Quand Beyrouth est inondé par une rivière... de déchets

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La photo prise le 23 février du site de Jdeidé, dans l'agglomération urbaine de Beyrouth, montre un fleuve d'ordures traversant certains quartiers de la ville.
La photo prise le 23 février du site de Jdeidé, dans l'agglomération urbaine de Beyrouth, montre un "fleuve d'ordures" traversant certains quartiers de la ville. (Crédits : Reuters)
Après quelques mois d'accalmie, la "crise des ordures" menace de nouveau la capitale libanaise. Le site temporaire de stockage mis en place à l'automne, après l'amoncellement des poubelles dans les rues pendant des mois, est désormais saturé. Le problème exacerbe l'instabilité politique du pays.

La crise dure désormais depuis plus de sept mois. Les ordures s'amoncellent à Beyrouth, capitale du Liban, exacerbant le mécontentement de la population. Après la fermeture le 17 juillet de la décharge de Naamé qui desservait la ville, une "nouvelle révolution arabe" a été évitée de près.

Face à  l'incapacité des autorités à trouver une issue au problème des poubelles qui s'entassaient dans les rues, les habitants de la capitale libanaise ont lancé une opération baptisée "You Stink" ("Tu pues"), et de violents accrochages ont éclaté entre policiers et manifestants fin août, accentuant la pression sur un gouvernement déjà paralysé par de profondes divisions. Puis, une solution provisoire a pu être trouvée: les déchets ont été stockés temporairement dans l'aire de La Quarantaine, près du port.

Un site de stockage temporaire saturé

Mais les craintes resurgissent désormais, après une mise en garde lancée par les organismes en charge de la collecte ainsi que de la gestion du tri et du traitement des déchets, concernant  l'état de saturation de l'aire de stockage de La Quarantaine. La photo prise le 23 février d'un autre site, celui de Jdeidé, dans l'agglomération urbaine de Beyrouth, montre un "fleuve d'ordures" traversant certains quartiers de la ville.

Fleuve de poubelles à Beyrouth

Le gouverneur ("mohafez") de Beyrouth, Ziad Chbib, n'a pas tardé à intervenir pour rassurer la population : le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), qui traite directement avec la compagnie, propose notamment une nouvelle manière de stocker les ballots permettant d'employer le site au maximum de sa capacité, a-t-il expliqué au journal L'Orient-Le Jour.

Les autorités en retard ?

L'objectif est d'éviter que les poubelles envahissent de nouveau les rues. Mais la réactivité des autorités continue de poser question, l'organisme de gestion de la collecte soulignant que les premières mises en garde ont déjà été envoyées au CDR et au ministère de l'Intérieur et des Municipalités début février, sans réponse. Ziad Chbib, qui n'a pas précisé en quoi consiste la nouvelle méthode de stockage, a par ailleurs déclaré ne pas rechercher de nouveaux terrains :

"Nous attendons avec impatience que l'État trouve une solution. Il faut que ces déchets soient transportés dans une décharge. En fin de compte, que ce soit sur ce terrain ou sur un autre à Beyrouth, il ne s'agit que d'aires de stockage temporaires et non pas d'une décharge permanente", a-t-il expliqué à L'Orient-Le Jour.

Le ministre de l'Environnement, Mohammad Machnouk, cité par la même source, a pour sa part réaffirmé le 23 février que le Liban "devait traiter ses déchets sur son territoire". Si "sur le long terme, nous avons besoin d'une décharge où seront enfouies les ordures après traitement", "dans l'immédiat, il faut mettre un terme à cet empilement terrifiant de déchets et à la multiplication des décharges sauvages", a-t-il reconnu.

Un pays sans président

La question reste néanmoins très sensible, puisqu'elle exacerbe l'instabilité politique du pays. En août, le Premier ministre Tammam Salam avait reconnu que le problème des ordures était la goutte d'eau provoquant l'ire de l'opinion publique :

"Le problème est bien plus compliqué. Le problème est celui du dépotoir politique de ce pays", avait-il observé.

Au problème endémique des ordures s'ajoutent notamment les coupures de courant de plus en plus nombreuses.

Le chef du gouvernement avait cependant mis en garde ses concitoyens contre le risque d'un effondrement politique, menaçant de démissionner. En ce cas, un gouvernement de transition aurait dû être mis en place. Sauf que suivant la constitution libanaise, le chef du gouvernement aurait dû être désigné par le chef de l'État ... absent depuis mai 2014.

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Commentaires
a écrit le 01/03/2016 à 9:46 :
Incroyable image merci pour cette information.

En effet la crise politique, forcément due à l'incompétence des décideurs économiques qui doivent se sentir bien comme cela, dépasse les bornes.

Mais sans un soulèvement de la population la classe dirigeante continuera sa gestion calamiteuse d'un système économique dont elle possède pourtant les tenants et aboutissants.

Il est évident qu'une gestion populaire politique non professionnelle résoudrait bien d'énormes problèmes de ce genre parce que tant que les riches ne se sentent pas concernés du coup rie ne se fait.

Voilà tout ce qu'est capable de nous proposer notre classe dirigeante: Une rivière de déchets, je trouve l'image plutôt adaptée à notre situation économico-politique.
a écrit le 26/02/2016 à 8:52 :
Dire que certains prennent comme exemple le Liban comme coexistence pacifique et réussie du multiculturalisme !!!
Réponse de le 01/03/2016 à 9:41 :
Comment arrivez vous à placer le terme "multiculturalisme" sur un sujet concernant la gestion de déchets d'un pays ?

Je sais vous ne pouvais pas me répondre je le comprends bien hein...

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