Réfugiés : le financement du développement, nouvelle urgence de la crise

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Au Liban, les réfugiés syriens représentent 25% de la population totale, en Jordanie, près de 15%. Sur la photo, à Sidon, au sud du Liban.
Au Liban, les réfugiés syriens représentent 25% de la population totale, en Jordanie, près de 15%. Sur la photo, à Sidon, au sud du Liban. (Crédits : Reuters Ali Hashisho)
Cinq ans après le début du conflit en Syrie, l'exode des réfugiés divise l'Europe, et asphyxie les économies des pays voisins. L'urgence humanitaire s'est transformée en impératif de développement pour éviter l'implosion.

Pendant que la chancelière allemande, Angela Merkel, joue une nouvelle fois son va-tout pour trouver une solution en Europe à la crise des migrants -un nouveau sommet extraordinaire avec la Turquie sera organisé début mars- le Liban et la Jordanie sont proches de l'asphyxie.

Officiellement, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) recense 1,5 million de réfugiés syriens au Liban et  600.000 en Jordanie. Mais ces chiffres ne sont sans doute qu'une estimation en dessous de la réalité. En janvier, le maire d'Amman, la capitale jordanienne, avançait le chiffre de 1,2 million de réfugiés syriens.

Dans certaines villes, il y a plus de réfugiés que d'habitants

Au-delà des chiffres, les témoignages de cette réalité sont encore plus inquiétants. "En Jordanie, les municipalités ont puisé dans leur propre budget. Certaines accueillent un nombre de réfugiés supérieur à leur nombre d'habitants", raconte Ahed Al Ziyadat, chargé de mission au ministère des Affaires municipales.

"Nous sommes l'un des pays les plus pauvres au niveau des ressources en eau. Cela entraîne de graves difficultés. Nous sommes arrivés à un stade où ne pouvons plus accueillir de gens", alertait de son côté, Ahed Al Ziyadat, à Paris, lundi 15 février, lors de la présentation d'un rapport de la Banque mondiale sur les réfugiés.

Au Liban, le système éducatif est proche de l'explosion. Il y a désormais plus d'élèves et d'étudiants syriens dans les écoles et les universités. Pour le moment, le gouvernement est contraint de bricoler, en instaurant notamment un système de roulement (école le matin, et l'après-midi) pour que le maximum d'élèves soit scolarisé. Mais jusqu'à quand ?

Dans une interview accordée à La Tribune cette semaine, Farid Belhaj, directeur de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient Afrique du Nord (MENA), confiait ses doutes sur cette situation précaire : "le fait que le Liban puisse absorber autant de réfugiés sans que l'état ne s'effondre, et sans guerre civile, est un miracle".

Des politiques court-termistes devenues obsolètes

L'urgence n'est plus seulement humanitaire.

"Il ne s'agit pas uniquement d'aider les réfugiés. Car, le risque c'est effectivement d'attiser les tensions entre les communautés hôtes et ces réfugiés", admet Franck Bousquet de la Banque mondiale.

Dans un contexte où 90% d'entre eux vivent dans un tissu urbain, et non dans des camps d'accueil, "il est important de regarder comment on peut apporter des services en matière de santé, d'éducation et d'emploi, en tenant compte à la fois des populations locales et des réfugiés", détaille le directeur des programmes pour la région MENA.

Pourtant, alors même que le Liban et la Jordanie supportent un effort sans précédent, ils demeurent exclus des financements concessionnels (c'est-à-dire à des taux avantageux) qui sont réservés aux pays les plus pauvres. L'écart entre leurs besoins -en infrastructures notamment- et leurs possibilités de financement se creuse. A titre d'exemple, la Jordanie estime à 8,25 milliards de dollars son déficit de financement pour la période 2016-2018.

