Pourquoi le Japon part à la conquête de l'Afrique

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Le premier ministre japonais Shinzo Abe a annoncé le week-end dernier un grand plan d'investissements du Japon en Afrique afin de séduire ce continent où les opportunités économiques ne manquent pas.
Le premier ministre japonais Shinzo Abe a annoncé le week-end dernier un grand plan d'investissements du Japon en Afrique afin de séduire ce continent où les opportunités économiques ne manquent pas. (Crédits : Reuters)
A l'issue de deux jours de conférence à Nairobi (Kenya), le Japon, par la voix de son premier ministre Shinzo Abe, a une nouvelle fois affirmé sa volonté d'investir massivement en Afrique. Une stratégie qui tient autant d'un objectif économique que d'une visée géopolitique.

Si l'on pouvait encore s'interroger sur la nature des relations nippo-africaines, ces derniers jours ont levé tous les doutes. C'est un Japon conquérant qui s'est présenté les 27 et 28 août à Nairobi pour la traditionnelle Conférence Internationale de Tokyo pour le Développement de l'Afrique (Ticad). Tandis que le centre-ville de la capitale du Kenya était transformé en véritable "foire" de promotion des entreprises japonaises, les dirigeants africains ont eux pu se délecter des promesses d'investissement sur tout le continent de la part de Shinzo Abe. Le premier ministre nippon est résolu à ne pas laisser l'Afrique entre les mains de son voisin chinois.

Une conférence placée sous le signe de la séduction

Force est de reconnaître que le gouvernement japonais a mis les petits plats dans les grands pour séduire le continent africain lors de ces deux jours de conférence. Premier symbole, l'événement s'est tenu pour la première fois dans un pays africain, à la différence des cinq éditions précédentes (depuis 1993). Cette conférence qui a à l'origine pour but de promouvoir le dialogue entre dirigeants politiques et économiques de l'Afrique et du Japon s'était cette fois-ci clairement transformée en une opération séduction de la part des élites nippones.

Les grandes firmes industrielles nationales (Toyota, Mitsubishi, Honda ou encore Canon) était présentes pour la première fois afin de promouvoir leurs produits. Une ouverture au secteur privé qui dénote par rapport aux éditions précédentes davantage axées sur l'investissement public et l'aide humanitaire. Tout au long du week-end, le Japon a insisté sur la "qualité" des services qu'il propose, une référence à peine voilée au fait que Tokyo est perçu sur le terrain comme un prestataire de meilleure qualité, même s'il est plus lent et élabore des projets de moindre ampleur que la Chine. Shinzo Abe n'a quant à lui pas cessé de vanter les mérites des différents états africains, passant outre les controverses associées à certains dirigeants. Le week-end dernier, c'est le principe de "business first" qui prévalait.

Un plan d'investissement économique très ambitieux.

A travers une promesse d'investissement très médiatique de 30 milliards de dollars de 2016 à 2018, Tokyo a cherché à déployer un plan de développement sur trois secteurs en particuliers. Tout d'abord l'industrialisation à partir d'une diversification de l'économie africaine. Dix milliards de dollars seront affectés aux "infrastructures de qualité" : les capacités de production d'électricité devront augmenter de 2.000 mégawatts pour satisfaire 3 millions de foyers d'ici 2022. Le développement via l'aménagement des transports urbains est également prévu. En parallèle de ces investissements, le Japon a promis de former 30.000 personnes en ressources humaines et 20.000 enseignants en sciences naturelles et mathématiques. Une formation qui selon les dires des différentes dirigeants nippons constituerait le "noyau de l'activité économique".

Le deuxième secteur ciblé est celui de la santé. 20.000 experts, décideurs politiques et administrateurs chargés des mesures contre les maladies infectieuses à l'échelle régionale seront formés. 500 millions de dollars seront également investis pour traiter des problématiques nutritionnelles et de sécurité alimentaire.

Enfin dernier secteur concerné : la stabilité sociale. Les autorités nippones vont affecter 500 millions de dollars pour faire bénéficier 50.000 personnes d'une formation professionnelle. 1,8 milliard de dollars seront eux affectés à la formation de 4.000 personnes dans les domaines de l'énergie pour faire face au changement climatique.

Au total ces 30 milliards de dollars incluent de nouveaux engagements (ci-dessus) à hauteur de 21 milliards tandis que les 9 milliards restants proviennent de la promesse d'investissement prononcée en 2013 lors de la précédente Ticad.

L'opportunité de relancer l'économique japonaise

Derrière ces investissements massifs se cache bien évidemment l'enjeu du contrôle d'une région stratégique et d'ores et déjà convoitée par les puissances internationales. Mais c'est aussi l'occasion pour le Japon de trouver des débouchés à ses produits et de relancer en partie son économie. Alors que les Abenomics ont vite montré leurs limites, Shinzo Abe souhaite utiliser l'Afrique pour grapiller quelques points de croissance.

C'est dans ce but que le premier ministre japonais a convié à cette grande conférence de nombreuses entreprises japonaises et annoncé la création d'un Forum économique public-privé nippo-africain qui réunira ministres et patrons d'entreprises. Shinzo Abe a par ailleurs signé plusieurs accords de partenariats économiques avec son homologue kényan Uhuru Kenyatta : le Japon investira au Kenya à l'avenir tandis qu'une convention fiscale entre les deux pays est en discussion. Au final plus de 70 protocoles et accords commerciaux entre le Japon et l'Afrique ont été signé.

