Soudan du Sud : la guerre du pétrole menace toute l'économie

Par latribune.fr  |   |  826  mots
Ravagée par une guerre civile au nom du pétrole qui dure depuis 17 mois, les Sud-Soudanais vivent l'enfer au quotidien. (Crédits : © XXSTRINGERXX xxxxx / Reuters)
Les rebelles menacent de s'emparer des derniers champs de pétrole encore en activité au Soudan du Sud, ce qui serait pour eux une victoire majeure et probablement le coup de grâce pour une économie agonisante, entièrement dépendante de l'or noir. Même loin du front, les Sud-Soudanais subissent de plein fouet les conséquences de la guerre civile qui ravage leur pays depuis 17 mois et a plongé la moitié de la population dans le besoin d'une aide humanitaire.

Le Soudan du Sud, né en 2011, ne fait pas les gros titres de l'actualité, et pourtant ses habitants vivent une guerre civile qui ravage ses ressources et menacent son économie. Les rebelles menacent de s'emparer des derniers champs de pétrole encore en activité. Le point d'orgue d'une guerre qui dure depuis 17 mois entre les forces rebelles et l'armée gouvernementale, sur plusieurs fronts le long du Nil Blanc, aux confins des Etats d'Unité, du Jonglei et du Haut-Nil, dans le nord du pays.

La guerre avait éclaté en décembre 2013, lorsque le président sud-soudanais Salva Kiir avait accusé Riek Machar de fomenter un coup d'État. Le conflit a depuis été marqué par des exactions à grande échelle commises par les deux camps (massacres ethniques de civils - adultes comme enfants -, viols de masse, recours aux enfants-soldats...) et a fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés.

Bataille cruciale autour du dernier puits de pétrole en activité

Dans l'Etat d'Unité, l'armée a annoncé avoir repris l'enclave stratégique de Leer après une vaste offensive lancée fin avril - une des plus violentes depuis le début de la guerre civile, avec comme d'habitude d'innombrables exactions.

Région natale de l'ancien vice-président devenu chef rebelle Riek Machar, Leer avait déjà été complètement mise à sac en janvier 2014.

Les rebelles ont répliqué la semaine dernière par une contre-attaque sur Malakal, capitale en ruine de l'État du Haut-Nil, qu'ils affirment contrôler. Malakal a changé sept fois de mains ces derniers mois. Ils ont également annoncé vouloir prendre le contrôle de la zone pétrolifère de Palouch toute proche, exigeant des sociétés y travaillant qu'elles évacuent leurs travailleurs.

Sous contrôle gouvernemental, les puits de Palouch, dont le pétrole transite par le Soudan avant d'être exporté par la mer Rouge, sont les derniers encore en fonctionnement au Soudan du Sud. La bataille en cours est donc cruciale.

Désastre humanitaire pour les Sud-Soudanais

Même loin du front, les Sud-Soudanais subissent de plein fouet les conséquences de la guerre civile qui ravage leur pays et qui a plongé la moitié de la population dans le besoin d'une aide humanitaire.

Lauren Odeil, mère de huit enfants, explique que le prix du sac de 50 kilos de farine a triplé en un an. Et la tendance est la même pour le riz, les haricots, l'huile...

"Si la situation continue comme ça, beaucoup de gens n'auront bientôt plus les moyens de s'acheter à manger", explique cette employée d'une ONG étrangère à Juba - donc une privilégiée parmi la population d'une des capitales les plus chères du monde.

Selon l'ONU, près de la moitié des 12 millions d'habitants du pays a besoin d'assistance humanitaire et certaines zones sont au bord de la famine. Avant même le conflit, le Soudan du Sud était déjà un des pays les plus dépendants de l'aide internationale.

Effondrement de la monnaie, inflation galopante

Aujourd'hui, à mesure que les prix montent en flèche, les files s'allongent devant les magasins et les stations-service, où les pénuries d'essence sont de plus en plus fréquentes.

"Avec la hausse des prix, notre population est à bout", déplore Lam Akol, un leader de l'opposition. "Elle ne peut plus acheter les produits alimentaires de base ou pour la vie quotidienne".

La livre sud-soudanaise s'est effondrée et s'échange au marché noir cinq fois au-dessous de sa valeur officielle.

"Le cours du dollar monte en flèche, il n'y a plus de contrôle sur le taux de change", s'alarme Wani Saki Michael, 27 ans, qui dit ne manger qu'un repas par jour, faute de moyens.

"Nous souffrons aujourd'hui d'une inflation galopante (...) Cet important écart entre les deux taux de change a fait passer le dollar d'un moyen d'échange à une marchandise", explique M. Akol, selon qui certains responsables politiques profitent de la situation pour se remplir les poches.

Ses déclarations ont provoqué une réaction violente d'un porte-parole de la présidence sud-soudanaise, Ateny Wek Ateny. "L'économie n'est pas en train de s'effondrer. Ce sont les souhaits d'une hyène - si Lam Akol espère l'effondrement de l'économie du Soudan du Sud, il devra attendre longtemps", a assuré M. Ateny.

Des juteux bénéfices pour une minorité

Mais si la grande majorité souffre, l'économie de guerre à Juba a aussi permis à certains opportunistes d'engranger de juteux bénéfices.

"Il y a toujours besoin de certaines marchandises", commente un homme d'affaires libanais spécialisé dans la "logistique", sous couvert d'anonymat.

Dans un bar installé sur le toit d'un hôtel huppé de la capitale, il sirote un cocktail et contemple la ville, un mélange de tours de béton et de cahutes aux toits de chaume. "Les profits sont bons", dit-il.

(avec AFP)