L'impact économique de ce conflit sur les pays voisins a déjà atteint les 35 milliards de dollars, avance la Banque mondiale. "Ces pays ont puisé dans leurs ressources propres pour faire face à la crise des réfugiés. Le taux d'endettement de la Jordanie est de 91% par rapport au PIB, au Liban c'est 136%", détaille Franck Bousquet, directeur des programmes, partenariats et solutions intégrées à la région Moyen-Orient Afrique du Nord (MENA).

"En Jordanie, le coût de cette crise est estimé à 2,5 milliards de dollars par an, soit 6% du PIB, et le pays consacre un quart de ses dépenses annuelles aux réfugiés", poursuit le responsable.

Nouveaux mécanismes de financement

Début février, la Banque mondiale a annoncé qu'elle allait multiplier par trois le montant de ses engagements dans la région MENA (soit 20 milliards de dollars)  sur les cinq prochaines années.

Depuis plusieurs mois, l'institution financière travaille également sur de nouveaux mécanismes de financement avec les Nations unies et la Banque islamique de développement. Alors qu'ils en étaient exclus jusqu'à présent, la Jordanie et le Liban seront bientôt éligibles aux prêts concessionnels. Dans les cinq prochaines années, un milliard de dollars de dons devraient être levés auprès de bailleurs de fonds pour pouvoir ensuite mobiliser des financements concessionnels à hauteur de 3 ou 4 milliards de dollars.

"Le but c'est de faire en sorte que la mobilisation des pays donateurs puisse apporter des financements concessionnels à ces pays-là, c'est-à-dire des financements qui s'étalent sur une durée de 30 ans, avec une période de grâce de 4 ans, à des taux de l'ordre de 1,5 - 2%", détaille Franck Bousquet.

Impératif de stabilité économique au Yémen, en Irak ou en Libye

Dans un second temps, d'autres fonds à des coûts plus avantageux que sur les marchés devraient être mobilisés pour la reconstruction et la relance économiques, pour des pays comme l'Irak, le Yémen ou la Libye. Bien qu'ils ne soient pas directement impactés par la crise des réfugiés, ces pays ont besoin de plans d'aide pour garantir leur stabilité.

"L'Irak, s'il venait à bénéficier de cette initiative, pourrait sauver de l'ordre de 500 à 600 points de base donc 6% par rapport au taux d'emprunt auquel le pays peut prétendre sur les marchés de capitaux", précise le directeur des programmes de la région MENA.

La Banque mondiale avance la mobilisation de plusieurs milliards de dollars, mais aucun montant précis n'a été arrêté pour l'instant.

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Commentaires
a écrit le 20/02/2016 à 10:53 :
Il faut peut être penser à l'énergie, et en plus ce serait bon pour le climat.
Réponse de le 20/02/2016 à 14:48 :
Toujours la même rengaine...
Avez-vous pensé à consulter???
a écrit le 20/02/2016 à 9:28 :
Nous voyons que la crise migratoire en Europe, est la cause de l'incompétence de nos dirigeants Européens. Si les pays qui accueilles ces flots de réfugiés étaient aides. Tous ces pauvres gens ne risquerais par leur peau en Méditerranée. Au lieu de proposer des Milliards à la Turquie ( acteur partiel du problème), il faudrait aider la Jordanie, le Liban, etc à accueillir provisoirement ces populations. Ceci aurais quand même deux effets, le premier l'arrêt massif de l'exode de ces populations et que les états qui les accueille ne sombre pas dans le chaos et ne rajoute au désordre de la région. Quand à la Turquie, un peux de fermeté ne serais pas du luxe. Que se passeras il, si les troupes Turque franchissent la Frontière Syrienne pour défendre les rebelles D'origine Turkmène. Croyez vous que les Kurdes, l'armée Syrienne laissera faire. Quel sera la réaction des Russes. Le résultat probable est une guerre généralisé dans la région.
a écrit le 19/02/2016 à 18:31 :
Cela ne le serait pas si les méga riches et ultra riches et multinationales payaient leurs impôts.

Interdisons les paradis fiscaux, plaie béante au beau milieu de notre démocratie.

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