un rêve américain brisé

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(Crédits : JONATHAN ERNST)
A entendre des économistes qui ont étudié la situation américaine, la victoire de Donald Trump s'explique aisément: le "rêve américain" est brisé, la peur de l'avenir incite à se tourner vers des candidats anti-système: c'est la révolte de l'homme blanc délaissé

Et si l'élection de Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis, n'était pas si étonnante? Et si elle était logique, découlant simplement de la situation des Américains, des évolutions socio-économiques? A entendre les économistes qui intervenaient ce mercredi matin dans le cadre des Journées économiques (JECO), à Lyon, sur le thème "inégalités et montée des populismes", c'est l'impression qui prévalait.

Après avoir déroulé une série de données sur la montée des inégalités, la directrice des statistiques à l'OCDE, Martine Durand, conclut, pessimiste: le "rêve américain est brisé". C'en est fini de l'idée auparavant ancrée dans l'esprit de beaucoup d'Américains moyens d'un ascenseur social en marche.

"Avant, un Américain pouvait se dire, si je ne réussis pas, ce n'est pas grave, mes enfants y arriveront. Aujourd'hui, ça ne marche plus. Le marché du travail est bloqué, tout comme l'accès à la formation. Il faut bien voir que le taux de chômage très faible masque des travailleurs découragés, qui sont sortis du marché du travail. Les créations d'emplois n'ont pas été au rendez vous, en tous cas pas au niveau attendu en phase de reprise. Du coup, l'impression prévaut d'une grande insécurité économique

Le pire, c'est que l'idée d'insécurité économique, de peur face à l'avenir, touche la population bien au delà des personnes en difficulté. Tous les salariés, même ceux qui conservent une situation relativement confortable, se sentent menacés, explique Martine Durand. D'où la volonté pour les électeurs d'essayer autre chose,de se tourner vers des candidats anti-système.

Philippe Aghion, professeur au collège de France, qui défend l'idée d'une économie tirée par l'innovation, la destruction créatrice, est bien obligé de reconnaître que "le populisme vient d'un manque de mobilité sociale" et que "l'ascenseur social est cassé". S'agissant des Etats--Unis, il avance trois raisons à cette situation. D'abord, une révolution conservatrice (Reagan en Amérique, Thatcher en Grande-Bretagne) "sans souci pour les perdants. Ensuite, une "mondialisation qui profite aux salariés qualifiés, mais qui est mauvaise, pour les non qualifiés, enfin, "la robotisation" synonyme de pertes d'emploi ou de baisse des revenus: les "cols blancs" des grandes bureaucraties privées, selon l'expression de l'économiste Daniel Cohen, que sont les banques et les compagnies d'assurance, risquent de perdre leur emploi et de ne retrouver que des jobs déqualifiés dans les services.

L'homme inutile

 Avec le risque d'enchaîner les petits boulots, de tomber dans la situation de "l'homme inutile" selon l'expression de Pierre-Noël Giraud, professeur d'économie de à Mines Paris Tech. "La pire des inégalités, c'est l'inutilité" souligne-t-il. C'est l'absence d'accès à l'emploi ou l'enchaînement de petits boulots. Cet homme "inutile" ne comprend pas vraiment la cause de sa situation.

"Avant, quand la lutte des classes était encore au goût du jour,  il y avait un ennemi désigné, c'était le capitaliste. Maintenant que cette confrontation a disparu, c'est l'incompréhension qui règne, d'où la révolte contre le système.

C'est "la révolte de l'homme blanc" délaissé, confirme Martine Durand. Les politiques ont laissé le système dériver, ne sont pas intéressés aux "hommes inutiles", souligne Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités. "Le problème, c'est que les hommes inutiles votent!

 "Des formes de guerre civile"

Sur quoi peut déboucher la victoire de Donald Trump? Philippe Aghion s'attend à une "politique de dépense publique à la Reagan, finalement très keynésienne". Pierre Noël Giraud va plus loin: "en l'absence d'alternative claire, on peut aller vers des formes de guerre civile" affirme-t-il. Il ne croit pas, toutefois, que le populisme débouche sur le fascisme, comme dans les années 30, car le bolchévisme a disparu.

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Commentaires
a écrit le 10/11/2016 à 7:43 :
Le Brexit; Trump, le Pen correspondent aux anciens territoires miniers soumis à la crise de l'énergie. La solution consiste à basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique, autrement dit, réduire les charges sociales sur la production et les reporter sur la consommation d'énergie. Essayez de comprendre. Tout ça est expliqué dans la note n°6 du CAE.
a écrit le 09/11/2016 à 18:24 :
"Sur quoi peut déboucher la victoire de Donald Trump ?" sur la continuité du modèle économique actuel.

En ces temps de déclin de la croissance inéluctable de l'économie, chaque élu est un sacrifice de son parti.Ils y passeront tous un à un, jusqu'à ce que le peuple, transformé majoritairement en chômeurs et précaires très pauvres, décide de renverser le système du salariat pour rétablir son unité perdu avec les moyens de production.

En ce qui concerne le bolchevisme, il ne viendra jamais.C'était un système de salariat à l'envers produisant de la pénurie.Mais un salarié n'a pas le temps libre nécessaire pour comprendre cela, il lui faut beaucoup de temps, comme par exemple, le temps libre dégagé par le chômage.
a écrit le 09/11/2016 à 15:59 :
"Sur quoi peut déboucher la victoire de Donald Trump? Philippe Aghion s'attend à une "politique de dépense publique à la Reagan, finalement très keynésienne". Pierre Noël Giraud va plus loin: "en l'absence d'alternative claire, on peut aller vers des formes de guerre civile" affirme-t-il. Il ne croit pas, toutefois, que le populisme débouche sur le fascisme, comme dans les années 30, car le bolchévisme a disparu."
NON mais sérieusement qu'est ce qi faut pas entendre. le keynésianisme s'appui sur des dépenses de l’état hors les USA sont surendettés - "bolchévisme a disparu" le fascisme allemand des années 30 s'appuyait aussi sur les peuple et non sur les énarques. Bref des sois disant économistes intelligents avec 10 ans d'études qui parlent pour rien dire et qui étaient TOUS convaincus que Trump ne pourrait jamais passer.

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