"Nous avons le sentiment profond que le Japon peut croître en Afrique, où les possibilités abondes", a affirmé Shinzo Abe.

Il s'agit donc pour le Japon, qui a longtemps boudé le continent africain en tant que partenaire commercial, d'offrir des opportunités de débouchés à ses entreprises, souvent expertes dans des domaines clés en Afrique comme l'énergie, la planification urbaine ou encore la prévention des catastrophes naturelles.

Une concurrence sévère avec la Chine

Mais ce plan d'investissement ambitieux répond aussi au désir du Japon de ne pas se laisser distancer sur place par son éternel concurrent Chinois. En 2014, la part des investissements en Afrique dans le volume mondial du Japon à l'international s'élevait à seulement 1,2%. Près de quatre fois moins que la Chine la même année. En 2015 les échanges commerciaux entre le Japon et l'Afrique s'élevaient à 24 milliards de dollars contre 179 milliards de dollars d'échanges du continent avec le géant chinois.

Devant cette nouvelle concurrence, Zhang Ming, vice-ministre des Affaires Etrangères en Chine, a d'ailleurs réagi en affirmant implicitement que le Japon risquait d'être un des nombreux pays qui promet beaucoup mais honore finalement peu ses engagements. Une manière comme une autre de se démarquer du Japon mais aussi d'autres pays asiatique comme l'Inde et la Corée du Sud qui lorgnent depuis quelques années ce continent africain à l'avenir prometteur.

"Nous espérons que les partenaires de l'Afrique honoreront leurs engagements avec de vraies actions et délivreront des résultats tangibles aux africains", a commenté Zhang Ming.

Comme si la rivalité entre la Chine et le Japon n'était pas encore assez établie, Shinzo Abe a commencé son discours introductif à Nairobi en défendant le droit à l'Afrique de disposer d'un fauteuil de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, faisant même de la réforme de ce conseil "un objectif commun pour le Japon et l'Afrique". Difficile de douter que cet appel n'était pas destiné à irriter la Chine, déjà membre du Conseil de Sécurité, et opposé à cette évolution.

A force d'investissements massifs et d'une entrée sur la scène géopolitique africaine, le Japon s'impose comme un concurrent sérieux pour son voisin chinois sur ce nouveau champ de bataille africain. Reste désormais à voir si ces promesses seront effectivement suivies d'actes... et de succès.

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Commentaires
a écrit le 30/08/2016 à 10:32 :
La moitié de l'Afrique est francophone, que faisons-nous? Une enquête approfondie serait
la bienvenue.
a écrit le 30/08/2016 à 5:50 :
Le continent africain est celui de demain. La France a basé sa relation économique et politique sur des petits gestes entre amis trop souvent peu fréquentables. La France a particulièrement exportée sa vision bannière d'une république, même si la Chine et autres continuent dans cette mascarade d'aides. Depuis des décennies des milliards ont été déversés sur ce continent plus de ses propres richesses trop laissées à des mains non pas baladeuses mais profiteuses. Lorsque je vois notre frisé national le bon!!!Borloo nous faire le tour de l'Afrique pour vendre son baratin mais qui ne produit pas de Kw, encore une fois al France des discours pas celle dont a besoin l'Afrique. une nouvelle fois mais nous sommes habitués la France passera à côté de la croissance africaine, trop dans la tambouille des vieux africains. Amis africains bonne chance vous avez du potentiel humain et les ressources ne manquent pas, reste à virer les vieux profiteurs et ceux qui pensent encore que l'Afrique d'aujourd'hui est l'Afrique des années 70. Surtout gérez le grand sujet du blocage de cette croissance vous pb interne ethnique, ceux du sud contre ceux du nord etc etc
a écrit le 29/08/2016 à 20:12 :
"ou encore la prévention des catastrophes naturelles." Clair qu'ils sont vachement en avance : ils démantèlent leurs centrales nucléaires à coup de tsunamis et tremblements de terre...
a écrit le 29/08/2016 à 19:40 :
L AFRIQUE EST UN CONTINENT PLEIN D AVENIR? UNE TERRE RICHE UN SOUS SOL NON EXPLOITER ET UNE MAIN DOEUVRE JEUNE ET SOLIDE QUI NE DEMANDE QU A TRAVAILLE POUR QUE LEURS PAYS SE SORTE DE LA MISERE ?APRES LES FRANCAIS LES CHINOIS MAINTENENT LE JAPON? CA VAS DANS LE BON SENS???
Réponse de le 30/08/2016 à 14:06 :
Pas crier, pas crier ....
a écrit le 29/08/2016 à 19:02 :
parce que le néolibéralisme c'est, crise économique endémique oblige, prendre aux pauvres pour donner aux riches.

« Faîtes payer les pauvres ! Bien sûr, les riches ont la capacité de supporter des impôts bien plus lourds, mais les pauvres sont tellement plus nombreux »." Joseph Caillaux, ministre des finances sous Clemenceau.

Pauvre Afrique, continent maudit s'il en est, alors qu'elle commençait juste à se sortir des fléaux engendrés par les occidentaux.

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